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Valdunes : des commandes, mais déjà un nouveau repreneur à trouver

Deux ans après une reprise prévoyant plus de 35 millions d'euros de financements, Valdunes cherche un nouvel acquéreur. Dans le Nord, ses deux usines peinent à retrouver une production régulière.

Illustration - Forge de roues ferroviaires

À Leffrinckoucke, près de Dunkerque, la forge de Valdunes vient de redémarrer après plusieurs semaines d’arrêt. Les roues qui y sont forgées doivent ensuite rejoindre Trith-Saint-Léger, dans le Valenciennois, pour être traitées et usinées. Quand la première usine s’immobilise, la seconde manque de pièces à travailler. C’est l’avenir de ces deux usines et de leurs quelque 200 salariés qui se joue dans la recherche d’un nouveau repreneur.

Jeudi 15 octobre, le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, a confirmé à l’AFP que des discussions étaient engagées avec de potentiels acquéreurs. Aucun accord n’est annoncé. Depuis l’été, l’État a débloqué plus de 3 millions d’euros, notamment pour payer les salaires. Un soutien qui, selon le ministre, devrait permettre de tenir au moins jusqu’à la fin de l’année.

Un sauvetage qui devait moderniser les usines

En mars 2024, le tribunal de commerce de Lille avait validé la reprise de Valdunes par Europlasma, préservant 178 emplois sur 309. Le plan prévoyait plus de 35 millions d’euros de financements sur trois ans, dont 30 millions destinés aux investissements industriels. Europlasma promettait 15 millions de fonds propres, l’État jusqu’à 15 millions de prêts et les collectivités jusqu’à 5 millions.

Une étude présentée par l’État en novembre 2023 envisageait de porter la capacité de production d’environ 30 000 à 80 000 roues par an, moyennant des investissements importants. Le projet devait aussi développer des roues fabriquées avec un acier moins carboné.

Deux ans et demi plus tard, les équipements restent fragiles. Après une panne dans la salle des pompes, la forge de Leffrinckoucke a été immobilisée plusieurs semaines. Europlasma a confirmé au Monde sa remise en route récente. De nouvelles barres d’acier ont pu être achetées, mais, selon un représentant syndical, les roues issues de cette reprise ne devraient pas rejoindre Trith-Saint-Léger avant la mi-novembre.

Des commandes qui ne suffisent pas à faire tourner les machines

Valdunes ne manque pourtant pas entièrement de clients. En janvier 2026, Europlasma annonçait un contrat de 4,3 millions de dollars pour des roues destinées aux États-Unis. En février, un autre contrat portait sur 1 800 roues pour le fret en Europe du Nord, à livrer par moitié en 2027 et 2028.

Les 1 800 roues du contrat nord-européen sont ainsi réparties sur deux ans, alors que l’étude de 2023 envisageait une capacité annuelle de plusieurs dizaines de milliers de roues. Ce seul contrat ne résume toutefois pas l’ensemble du carnet de commandes. En avril, devant une commission d’enquête parlementaire, la rapporteure Aurélie Trouvé a évoqué seulement 90 roues produites en décembre 2025. Ce chiffre ponctuel, non vérifié indépendamment, ne permet pas de mesurer la production sur l’année.

Europlasma déclare pourtant 31,7 millions d’euros de chiffre d’affaires pour Valdunes en 2025. Mais ce montant comprend également une activité de négoce ferroviaire : vendre des produits ne signifie pas nécessairement les fabriquer dans les deux usines nordistes.

Lors de la même audition parlementaire, le PDG d’Europlasma, Jérôme Garnache-Creuillot, reconnaissait 800 000 euros d’impayés auprès des fournisseurs. Il affirmait avoir injecté environ 8,5 millions d’euros de fonds propres dans Valdunes, tout en expliquant que l’entreprise avait dû financer des réparations importantes et reconstituer ses stocks.

Le désaccord porte sur l’utilisation de cet argent. Dans un courrier du 31 juillet rapporté par Le Monde, Sébastien Martin affirmait qu’aucun des investissements industriels prévus lors de la reprise n’avait été réalisé. Europlasma met en avant ses apports en fonds propres et les réparations effectuées. Mais entretenir les équipements existants et financer leur modernisation ne sont pas la même chose, et le groupe n’a pas fourni de ventilation précise des dépenses permettant de les distinguer.

Le prochain repreneur devra financer la production, pas seulement le rachat

Le dossier révèle une difficulté que le changement d’actionnaire de 2024 n’a pas résolue. Pour fabriquer des roues ferroviaires, il faut des commandes, mais aussi des machines disponibles, de l’acier, des fournisseurs payés et suffisamment de trésorerie pour financer la production avant d’encaisser les ventes.

Valdunes reste le dernier fabricant français de roues ferroviaires, avec deux établissements dont les activités sont complémentaires. Mais les compétences préservées ne remplacent pas les investissements nécessaires pour retrouver une production régulière.

Dans un communiqué du 16 octobre, Europlasma s’est borné à prendre acte des déclarations ministérielles et à annoncer qu’il en étudierait les conséquences. Aucune cession n’est donc acquise.

À Leffrinckoucke, la forge a redémarré. À Trith-Saint-Léger, les ateliers attendent encore les roues qui doivent en sortir.

Sources consultées
  1. AFP, via BoursoramaValdunes (groupe Europlasma) en quête d'un repreneur (ministre)
  2. Ministère de l'ÉconomieUne réunion qui acte la finalisation du financement autour du projet de reprise de MG Valdunes porté par Europlasma
  3. Ministère de l'ÉconomieRestitution finale du rapport de Grant Thornton sur la situation de Valdunes
  4. Assemblée nationaleCommission d'enquête sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs, audition du 2 avril 2026
  5. Le MondePrès de Dunkerque, les salariés de Valdunes et les élus critiquent le « double visage d'Europlasma »
  6. EuroplasmaActualisation du projet de cession du Pôle Défense et priorités du Groupe