
À Erquinghem-Lys, un micro-tunnelier doit creuser environ 115 mètres sous la voie ferrée Armentières-Arques, jusqu’à 5 mètres de profondeur, sans interrompre les trains. Le chantier engagé par la Métropole européenne de Lille entre Erquinghem-Lys et La Chapelle-d’Armentières vise à empêcher deux cours d’eau de continuer à alimenter le réseau d’assainissement d’Armentières. Une conduite de 1,20 mètre de diamètre sera posée sur près de 2,1 kilomètres. La MEL chiffre l’opération à plus de 7 millions d’euros et prévoit son achèvement en mars 2028.
Cette séparation répond à une bizarrerie héritée du réseau. À l’échelle de l’agglomération d’assainissement d’Armentières, les entrées d’« eaux claires », eaux de pluie, de drainage ou de rivière, ont été estimées à 6,5 millions de mètres cubes par an. La rivière des Laies et la becque du Crachet en constituent une source importante. Dans leurs tronçons urbains, ces cours d’eau ont été canalisés et intégrés à un système qui reçoit aussi les eaux usées et les eaux de ruissellement. En hiver, leurs débits cumulés peuvent dépasser les capacités de traitement de la station et provoquer des déversements vers le milieu naturel.
Les travaux consistent donc à changer le chemin de l’eau. La Laies et le Crachet seront interceptés en amont d’Armentières puis dirigés vers le courant de l’Anguille, qui rejoint ensuite la Lys. Le micro-tunnelier permet à la nouvelle conduite de franchir la voie ferrée sans ouvrir une tranchée en surface. Le réseau d’assainissement, qui dessert plus de 60 000 habitants selon la MEL, recevra moins d’eau qui n’a rien à faire dans une station d’épuration.
Le courant de l’Anguille doit absorber cette nouvelle répartition. Plus de 500 mètres de son lit et de ses berges seront aménagés, avec la création d’environ un hectare de zone humide et de lagune. La renaturation a donc aussi une fonction hydraulique : l’Anguille recevra un débit plus important et plus régulier.
Le choix modifie néanmoins les trois cours d’eau. En aval de l’ouvrage de déviation, la Laies conservera un débit minimal mais verra son flux fortement réduit. Pour la becque du Crachet, l’eau sera dirigée vers l’Anguille et son tronçon aval ne sera plus alimenté en période normale. En 2023, l’Autorité environnementale avait demandé une meilleure comparaison des effets environnementaux des différents scénarios, plutôt que de privilégier leur seule efficacité à déconnecter les eaux parasites.
Le chantier corrige ainsi un défaut ancien plutôt qu’il n’ajoute simplement de la capacité. Le système de collecte d’Armentières est considéré comme non conforme depuis 2015 en raison de la saturation de ses réseaux unitaires par des eaux claires parasites. L’opération choisie s’attaque à la cause en retirant du réseau une partie de l’eau qu’il transporte inutilement.
Sous les rails d’Erquinghem-Lys, le micro-tunnelier ne parcourra que 115 mètres. Une fois le chantier achevé, les chemins resteront séparés : les eaux usées continueront vers la station d’Armentières, tandis que la Laies et le Crachet retrouveront, par le courant de l’Anguille, le chemin de la Lys.
Sources consultées
- Métropole européenne de LilleUn réseau d’assainissement plus performant, un espace renaturé : la MEL engage une nouvelle étape pour préserver la Lys
- Préfecture du NordConclusions et avis de l’enquête publique sur la déconnexion de la rivière des Laies et de la becque du Crachet
- Mission régionale d’autorité environnementale Hauts-de-FranceAvis sur le projet de déconnexion de la rivière des Laies et de la becque du Crachet
- Métropole européenne de LilleConseil métropolitain du 27 juin 2025, délibération 25-C-0234