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Coqueluche : le vaccin nasal conçu à Lille veut empêcher la bactérie de s'installer

Développé à Lille, BPZE1 stimule l'immunité nasale chez des enfants dans un essai de 366 participants. Une phase III doit tester sa capacité à empêcher l'infection.

Illustration - Vaccin nasal contre la coqueluche

À Lille, des chercheurs ont conçu un vaccin contre la coqueluche qui pourrait empêcher la bactérie de coloniser les voies respiratoires. Une étude menée auprès de 366 enfants et adolescents, publiée début octobre dans The Lancet Infectious Diseases, montre qu’il stimule fortement les défenses immunitaires du nez. Le candidat, baptisé BPZE1, avance désormais vers un essai de phase III destiné à mesurer son efficacité contre l’infection.

L’ambition dépasse le confort d’une vaccination sans aiguille. Les vaccins injectables actuels protègent efficacement contre la coqueluche, notamment ses formes graves, mais empêchent imparfaitement la bactérie de coloniser les voies respiratoires. Une personne vaccinée peut donc encore participer à sa circulation.

Cette limite touche particulièrement les nourrissons, chez qui l’infection peut être mortelle. En France, la résurgence de 2024 a été associée à 46 décès, dont 21 chez des enfants de moins d’un an, selon Santé publique France.

Une bactérie affaiblie pour entraîner les défenses du nez

BPZE1 utilise une version vivante mais génétiquement atténuée de Bordetella pertussis, la bactérie responsable de la coqueluche, dont plusieurs toxines ont été neutralisées.

Administrée par voie nasale, elle stimule les défenses immunitaires directement sur les muqueuses, au point d’entrée de l’infection. Les vaccins injectables classiques stimulent surtout une immunité générale, avec une réponse plus limitée dans les muqueuses nasales.

Cette approche est née des travaux de Camille Locht et Nathalie Mielcarek au Centre d’infection et d’immunité de Lille, associant notamment l’Inserm, le CNRS, l’Université de Lille et l’Institut Pasteur de Lille. Développée depuis près de vingt ans, elle a ensuite été confiée sous licence à l’entreprise américaine ILiAD Biotechnologies, chargée de poursuivre les essais cliniques.

Une réponse nasale renforcée chez les enfants

Le nouvel essai de phase IIb s’est déroulé dans 16 centres au Royaume-Uni, en Australie et au Costa Rica. Parmi les 366 participants âgés de 6 à 17 ans, 244 ont reçu BPZE1, seul ou associé à un rappel injectable contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche.

Vingt-neuf jours après la vaccination, le niveau moyen des anticorps IgA sécrétoires dirigés contre la bactérie avait été multiplié par 3,8 avec BPZE1 seul et par 3,5 lorsqu’il était associé au rappel. Dans le groupe recevant uniquement le vaccin injectable, cette multiplication était de 1,2.

L’association n’a pas non plus perturbé les réponses immunitaires attendues du rappel classique. Aucun événement indésirable grave attribué à la vaccination n’a été observé.

Un détail rend ces résultats particulièrement intéressants : les enfants avaient déjà reçu des vaccins acellulaires contre la coqueluche pendant leur petite enfance. BPZE1 a donc stimulé les défenses nasales d’enfants déjà vaccinés contre la coqueluche, sans compromettre les réponses mesurées du rappel injectable.

Les résultats préliminaires avaient été présentés dès 2024. Leur publication scientifique complète confirme cette étape pédiatrique, sans encore démontrer que le vaccin protège ces jeunes contre l’infection.

La prochaine épreuve : empêcher la colonisation

Un premier essai chez l’adulte a également donné des résultats encourageants, mais non concluants. Dans une étude britannique publiée en 2025, des volontaires vaccinés ont été exposés à la bactérie dans un environnement médical contrôlé. Parmi les participants analysés, 58 % des vaccinés avec BPZE1 n’avaient pas de colonisation détectable aux jours retenus pour l’évaluation principale, contre 33 % sous placebo. L’écart restait toutefois statistiquement insuffisant pour conclure avec certitude dans cette analyse.

En avril 2026, ILiAD a signé un contrat avec la société britannique hVIVO pour organiser un essai de phase III prévu chez plus de 500 volontaires adultes. Le programme, toujours confirmé par hVIVO en septembre, doit comparer BPZE1 au vaccin injectable de référence grâce à une exposition contrôlée à la bactérie.

Ce type d’essai permet de mesurer directement la colonisation des voies respiratoires, sans attendre une épidémie dont la date et l’ampleur sont imprévisibles. Une éventuelle réduction de la transmission entre personnes devra, elle, être établie séparément.

Aucun résultat de phase III n’est encore disponible et BPZE1 demeure un vaccin expérimental. Pour l’équipe lilloise à l’origine du projet, la prochaine démonstration attendue est celle de sa capacité à empêcher la bactérie de coloniser les voies respiratoires.

Sources consultées
  1. The Lancet Infectious DiseasesImmunogenicity and safety of BPZE1, an intranasal live attenuated pertussis vaccine, evaluated with and without tetanus-reduced diphtheria-acellular pertussis vaccine in healthy children aged 6–17 years
  2. The Lancet MicrobeEfficacy, immunogenicity, and safety of the live attenuated nasal pertussis vaccine, BPZE1, in the UK: a randomised, placebo-controlled, phase 2b trial using a controlled human infection model
  3. hVIVO plcHCT contract signed with ILiAD Biotechnologies
  4. Institut Pasteur de LilleLe vaccin nasal BPZE1 contre la coqueluche, en cours de développement clinique, a franchi une nouvelle étape
  5. Santé publique FranceCoqueluche en France. Bilan 2024
  6. ClinicalTrials.govImmunogenicity and Safety of BPZE1 Intranasal Pertussis Vaccine in Healthy School-age Children (NCT05116241)