Article

À Gravelines, les méduses reviennent et testent la réponse d’EDF

Les unités 3 et 6 sont à l’arrêt, les 1 et 2 à puissance réduite. Le nouvel afflux teste les mesures prises après les arrêts du 10 août.

Illustration - Méduses devant la centrale

La centrale nucléaire de Gravelines fonctionne de nouveau très en dessous de sa capacité après une nouvelle arrivée massive de méduses. Au dernier état disponible jeudi 27 août à 15 h 46, les unités 3 et 6 sont à l’arrêt, tandis que les unités 1 et 2 tournent à puissance réduite. La 4 est arrêtée pour un aléa technique sans lien avec les méduses et la 5 pour sa visite décennale. Aucun des six réacteurs ne fonctionne donc normalement.

Pour les habitants, aucune consigne particulière n’a été publiée. EDF indique que l’épisode n’a pas d’impact sur la sûreté des installations. La conséquence établie est industrielle : quatre réacteurs voient directement leur production arrêtée ou réduite par le nouvel afflux de méduses. Les niveaux précis de puissance des unités 1 et 2 ne sont pas publiés.

Ce nouvel épisode mérite d’être distingué de celui du 10 août. Ce jour-là, malgré les premières mesures préventives, l’accumulation de méduses dans les systèmes de filtration avait fini par déclencher automatiquement l’arrêt des unités 3 et 4. EDF avait aussi arrêté préventivement l’unité 2 et abaissé la puissance de la 1 à 50 %. L’unité 3 avait finalement été reconnectée au réseau le 18 août. Huit jours plus tard, elle a dû être arrêtée de nouveau.

La différence se joue dans la manière dont EDF réagit. Mercredi 26 août vers 16 heures, les équipes ont décidé l’arrêt préventif de l’unité 3 et la réduction de puissance de la 2. Dans la nuit, une nouvelle arrivée de méduses a conduit à l’arrêt préventif de la 6 et à la réduction de la 1. EDF ne signale cette fois aucun arrêt automatique provoqué par le phénomène.

Le mécanisme reste pourtant le même. L’eau de mer nécessaire au fonctionnement de la centrale passe par des stations de pompage où des grilles puis des tambours filtrants retiennent les corps flottants. Lors de l’épisode massif d’août 2025, l’ASNR avait constaté que l’accumulation de méduses pouvait colmater ces équipements au point de perturber les circuits liés à la production. Les circuits d’eau participant à la sûreté étaient alors restés disponibles et l’événement avait été classé au niveau 0 de l’échelle INES.

Depuis cet épisode de 2025, EDF a surtout renforcé l’anticipation : caméras sur les équipements de filtration et le canal d’amenée, surveillance quotidienne en mer, possibilité de campagnes rapides d’échantillonnage et opérations de pêche lorsque les concentrations deviennent importantes. Après le premier afflux de ce mois d’août, la surveillance des filtres et les pêches préventives ont continué.

Le retour des méduses montre la limite de ces mesures. Elles n’empêchent ni les bancs d’atteindre la prise d’eau, ni EDF de devoir retirer de la puissance lorsqu’ils deviennent trop nombreux. En revanche, la séquence des 26 et 27 août montre un changement observable par rapport au 10 août : les quatre décisions directement liées aux méduses ont cette fois été prises préventivement, avant qu’EDF ne signale un nouvel arrêt automatique.

Cela ne suffit pas à établir que la centrale est devenue plus résistante au phénomène. EDF ne publie pas de concentrations permettant de comparer directement les deux épisodes, et aucune analyse publique spécifique de l’ASNR sur les événements des 26 et 27 août n’était disponible au moment de la rédaction. On peut donc constater une intervention plus précoce, sans encore mesurer son efficacité globale.

Gravelines compte six réacteurs de 900 MW. Les unités 3 et 6 à l’arrêt totalisent donc 1,8 GW de puissance installée, auxquels s’ajoute une partie non précisée des 1,8 GW des unités 1 et 2. Les arrêts des unités 4 et 5 ont d’autres causes et ne doivent pas être ajoutés au bilan des méduses.

Les prochaines remises en service des unités 3 et 6 donneront un test beaucoup plus parlant que le nombre de caméras ou de sorties en mer : pourront-elles reprendre leur production et la conserver si un nouveau banc atteint le canal d’amenée ? À Gravelines, deux épisodes en moins de trois semaines ont déjà déplacé la difficulté. EDF intervient plus tôt ; les méduses, elles, atteignent toujours les filtres.

Sources consultées
  1. EDFActualités des unités de production
  2. AFP / Connaissance des ÉnergiesEDF abaisse encore la production de Gravelines face aux méduses
  3. Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotectionArrêts automatiques des réacteurs 2, 3, 4 et 6 de la centrale nucléaire de Gravelines
  4. EDFAprès l’épisode des méduses en août 2025 : retour d’expérience et actions renforcées à Gravelines