
Le CHU de Lille vient de publier son projet d’établissement 2026-2030. Parmi ses huit orientations, les mesures les plus instructives ne concernent pas les bâtiments les plus imposants ou la recherche de pointe. Elles cherchent à tirer davantage des hôpitaux existants, en déplaçant des activités, des lits et des équipes.
L’établissement dispose de 95 salles de bloc opératoire et de 3 256 lits et places. Il a réalisé 76 514 interventions chirurgicales en 2025, dont 43,1 % en ambulatoire. À cette échelle, ouvrir une salle supplémentaire ne consiste pas seulement à pousser une porte. Il faut une équipe d’anesthésie, des infirmiers, une salle de réveil, un lit si le patient reste hospitalisé et une solution pour organiser son retour à domicile.
À l’hôpital Huriez, le projet prévoit de mettre chaque jour deux salles supplémentaires à la disposition du bloc commun. Cette hausse doit s’accompagner d’une révision du nombre de lits et d’un redéploiement de professionnels paramédicaux vers les activités en développement. Une difficulté demeure : le document fixe cette disponibilité à la fin de 2025, une échéance déjà passée lors de sa publication, sans indiquer si elle a été tenue.
À Salengro, le CHU veut créer une unité de chirurgie ambulatoire commune à plusieurs pôles. Il prévoit aussi de porter l’unité de soins intensifs neurovasculaires de 16 à 20 lits. En ophtalmologie, certaines injections intravitréennes seraient réalisées hors du bloc stérile afin de libérer une vacation opératoire quotidienne. L’unité ambulatoire de Salengro était déjà annoncée pour 2026 dans le rapport d’activité 2023 du CHU, mais son calendrier actuel n’est pas précisé.
Ces réorganisations révèlent comment se fabrique la capacité hospitalière. Une intervention réalisée dans la journée peut éviter une nuit d’hospitalisation et rendre un lit disponible. Déplacer un acte léger peut ouvrir un créneau pour une opération plus lourde. Mais le système ne produit pas de places gratuitement : chaque redéploiement de personnel doit être organisé sans fragiliser le service de départ.
Cette recherche de capacité précède des chantiers autrement plus coûteux. Le plan pluriannuel d’investissement 2025-2045, qui dépasse le seul projet d’établissement, atteint près de 2,06 milliards d’euros. Il réserve 610 millions au futur Salengro, 277 millions à l’ensemble Jeanne-de-Flandre et 66 millions à une nouvelle pharmacie, auxquels s’ajoutent environ 45 millions par an pour entretenir les équipements et les bâtiments. Dans le même temps, le budget principal du CHU affichait un déficit de 18,9 millions d’euros en 2025.
Le projet étend cette organisation aux dix établissements des Hôpitaux publics Grand Lille, qui réunissent 6 000 lits et places pour un bassin de 1,6 million d’habitants. Le CHU veut ainsi conserver à Lille les prises en charge les plus spécialisées, tout en développant l’imagerie partagée, l’hospitalisation à domicile et les soins réalisables dans les hôpitaux de proximité.
Les engagements les plus faciles à contrôler sont les plus précis : deux salles, quatre lits supplémentaires, une vacation récupérée. Leur coût propre, leurs effectifs et la plupart de leurs échéances ne sont cependant pas publiés. Le premier bilan peut commencer sans attendre 2030, à Huriez, en vérifiant si les deux salles promises pour la fin de 2025 fonctionnent désormais chaque jour, et avec quelles équipes.