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Un convoi tous les deux jours : ce que révèle le trafic de cigarettes à Lille

La gendarmerie estime à 12 millions d’euros la valeur marchande d’un trafic de cigarettes contrefaites entre la Belgique et la métropole lilloise.

Dans la métropole lilloise, le trafic démantelé cette semaine fonctionnait à la cadence d’une petite chaîne d’approvisionnement. La gendarmerie dit avoir reconstitué 120 convois de cigarettes contrefaites depuis la Belgique depuis décembre 2025, avec en moyenne 7 500 paquets par trajet. Elle estime leur valeur marchande à 12 millions d’euros, soit l’équivalent des ventes de vingt buralistes lillois sur la même période.

L’enquête de la section de recherches de Lille avait débuté en avril, après un renseignement. Elle a conduit le 4 août à l’interpellation de quatre personnes, dont un principal mis en cause soupçonné d’organiser les importations et trois revendeurs chargés d’écouler les cigarettes dans la métropole. Les perquisitions ont notamment permis de saisir 600 cartouches et 223 500 euros en espèces. Les quatre personnes sont convoquées devant la justice le 28 janvier 2027.

En moyenne, les 120 convois représentent presque un passage tous les deux jours pendant huit mois. Cette géographie frontalière se retrouve déjà dans les chiffres du marché légal : une étude financée par la Douane et la MILDECA place le Nord parmi les départements où l’écart est le plus fort entre la consommation estimée des habitants et les volumes livrés officiellement aux buralistes. Les dix départements concentrant 61,1 % de cet écart sont tous proches d’une frontière.

Cet écart, appelé « tax gap », ne mesure cependant pas le trafic criminel. L’étude montre au contraire que les achats transfrontaliers constituent de loin la première source de tabac échappant à la fiscalité française : environ 6 863 tonnes dans son estimation pour 2023, contre 366 tonnes pour les achats de rue. Une cigarette achetée en Belgique n’est donc pas nécessairement une cigarette de contrebande, encore moins une contrefaçon. Mais la proximité de la Belgique raccourcit aussi les circuits d’approvisionnement possibles pour les réseaux clandestins qui visent la métropole lilloise.

En France, la vente de tabac repose sur des prix fortement fiscalisés et un réseau réglementé de buralistes. Dans le Nord, la proximité immédiate d’un autre marché modifie cette équation. Le phénomène dépasse les voitures de particuliers revenant avec leurs achats : selon l’enquête, un seul réseau aurait fait entrer en huit mois près de 900 000 paquets, si l’on applique aux 120 convois la moyenne de 7 500 paquets annoncée par la gendarmerie.

La saisie du 4 août n’en représente qu’une fraction. Ce que les enquêteurs disent avoir retrouvé dans leurs mois de surveillance est plus parlant : une liaison régulière entre la Belgique et la métropole lilloise, assez fournie pour représenter, sur la période, l’équivalent des ventes de vingt bureaux de tabac de Lille.

Sources consultées
  1. Gendarmerie nationale, GendinfoUn réseau de trafiquants de cigarettes contrefaites démantelé par la section de recherches de Lille
  2. Direction générale des douanes et droits indirects / MILDECASynthèse du rapport TAFE (Tabac échappant à la Fiscalité nationale)