
À Grande-Synthe, ArcelorMittal veut construire un four à arcs électriques géant et un second four destiné à affiner l’acier. Le projet, estimé à 1,3 milliard d’euros, entre en consultation publique jeudi 15 octobre. Sa particularité : la nouvelle installation produirait un peu plus du tiers de l’acier du site. Le reste continuerait notamment de dépendre d’un haut-fourneau utilisant du charbon.
Le programme initial, présenté en 2022, prévoyait pourtant une transformation plus large de la production. Quatre ans plus tard, l’ambition est réduite, mais l’investissement reste considérable.
Un haut-fourneau remplacé, l’autre conservé
Le futur four à arcs électriques, baptisé « Jumbo », pourra produire jusqu’à deux millions de tonnes d’acier brut par an. Il fondra principalement des métaux recyclés, complétés par du fer préréduit et de la fonte. Un second équipement, le four « Twin », servira à ajuster la composition et la température de l’acier liquide.
Selon ArcelorMittal, cette filière devrait ramener les émissions à environ 0,6 tonne de CO₂ par tonne d’acier produite, contre 1,7 tonne avec le procédé actuel. Pour l’ensemble de l’usine, l’industriel vise une baisse de 27 % des émissions d’ici 2030, sur la base d’une production annuelle de 5,5 millions de tonnes.
Le haut-fourneau n° 4 resterait en activité. La production de fonte continuerait donc, tandis que la nouvelle filière utiliserait davantage de ferrailles recyclées.
Le projet de 2022, chiffré à 1,8 milliard d’euros, comportait deux fours électriques et une unité de réduction directe du minerai de fer, destinée à remplacer progressivement le charbon par du gaz puis potentiellement par de l’hydrogène. Cette dernière installation a été abandonnée pour le moment.
La baisse de la demande européenne d’acier et la concurrence des importations ont conduit ArcelorMittal à revoir son programme. Le groupe engage une première transformation du site tout en conservant une partie de son outil actuel.
Pourquoi un seul four coûte encore 1,3 milliard
Le chantier ne consiste pas simplement à installer un équipement neuf.
Il faut modifier une aciérie qui continuera de produire pendant les travaux, déplacer des réseaux, démolir certaines installations et agrandir le parc à ferrailles. Une nouvelle voie ferrée lourde devra relier les équipements à l’aciérie existante, située à une centaine de mètres, pour transporter des poches de 300 tonnes d’acier liquide.
Le financement a lui aussi changé. L’ancien programme devait bénéficier de 850 millions d’euros d’aide publique, conditionnée notamment à l’utilisation de l’hydrogène.
Pour le nouveau projet, ArcelorMittal prévoit de recourir aux certificats d’économies d’énergie (CEE). Ce mécanisme impose aux fournisseurs d’énergie de financer des opérations permettant d’en réduire la consommation.
Le soutien pourrait atteindre 50 % de l’investissement, soit 650 millions d’euros. Son montant définitif dépendra toutefois des économies effectivement constatées après la mise en service du four.
Moins de charbon, beaucoup plus d’électricité
Le rapport final de la concertation, publié en septembre par la Commission nationale du débat public (CNDP), indique que la consommation électrique de l’usine devrait presque doubler.
ArcelorMittal a sécurisé une partie de ses approvisionnements grâce à un contrat de 18 ans signé avec EDF, qui lui réserve une part de la production nucléaire française.
Mais produire cette électricité ne suffit pas : il faut pouvoir l’acheminer. RTE prévoit un renforcement du réseau dunkerquois, estimé à 340 millions d’euros, destiné à plusieurs industriels de la zone portuaire. Les nouvelles lignes à très haute tension viennent de faire l’objet d’une déclaration d’utilité publique, le 30 septembre.
L’électrification de la sidérurgie entraîne donc aussi des investissements sur un réseau partagé par l’ensemble du territoire.
Le CO₂ baisse, les questions de pollution restent
Pour les riverains, les émissions de gaz à effet de serre ne sont qu’une partie du dossier.
Les Amis de la Terre dunkerquois ont notamment demandé quelles seraient les conséquences sur les poussières fines, les dioxines, les métaux et les autres polluants atmosphériques. La provenance du fer préréduit soulève également la question des émissions générées en dehors du site.
Dans son rapport de septembre, la garante de la CNDP relevait que plusieurs interrogations sur ces pollutions et les risques industriels n’avaient pas encore obtenu de réponse. Le chantier, prévu sur environ trois ans et demi, pose aussi des questions de circulation et d’accueil des travailleurs, alors que plusieurs projets industriels avancent simultanément dans le Dunkerquois.
La consultation ouverte du 15 octobre 2026 au 15 janvier 2027 doit permettre d’examiner les demandes d’autorisation environnementale et de permis de construire. Les équipements ne sont pas encore autorisés.
Les habitants peuvent consulter le dossier et déposer leurs observations sur le registre officiel du 15 octobre 2026 au 15 janvier 2027.
Une première permanence de la commissaire enquêtrice Peggy Carton se tiendra jeudi 15 octobre, de 9 h à 12 h, en mairie de Grande-Synthe.
Une réunion publique est prévue vendredi 16 octobre à 18 h, salle Jean-Janssen, au 17 rue de la Paix. Les habitants pourront y demander ce que le nouveau four changera pour l’air qu’ils respirent, le bruit autour de l’usine et les années de chantier à venir.
Sources consultées
- Commission nationale du débat publicRapport final de la concertation continue, projet de production d'acier à basse émission de CO₂ sur le site de Dunkerque, septembre 2026
- ArcelorMittal FranceProjet de production d'acier à basse émission de CO₂ à Dunkerque, fiche synthétique, avril 2026
- Réseau de transport d'électricitéDéveloppement du réseau électrique pour la décarbonation et l'attractivité du Dunkerquois
- Préfecture du NordAvis de consultation du public, projet Décarbonation d'ArcelorMittal France à Grande-Synthe