
À Wattrelos, la journée commence par un gigantesque déballage. De 8 h à 17 h, le vide-greniers des Berlouffes occupe quelque 17 km de trottoirs dans le centre-ville, à Saint-Liévin, au Moulin et au Laboureur. Les professionnels en sont exclus : ce sont les particuliers qui prennent possession des trottoirs. Pour cette édition, tous les emplacements ont été réservés.
Puis les Berlouffes deviennent franchement wattrelosiennes. À 11 h, Jeanne de Wattrelos, Ferrand de Portugal et Thomas de Savoie, les trois géants de la ville, rejoignent le parvis de l’hôtel de ville avec le mannequin Berlouffe et le groupe folklorique des Berlouffes d’un jour. À 17 h, place Jean-Delvainquière, viennent les combats et danses en costume. À 17 h 30, des poupées Berlouffes sont lancées depuis le balcon de l’église Saint-Maclou. Un quart d’heure plus tard, le grand mannequin est brûlé et la journée se termine par un rondeau autour du bûcher.
À voir ce cérémonial, on pourrait croire à une coutume transmise depuis des siècles. La fête actuelle date pourtant de 1978. La Ville cherchait alors à relancer la fête foraine du centre en ajoutant un marché aux puces. Son dossier historique recense 293 étals dès cette première édition et avance 50 000 visiteurs. L’année suivante apparaît le lancer de poupées. En quelques décennies, ce qui était une nouvelle fête locale s’est doté de ses personnages, de ses gestes et de son calendrier, fixé au deuxième dimanche de septembre.
Elle s’est aussi construite autour d’une mémoire beaucoup plus ancienne. La Ville rattache les Berlouffes à un épisode des guerres de Religion survenu à Wattrelos en 1566. Dans le récit local, des « gueux », calvinistes flamands et insurgés, furent assiégés dans l’église avant de périr lors de son incendie. Le lancer depuis Saint-Maclou et le mannequin livré aux flammes ont été conçus en référence à cet épisode.
Les Berlouffes ne sont donc pas le vestige intact d’une fête du XVIe siècle. Leur singularité vient plutôt de ce que Wattrelos a fait de cette mémoire depuis 1978 : une brocante immense, des associations dans les rues, trois géants, un groupe folklorique et des rites désormais propres à la fête.
Ce dimanche, la séquence se répétera encore une fois. À 17 h 30, les regards monteront vers le balcon de Saint-Maclou pour attraper une poupée. À 17 h 45, ils se tourneront vers la place Jean-Delvainquière, où Berlouffe finira dans le feu.