Article

À Dunkerque, le pari de produire 300 000 tonnes de ciment pauvre en clinker

Déjà utilisé sur des chantiers, le ciment bas carbone ACT d'Ecocem doit passer à la production industrielle. À Dunkerque, l'usine de 50 millions d'euros vise début 2027.

Illustration - Silos de ciment à Dunkerque

À Dunkerque, quatre grands silos et un broyeur sont déjà installés pour fabriquer un ciment qui utilise beaucoup moins de clinker, le composant le plus polluant du ciment traditionnel. Ecocem veut en produire 300 000 tonnes par an, une première à cette échelle pour sa technologie ACT. Mais il faudra patienter : le 16 octobre, l’entreprise a annoncé une mise en service début 2027, alors qu’elle visait encore fin 2026 au printemps.

Annoncé en janvier 2025, ce chantier de 50 millions d’euros, mené avec CB Green, doit permettre de fabriquer à cadence industrielle un ciment déjà utilisé dans des bâtiments.

Moins de clinker, sans perdre en résistance

Le clinker est obtenu en chauffant du calcaire et de l’argile à environ 1 450 °C. Sa fabrication consomme beaucoup d’énergie, mais elle libère aussi du CO₂ par une réaction chimique inévitable lors de la cuisson du calcaire. Selon l’Ademe, cette réaction représente environ deux tiers des émissions directes de l’industrie cimentière.

ACT cherche à contourner une grande partie du problème en remplaçant du clinker par d’autres composants minéraux, notamment du calcaire broyé et des coproduits industriels. Selon Ecocem, il contient entre 15 et 25 % de clinker, contre 70 à 80 % dans les ciments conventionnels pris pour référence. L’entreprise revendique une réduction pouvant atteindre 70 % de l’empreinte carbone du ciment par rapport à un ciment conventionnel.

Encore faut-il que le béton conserve sa résistance, sa durabilité et sa facilité de mise en œuvre. Réduire le clinker modifie le comportement du mélange. La formulation doit donc être ajustée, jusque dans les adjuvants chimiques utilisés pour permettre au béton de rester suffisamment fluide pendant son transport et son coulage.

Début octobre, Ecocem et Chryso ont présenté un nouvel adjuvant développé spécialement pour ACT. L’objectif est notamment de maintenir l’ouvrabilité du béton pendant plus de 90 minutes, une contrainte décisive pour les centrales et les chantiers.

ACT a déjà servi à construire des logements

Ecocem revendique plus de 40 chantiers pilotes en Europe. À Chessy, en Seine-et-Marne, le programme immobilier Parker & Baker utilise quelque 9 000 m³ de béton formulé avec ACT.

Quatre formulations ont été développées pour répondre aux différents besoins du chantier. Selon Ecocem et ses partenaires, elles ont permis de conserver les cadences et les méthodes habituelles de construction. L’entreprise chiffre à 55 % la réduction de l’empreinte carbone calculée pour l’opération par rapport à la solution initialement prévue avec des bétons classiques.

ACT bénéficie aussi d’une évaluation technique européenne délivrée par le Cerema, actualisée en mars 2026.

Produire le béton nécessaire à un chantier ne garantit pas que le ciment pourra être fabriqué à grande échelle. La ligne dunkerquoise devra produire du ciment ACT de qualité constante, dans les volumes et aux cadences attendus par ses clients.

Dunkerque possède déjà une partie du savoir-faire

Depuis 2018, Ecocem exploite à Dunkerque une usine qui valorise le laitier des hauts-fourneaux voisins d’ArcelorMittal. Ce coproduit de la sidérurgie, une fois broyé, permet déjà de remplacer une partie du clinker dans les ciments et les bétons.

La nouvelle installation s’appuie sur cette expérience industrielle. CB Green, filiale du groupe CB et partenaire du projet, doit fournir le calcaire nécessaire à ACT. Le port offre également des débouchés logistiques vers le nord de l’Europe et l’Île-de-France.

L’usine repose sur des équipements de broyage, de mélange et de stockage, plutôt que sur la construction d’un nouveau four à clinker. Sa capacité annoncée porterait celle du site à plus d’un million de tonnes annuelles de liants et ciments bas carbone.

Ecocem ne précise pas pourquoi la mise en service a glissé à début 2027. Le broyeur et les silos de Dunkerque devront alors permettre d’alimenter les chantiers en ciment ACT, à grande échelle et avec une qualité constante.

Sources consultées
  1. EcocemSébastien Martin, Ministre délégué chargé de l'industrie salue une avancée majeure pour la décarbonation du ciment
  2. EcocemEcocem lance la première unité de production de ciment bas carbone ACT à Dunkerque
  3. AdemePlans de transition sectoriels pour l'industrie lourde
  4. EcocemFrequently Asked Questions
  5. EcocemUn premier chantier entièrement réalisé à base de ciment ACT d’Ecocem
  6. Organisation européenne pour l'évaluation technique (EOTA)European Technical Assessment 23/0877 – Ecocem ACT