Article

À Gravelines, les méduses reviennent un an après l’épisode massif de 2025

Après l’épisode de 2025, Gravelines avait renforcé sa surveillance des méduses. Leur retour met ce dispositif à l’épreuve et en rappelle la limite.

Illustration - Méduses devant la centrale nucléaire

Un an presque jour pour jour après avoir arrêté toute la production de Gravelines, les méduses ont de nouveau atteint les prises d’eau de la centrale nucléaire. Lundi 10 août, leur arrivée massive a déclenché l’arrêt automatique des réacteurs 3 et 4. EDF a arrêté préventivement le 2 et réduit de moitié la puissance du 1.

La situation s’est partiellement rétablie. Dans son point publié jeudi 13 août, EDF indique les unités 1, 2 et 6 en fonctionnement. Le réacteur 2 avait été reconnecté au réseau à 2 h 43. Les 3 et 4 restent arrêtées pour des opérations de maintenance avant un redémarrage annoncé dans les prochains jours, tandis que la 5 poursuit sa visite décennale. EDF ne signale aucune conséquence sur la sûreté des installations, le personnel ou l’environnement.

Après l’épisode de 2025, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection avait examiné précisément la manière dont Gravelines anticipait ces arrivées. Les automatismes avaient fonctionné et les réacteurs avaient été conduits dans un état sûr. Mais l’inspection avait aussi identifié deux faiblesses dans la prévention.

La surveillance biologique était surtout organisée autour des groseilles de mer, déjà connues pour avoir colmaté les prises d’eau dans les années 1990. Les méduses étaient observées plus ponctuellement, et pas pendant leur période de prolifération maximale. L’ASNR avait demandé à EDF d’élargir l’inventaire des organismes capables de colmater la « source froide » et d’adapter la surveillance. Elle avait également constaté que la procédure destinée à réduire préventivement la puissance des réacteurs n’allait pas assez vite face à la brutalité du phénomène.

Cette source froide est le maillon qui relie les six réacteurs à la mer. Chaque station de pompage aspire puis filtre l’eau utilisée pour évacuer la chaleur des installations. Pré-grilles et tambours filtrants arrêtent les organismes et débris avant leur entrée dans les circuits. Une arrivée massive peut donc saturer ces équipements et mettre plusieurs réacteurs hors production sans qu’un problème nucléaire soit à l’origine de l’arrêt.

Depuis 2025, EDF a installé des caméras sur les tambours filtrants et le canal d’amenée, renforcé la formation des équipes et organisé une surveillance quotidienne en mer avec des pêcheurs. Des observations complémentaires sont réalisées avec la SNSM ; des prélèvements peuvent être déclenchés en moins de 24 heures et des chalutiers mobilisés pour des pêches ciblées. Le partenariat avec France Pêche Durable et Responsable représente 1,5 million d’euros sur trois ans, auxquels s’ajoutent 30 000 euros par an pour la SNSM.

Mais le dispositif a une limite claire : mieux voir venir les méduses ne permet pas de les empêcher d’arriver. L’ASNR l’écrivait déjà après 2025 : une surveillance renforcée pouvait aider à anticiper le pilotage des réacteurs, pas mettre la centrale à l’abri d’un nouvel afflux massif.

Une différence apparaît toutefois entre les deux épisodes. En 2025, les quatre réacteurs alors en production s’étaient tous arrêtés automatiquement. Cette fois, deux ont déclenché automatiquement, tandis qu’EDF a pu arrêter préventivement le réacteur 2 et abaisser le 1. L’ASNR n’a pas encore publié d’analyse de l’événement 2026, ce qui ne permet pas d’attribuer cette différence aux seules mesures prises depuis un an.

Les six réacteurs de Gravelines totalisent 5,4 GW et ont produit 32,27 TWh en 2025, soit selon EDF l’équivalent de 60 % de la consommation électrique annuelle des Hauts-de-France. Dans le dernier point publié jeudi 13 août, la réponse au nouvel afflux reste beaucoup plus matérielle : surveillance des tambours et du canal, maintenance des unités 3 et 4, et pêches préventives maintenues 24 heures sur 24 au large de la centrale.

Sources consultées
  1. EDFActualités des unités de production - 13/08/2026
  2. Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotectionLettre de suite de l’inspection réactive du 13 août 2025 relative à l’aléa de colmatage de la source froide des réacteurs 2, 3, 4 et 6
  3. Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotectionArrêts automatiques des réacteurs 2, 3, 4 et 6 de la centrale nucléaire de Gravelines
  4. EDFAprès l’épisode des méduses en août 2025 : retour d’expérience et actions renforcées à Gravelines