
À Roubaix, une bannière de 1879 portant les mots « Ni Dieu ni maître » a été redécouverte dans les collections du musée La Piscine et restaurée pour l’occasion. Elle appartenait à la Libre Pensée roubaisienne et figure parmi les pièces de l’exposition « Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy », ouverte depuis le 10 octobre.
Ce textile de 1,27 mètre de haut témoigne d’une époque où afficher ses convictions pouvait passer par un objet brodé, destiné à être vu collectivement. La Libre Pensée défendait notamment l’affranchissement de l’autorité religieuse, sans se confondre avec le mouvement anarchiste. Mais leurs idées se rencontrent dans cette devise.
Dans une ville façonnée par l’industrie textile et les luttes sociales, la présence de cette bannière donne à l’exposition une résonance particulière.
Une pioche, un tableau, une idée politique
Parmi les prêts exceptionnels du musée d’Orsay figure Le Démolisseur, immense toile peinte par Paul Signac entre 1897 et 1899.
Un ouvrier y brandit une pioche. Le geste est ordinaire sur un chantier, mais sous le pinceau du peintre anarchiste, il devient une image de rupture. L’homme qui démolit peut aussi représenter celui qui prépare un monde nouveau.
L’engagement prend pourtant des formes moins directes. Adèle Taillefait, commissaire de l’exposition à Roubaix, expliquait à LM Magazine que certains artistes exprimaient leurs convictions libertaires avant tout par leur indépendance créatrice, sans nécessairement produire un art militant.
Le parcours réunit ainsi le portrait du philosophe Pierre-Joseph Proudhon peint par Gustave Courbet et des gravures de Félix Vallotton. Deux estampes de ce dernier, L’Anarchiste et La Charge, ont été acquises en 2025 par La Piscine grâce à la Société des Amis du musée.
Quand la révolte tient sur une feuille de papier
La contestation passe aussi par des images destinées à circuler : journaux, brochures, affiches et dessins satiriques.
L’Almanach de la Révolution, brochure illustrée par Maximilien Luce en 1903, côtoie des documents militants venus d’autres pays. L’université de Barcelone a notamment prêté deux affiches des Mujeres Libres, organisation féministe anarchiste active pendant la guerre civile espagnole. L’une célèbre la lecture comme moyen de s’émanciper.
Ces images servaient à convaincre, instruire, dénoncer ou mobiliser.
Cette tradition graphique traverse ensuite Mai 68, puis les cultures punk. Une pochette de London Calling, l’album des Clash sorti en 1979, arrive ainsi dans l’exposition depuis une collection de Mons-en-Barœul. Le disque devient à son tour un support visuel de contestation.
Le parcours rejoint enfin le street art, avec Banksy et A2. Aux imprimés s’ajoutent les murs de la ville, où se poursuivent les détournements d’images et de symboles.
Des images rebelles dans les anciens bains ouvriers
La Piscine occupe les anciens bains municipaux voulus par le maire socialiste Jean Lebas, ouverts en 1932. À l’époque, cet équipement permettait aux habitants des courées d’accéder à l’hygiène et réunissait dans un même bâtiment des populations que la vie quotidienne séparait largement.
Aujourd’hui, les images de la contestation entrent dans les collections d’une institution publique. Des œuvres conçues pour circuler dans les rues ou les journaux sont désormais conservées, restaurées et exposées au musée. Elles changent de fonction, mais retrouvent aussi des lecteurs et des spectateurs.
Conçue avec le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, l’exposition restera à Roubaix jusqu’au 24 janvier 2027 avant de rejoindre Besançon puis Martigues.
La Piscine, au 23 rue de l’Espérance, propose l’entrée à 11 € au tarif plein et 9 € au tarif réduit, avec gratuité pour les moins de 18 ans. L’accès est gratuit pour tous le vendredi de 18 h à 20 h. Des visites guidées ont lieu le samedi à 16 h 15, moyennant un supplément de 4 €. Sans réservation préalable, l’inscription se fait à l’accueil trente minutes avant le départ, dans la limite des places disponibles.
La révolte ne reste d’ailleurs pas enfermée dans le musée. Avant l’ouverture, le street-artiste A2 est venu coller ses images dans les rues de Roubaix. La bannière de 1879, elle, a trouvé sa place dans les salles de La Piscine.
Sources consultées
- Musée La Piscine de RoubaixNi Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy
- Musée La Piscine de RoubaixDossier de presse, Automne 2026
- LM MagazineNi dieu ni maître ! À l'art libre
- Universitat de Barcelona, CRAI Biblioteca del Pavelló de la RepúblicaEl CRAI Biblioteca del Pavelló de la República present a l’exposició « Ni Dieu ni maître ! »
- Musée La Piscine de RoubaixInfos pratiques
- Musée La Piscine de RoubaixVisite guidée – Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy