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À Lille, une IA estime les trajectoires de poids, moins bien chez les plus jeunes

Testé sur 2 255 patients français et suédois, le calculateur lillois estime le poids à cinq ans après chirurgie bariatrique, avec une précision moindre chez les plus jeunes.

Courbe de poids et intelligence artificielle

À Lille, médecins et informaticiens ont adapté aux adolescents un calculateur capable de tracer leur évolution probable de poids pendant cinq ans après une chirurgie bariatrique. Le modèle n’utilise que cinq informations : l’âge, la taille, le poids, la présence d’un diabète de type 2 et l’opération envisagée.

L’intérêt tient à la grande variabilité des résultats. Chez les mineurs, la chirurgie est réservée à des situations d’obésité sévère et encadrée par une préparation spécialisée. Même lorsque l’intervention est indiquée, son effet à long terme reste difficile à chiffrer pour un patient donné. Une courbe personnalisée pourrait rendre la discussion avec le jeune et sa famille moins abstraite.

Le projet associe l’unité Inserm UMR1190, l’Université et le CHU de Lille au laboratoire informatique CRIStAL. L’équipe avait déjà développé une première version chez l’adulte, validée sur 10 231 patients suivis dans douze centres de dix pays. Pour l’adapter aux jeunes, les chercheurs ont réuni les dossiers de 2 255 personnes opérées entre 12 et 20 ans en France et en Suède. Le modèle a été entraîné sur 80 % de ces parcours, puis testé sur les 20 % restants.

À cinq ans, l’écart médian entre l’IMC prévu et l’IMC réellement observé atteint 3,7 kg/m², contre 2,8 dans la précédente étude chez l’adulte. Pour une personne mesurant 1,65 m, cela représente environ 10 kg d’écart. La précision dépend surtout de l’intervention : l’erreur descend à 3,2 points d’IMC après un bypass gastrique, atteint 3,9 après une sleeve et grimpe à 7,3 après la pose d’un anneau gastrique.

La difficulté augmente aussi avec la durée du suivi et parmi les participants les plus jeunes. Les auteurs ont séparé la cohorte autour de son âge médian, 19 ans, et constaté des prévisions moins précises chez les adolescents. Leur calcul repose sur des données médicales simples, mais laisse de côté des facteurs propres à cette période de la vie, notamment le développement, la situation sociale ou la santé psychologique.

L’évaluation reste rétrospective. Le groupe utilisé pour tester le modèle provient de la même cohorte franco-suédoise que celui ayant servi à son entraînement, et seuls 59 % des suivis français et 38 % des suivis suédois attendus étaient disponibles à cinq ans. Aucune étude prospective ne montre encore que présenter ces courbes améliore les décisions ou le suivi des patients.

Le modèle transforme des résultats moyens en estimation individuelle avec seulement cinq variables ordinaires. Ses performances devront encore être reproduites sur des cohortes indépendantes et plus diverses. À Lille, les chercheurs doivent surtout mieux saisir ce qui rend les trajectoires des plus jeunes si difficiles à prévoir.

Sources consultées
  1. International Journal of ObesityDecision tree-based prediction of 5-year weight trajectories after bariatric surgery in adolescents and young adults: a retrospective cohort study from France and Sweden
  2. The Lancet Digital HealthDevelopment and validation of an interpretable machine learning-based calculator for predicting 5-year weight trajectories after bariatric surgery: a multinational retrospective cohort SOPHIA study
  3. Institut Pasteur de LilleObésité : l’IA pour mieux prédire les résultats de la chirurgie bariatrique chez les jeunes
  4. Haute Autorité de santéObésité