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Paris-Roubaix : près de 80 km de secteurs pavés pourraient être protégés contre le bitume

Du Cambrésis à Roubaix, 54 secteurs pavés, le vélodrome et le pont Gibus sont proposés au classement au titre des sites, sans être retirés de leur usage quotidien.

Illustration - secteur pavé de Paris-Roubaix

Dans le Nord, certaines routes ont de la valeur précisément parce qu’elles n’ont pas été modernisées. À partir du 12 octobre, une enquête publique examinera le classement de 54 secteurs pavés liés à Paris-Roubaix, soit 79,2 km de voirie, ainsi que du vélodrome André-Pétrieux et du pont Gibus. Soixante et une communes sont concernées.

Ce périmètre est plus large que le parcours d’une édition de la course, qui emprunte habituellement autour de 55 km de pavés. Les 54 tronçons ont été retenus parmi 134 secteurs recensés depuis 1968. Vingt ne figurent plus régulièrement au parcours. Leur sélection montre ce que l’État cherche à conserver : non pas un tracé figé, mais un réseau de routes dans lequel Paris-Roubaix peut continuer à puiser.

Ce réseau a déjà failli se réduire beaucoup plus vite. Dans les années 1970, la modernisation des routes et leur recouvrement par du macadam menaçaient directement l’identité de la course. Les Amis de Paris-Roubaix sont nés en 1977 dans ce contexte. Près d’un demi-siècle plus tard, la même contradiction demeure : pour une commune ou un gestionnaire routier, rendre une chaussée plus régulière peut être parfaitement logique ; pour Paris-Roubaix, cela revient à faire disparaître une partie de son terrain de jeu.

Le classement changerait surtout cette règle du jeu. Pour les secteurs pavés, le périmètre protégé resterait limité à l’emprise de la route : il n’instaurerait pas de zone de protection autour des maisons ou des champs voisins. La circulation et l’entretien courant continueraient. En revanche, les travaux modifiant l’état ou l’aspect du site seraient soumis à autorisation. Recouvrir durablement un secteur de bitume ne serait donc plus une décision routière ordinaire.

Cette protection ne réglera pas l’autre moitié du problème : maintenir physiquement les pavés. Ils doivent supporter la circulation locale, les engins agricoles et parfois les poids lourds, tout en évacuant correctement l’eau. Leur entretien mobilise aujourd’hui communes, Département, entreprises spécialisées, lycées professionnels et bénévoles des Amis de Paris-Roubaix. Le classement ne crée ni budget unique ni obligation de restaurer les 79,2 km. Il vise d’abord à éviter leur disparition progressive.

Le dispositif protégerait ainsi une voirie qui reste en service : ces routes continueraient d’être utilisées, entretenues et réparées, tout en étant préservées des transformations susceptibles d’effacer leur caractère pavé. Une succession de décisions locales raisonnables ne pourrait plus, aussi facilement, finir par faire disparaître l’ensemble qui donne sa singularité à la course.

L’enquête publique se déroulera du 12 octobre à 9 h au 19 novembre à 17 h. Les habitants pourront notamment déposer leurs observations sur le registre dématérialisé. À l’issue de l’enquête, si les propriétaires publics concernés donnent leur accord, le classement peut être prononcé par arrêté ministériel ; en cas d’opposition, il relève d’un décret en Conseil d’État.

À Roubaix, les coureurs continueront d’arriver sur la piste du vélodrome André-Pétrieux. La décision en préparation porte sur ce qui vient avant : les dizaines de routes cabossées sans lesquelles l’Enfer du Nord finirait par devenir beaucoup trop lisse.

Sources consultées
  1. Préfecture du NordEnquête publique relative au projet de classement des secteurs pavés de Paris-Roubaix et de son vélodrome
  2. DREAL Hauts-de-FranceProjet de classement des secteurs pavés de Paris-Roubaix et son vélodrome
  3. DREAL Hauts-de-FranceLes secteurs pavés de la course cycliste Paris-Roubaix et son vélodrome
  4. DREAL Hauts-de-FrancePlan de gestion et de valorisation des secteurs pavés
  5. LégifranceCode de l’environnement, articles L. 341-3 à L. 341-6