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À Lille, une protéine d’escargot difficile à fabriquer livre sa structure

À Lille, une équipe a synthétisé et cristallisé la schistosomine, une petite protéine d’escargot qui ouvre de nouvelles expériences sur le parasite de la bilharziose.

Illustration - Miniprotéine d’escargot étudiée à Lille

Une protéine d’à peine 80 acides aminés résistait depuis longtemps aux chercheurs. À Lille, une équipe du Centre d’Infection et d’Immunité de Lille a réussi à fabriquer la schistosomine, produite par l’escargot d’eau douce Biomphalaria glabrata, puis à obtenir sa structure en trois dimensions. L’Institut Pasteur de Lille a présenté de nouveau ce travail le 12 août.

L’objet est petit, mais capricieux. La schistosomine comporte quatre ponts disulfure, des liaisons internes qui doivent se former au bon endroit pour que la protéine adopte sa forme. Les essais de production recombinante donnaient une protéine insoluble ou difficile à purifier. Les chercheurs ont contourné ce verrou en assemblant chimiquement la protéine, puis en contrôlant son repliement. Ils ont ainsi obtenu une schistosomine suffisamment homogène pour la cristalliser et l’étudier.

Cette maîtrise change surtout ce qu’il devient possible de faire au laboratoire. La fonction de la schistosomine chez Biomphalaria glabrata reste mal comprise, alors que cet escargot joue un rôle central dans le cycle de Schistosoma mansoni, l’un des parasites responsables de la bilharziose humaine. Le préprint publié en avril par l’équipe lilloise décrit la structure de la protéine et montre qu’elle est présente dans plusieurs tissus du mollusque, et pas seulement dans son système nerveux comme on l’avait longtemps supposé.

Le CIIL rapporte aussi que la schistosomine se lie à des Venus Kinase Receptors, ou VKR, présents à la fois chez l’escargot et chez le parasite. L’équipe observe des effets opposés sur leurs récepteurs respectifs. Ce résultat fonctionnel, également mentionné dans l’évaluation scientifique du CIIL par le Hcéres, ne fait toutefois pas partie du préprint structural d’avril. Les chercheurs travaillent maintenant à déterminer précisément comment la protéine se fixe à ces récepteurs et quel rôle cette interaction joue dans la relation entre l’escargot et le parasite.

La chronologie évite d’en faire une découverte tombée cette semaine. Les deux structures cristallographiques avaient déjà été rendues publiques dans la Protein Data Bank en mai et juillet 2025, avant la diffusion du préprint en avril 2026. Et une publication indépendante parue depuis rapproche cette architecture de la famille structurale des inhibiteurs de protéase de type Kazal, ce qui nuance l’idée d’un repliement totalement isolé dans le monde des protéines.

Le travail reste donc au stade de la recherche fondamentale et n’a pas encore débouché sur un candidat thérapeutique. Il s’appuie à Lille sur une combinaison de synthèse chimique des protéines et de parasitologie. L’Institut Pasteur de Lille indique également que son laboratoire fait partie des rares en Europe à maintenir le cycle complet du schistosome, avec les élevages de mollusques nécessaires. Les chercheurs disposent désormais de schistosomine synthétique correctement repliée pour poursuivre leurs expériences. À Lille, le prochain problème n’est plus de réussir à la fabriquer, mais de comprendre ce qu’elle fait réellement entre l’escargot et son parasite.

Sources consultées
  1. Institut Pasteur de LilleUne miniprotéine d’escargot révèle une structure inédite
  2. bioRxivTotal synthesis and structural characterization of a novel protein scaffold from the snail Biomphalaria glabrata
  3. Center for Infection & Immunity of LilleMELNYK - Miniprotéines et applications thérapeutiques
  4. HcéresRapport d’évaluation - CIIL - Centre d’Infection et d’Immunité de Lille
  5. Protein ScienceConkazal-M1 from the MKAVA family of conotoxins: A dual-function protease inhibitor and neuroactive peptide
  6. Institut Pasteur de LilleSur le terrain de la recherche avec... le Dr Jérôme Vicogne