
Deux commerces incendiés, une trentaine pris pour cible et un service public fermé : dimanche 18 octobre, Lille découvre l’étendue des dégâts laissés par les violences de la veille. La Maison de la médiation et du citoyen, touchée lors de l’intrusion dans l’hôtel de ville, n’accueille plus les habitants venus chercher un conseil juridique gratuit.
Le préfet et le procureur ont annoncé dimanche midi 61 interpellations et 56 gardes à vue. Les pillages avaient commencé alors qu’une mobilisation de plus de 20 000 personnes se déroulait dans la ville. Les premiers affrontements ont précédé le départ du cortège.
Deux incendies dans les rues commerçantes
Sur la Grand’Place, le McDonald’s du 23, place du Général-de-Gaulle, a brûlé samedi soir. À 21 h 45, la préfecture annonçait que le feu était maîtrisé et en cours d’extinction.
Rue de Béthune, les flammes ont ravagé Le Coin des Barons, une boutique de cartes à collectionner située près du cinéma Majestic. Dimanche, le procureur Samuel Finielz a qualifié ces deux incendies de manifestement criminels.
Les pillages ont aussi frappé l’Apple Store, dont l’effraction a été constatée par un journaliste de l’AFP, et la boutique officielle du LOSC, rue Faidherbe. Des vols et des dégradations ont été signalés à la Fnac, rue Saint-Nicolas, dans la rue de Béthune et le Vieux-Lille.
Rue des Chats-Bossus, une boutique Louis Vuitton a résisté : sa porte renforcée a empêché le groupe qui tentait de la forcer d’entrer.
Le nettoyage a commencé dimanche. Pour les magasins incendiés ou privés de marchandises, les réparations et le remplacement des stocks détermineront la durée de fermeture.
Un Point-justice devenu inaccessible
La Maison de la médiation et du citoyen fait partie de l’ensemble municipal, avec un accès place Roger-Salengro. Sa fermeture est confirmée par la Ville, sans date de réouverture.
Ce lieu abrite notamment un Point-justice : les habitants y consultent gratuitement des juristes et rencontrent des conciliateurs, des avocats ou des représentants du Défenseur des droits. Le secrétariat reste joignable au 03 20 49 50 77 et à pointjustice@mairie-lille.fr. Une demande d’information juridique en ligne peut être adressée aux juristes municipaux.
Samedi après-midi, des individus ont forcé des accès vitrés de l’hôtel de ville et pénétré dans les locaux. L’AFP a photographié des vitrages brisés, du mobilier renversé et des documents dispersés. Des CRS ont ensuite vérifié que les lieux étaient évacués.
Le maire Arnaud Deslandes a confirmé des dégradations dans la Maison de la médiation, limitées selon lui, sans agent municipal blessé. La préfecture avait indiqué samedi que l’entrée principale avait résisté et que les personnes entrées dans la Maison de la médiation avaient été rapidement repoussées, sans dégradations dans les locaux concernés.
Des vitres du collège Franklin, voisin de la mairie, ont également été brisées. Au dimanche soir, aucune fermeture de cet établissement pour le lundi n’était annoncée.
Une affluence deux fois supérieure aux prévisions
Selon la préfecture, les premiers affrontements ont commencé vers 12 h 30. Le cortège principal est parti vers 15 heures et a défilé dans le calme, tandis que les violences se poursuivaient dans plusieurs secteurs du centre.
Les autorités estiment qu’environ 2 000 individus ont participé aux confrontations. Le préfet Bertrand Gaume a reconnu dimanche que ses services attendaient quelque 10 000 manifestants. Il évoque désormais environ 22 000 participants, après une première estimation de 24 000 samedi.
Le préfet a annoncé un travail de renseignement sur cet écart. À Bordeaux et dans d’autres villes, l’affluence a aussi dépassé les prévisions ; notre analyse nationale du 17 octobre examine les difficultés policières et les réponses annoncées dimanche soir par Macron.
Le bilan préfectoral de samedi mentionnait 34 blessés légers pris en charge par les pompiers dans le Nord, ainsi que trois policiers et un sapeur-pompier blessés en intervention.
Les enquêtes portent sur les incendies, les pillages et les dégradations des bâtiments publics. Face aux 56 gardes à vue annoncées dimanche midi, le procureur a renforcé les permanences du parquet, notamment celle des mineurs. Il a demandé la préservation des vidéos de la Ville et de la Métropole et autorisé l’exploitation des images captées par les drones : elles doivent permettre de reconstituer les attaques et d’identifier leurs auteurs.
Sources consultées
- Ville de LilleMaison de la médiation et du citoyen
- Agence France-Presse / BoursoramaDégradations à la mairie de Lille, brièvement envahie, et magasins saccagés
- Actu Lille / communiqué préfectoral repris par EuropeSaysNombre de manifestants, interpellations... Le bilan de mobilisation du 17 octobre à Lille et dans le Nord
- ICI56 gardes à vue en cours, exploitation des vidéosurveillances, la justice mobilisée après les violences à Lille
- BFMTV (reprise)Manifestations du 17 octobre: 61 interpellations à Lille et 56 personnes placées en garde à vue au lendemain des violences
- ReutersFrance faces aftermath of worst unrest in years