
Ce dimanche 13 septembre, Valenciennes refait un chemin qu’elle connaît depuis des siècles. Le Grand Tour du Saint-Cordon était programmé à 11 h 30 pour 14 km à travers la ville, avec une statue et son brancard de plus de 100 kg relayés par des équipes de six porteurs. Le retour vers l’église Saint-Géry était prévu en fin d’après-midi.
Autour du brancard, les Royés de Notre-Dame du Saint-Cordon donnent à la procession une partie de sa physionomie : cravate rayée jaune et grise, brassard bleu et blanc, bâton garni de buis. Hommes, femmes, jeunes, scouts ou religieuses se relaient pour porter la statue. Des fleurs s’accumulent sur le brancard. Des arrêts permettent à des personnes qui se déplacent difficilement d’approcher la statue et de toucher son manteau.
Le Saint-Cordon reste une procession catholique, mais son histoire est aussi celle de la ville. Lors du Petit Tour qui précède le Grand Tour, la statue est traditionnellement portée par les Royés puis par le maire et des membres du conseil municipal. Cette présence des élus prolonge le rôle attribué autrefois aux magistrats de Valenciennes dans l’organisation du rituel. La procession a aussi traversé des ruptures : guerres, Révolution et conflits entre municipalité et catholiques ont plusieurs fois menacé sa continuité.
Son récit fondateur remonte à 1008. Selon la tradition valenciennoise, alors qu’une épidémie frappait la cité, la Vierge aurait fait tendre autour d’elle un cordon protecteur. Le miracle relève de la croyance. L’ancienneté de la procession, elle, laisse des traces documentaires plus tardives mais solides : des registres municipaux du début du XIVe siècle évoquent un chemin de procession qui existait déjà vers 1250.
Même les objets ont changé. La châsse contenant autrefois la relique du Saint-Cordon a disparu pendant la Révolution. Au début du XIXe siècle, elle a laissé place à la statue de la Vierge toujours portée aujourd’hui. La continuité valenciennoise n’est donc pas celle d’un rituel resté intact pendant mille ans. Elle tient à sa capacité à être repris, réorganisé et transmis.
C’est cette pratique vivante que le ministère de la Culture a incluse en 2023 à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel. L’inscription porte sur le rituel, ses gestes et leur transmission.
À Valenciennes, cette transmission demande encore des bras. Chaque septembre, il faut préparer les bâtons de buis, organiser les relais, reprendre les rues et porter la statue jusqu’au retour à Saint-Géry.