
Autour d’Eppe-Sauvage, il ne resterait que quelques cerisiers Bigarreau Mary, selon le Parc naturel régional de l’Avesnois. Cette ancienne variété aux fruits rouges et croquants pourrait pourtant retrouver les jardins de son village d’origine. Avec six autres communes, Eppe-Sauvage propose aux habitants de replanter six variétés fruitières devenues rares, grâce à des arbres greffés pour conserver leurs caractéristiques.
L’opération concerne Baives, Eppe-Sauvage, Glageon, Moustier-en-Fagne, Ohain, Trélon et Wallers-en-Fagne. Certains de ces fruits étaient propres à un coin très précis de l’Avesnois.
Une cerise d’Eppe-Sauvage, une prune d’Ohain
Le cerisier Bigarreau Mary fleurit relativement tard, mais ses cerises mûrissent dès le début juin. À Ohain poussait la Reine Claude de Lemé, une prune verte à la chair dense et sucrée, aujourd’hui menacée de disparition.
La pomme De Dessert a pratiquement quitté la Fagne de Trélon. La poire William’s Saunier, petite et fondante, était autrefois présente autour de Moustier-en-Fagne. Deux autres variétés complètent la sélection : la poire Pierre Corneille, qui peut se conserver en cave jusqu’en novembre, et la pomme Gros Vert, légèrement amère, aussi bonne en compote qu’en cidre.
Ces fruits appartiennent à une histoire agricole particulière. Dans l’Avesnois, les pommiers et poiriers haute-tige poussaient au milieu des pâtures, au-dessus des animaux. Ces prés-vergers associaient élevage et production fruitière, tout en dessinant le paysage du bocage.
Avec leur recul, certaines variétés ont perdu leurs lieux de culture habituels.
Sauver une variété, c’est savoir la multiplier
Un pépin de pomme ne redonne pas fidèlement la variété dont il provient. Pour conserver une Gros Vert ou une De Dessert, il faut notamment prélever un greffon et le faire pousser sur un autre arbre, appelé porte-greffe. C’est ainsi qu’une variété peut traverser les générations.
Depuis les années 1980, le Centre régional de ressources génétiques des Hauts-de-France recherche et conserve ces anciennes variétés, notamment dans son verger conservatoire de Villeneuve-d’Ascq. Les pépiniéristes contribuent ensuite à leur multiplication et à leur diffusion.
L’Avesnois possède déjà une longue expérience en la matière. Entre 2012 et 2020, le Parc proposait chaque année six variétés menacées aux habitants de six communes. La campagne 2026 poursuit cette transmission dans sept villages, en invitant les habitants à planter et à entretenir ces arbres chez eux.
Des arbres à commander avant le 23 novembre
Les habitants des sept communes participantes peuvent choisir parmi les six variétés. Deux formats sont proposés : des arbres greffés de deux ans, en demi-tige, à 25 €, et des arbres de quatre ans, en haute-tige, à 45 €.
Il faut disposer de place : le Parc recommande au moins 5 mètres entre les demi-tiges et 10 mètres entre les hautes-tiges. Ces dernières mesurent déjà 3 à 4 mètres de long pour le transport et nécessitent une remorque ou un fourgon.
Pour participer, il faut compléter le bon de commande officiel et l’adresser avec un chèque à l’ordre de « La pépinière du fruitier » au Parc naturel régional de l’Avesnois, 4 cour de l’Abbaye, 59550 Maroilles. La date limite est fixée au 23 novembre 2026, dans la limite des stocks disponibles.
La distribution est prévue le 5 décembre. Le lieu reste à confirmer auprès du Parc au 03 27 77 51 62 : le bon de commande indique Glageon à 10 h, tandis que la page d’annonce mentionne Maroilles.
À Eppe-Sauvage, quelques-uns de ces jeunes arbres pourraient ainsi produire, dans les années à venir, de nouvelles cerises Bigarreau Mary.
Sources consultées
- Parc naturel régional de l’AvesnoisSauvez les arbres fruitiers de votre village !
- Parc naturel régional de l’AvesnoisSauvez les arbres fruitiers de votre commune, bon de commande 2026
- Parc naturel régional de l’AvesnoisRegard sur 10 ans de mise en œuvre de la Charte du Parc naturel régional de l’Avesnois
- Espaces naturels régionaux Hauts-de-FrancePatrimoine vivant : variétés fruitières de notre région
- Marie Delcourte, Projets de paysageL’arbre fruitier en Avesnois : le « passeur de mémoires » (XIVe-XXIe siècle)