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À Lille, une bactérie vaccinale apprend à changer de cargaison

Des chercheurs lillois ont doté un dérivé de BPZE1 d’une nouvelle porte moléculaire. Chez la souris, elle transporte une protéine étrangère, sans preuve de protection.

Illustration - Bactérie vaccinale et protéine respiratoire

L’Institut Pasteur de Lille présente le 27 juillet une étude publiée fin mai par le Centre d’infection et d’immunité de Lille. Une équipe du centre a équipé un dérivé du candidat vaccin BPZE1 d’un nouveau système d’export, capable de faire sortir de la bactérie une protéine étrangère et de la présenter aux défenses des voies respiratoires.

BPZE1 a été conçu à Lille à partir d’une version vivante mais fortement atténuée de Bordetella pertussis, la bactérie responsable de la coqueluche. Administré par le nez, ce candidat vaccin cherche à déclencher une immunité directement sur la muqueuse respiratoire. Les vaccins acellulaires injectés protègent contre la maladie, mais empêchent moins bien la colonisation du nez et la transmission de la bactérie.

L’équipe lilloise étudie depuis longtemps une autre utilisation de cette bactérie désarmée : lui faire transporter les antigènes d’autres agents infectieux. Le premier système utilisé, fondé sur une protéine appelée FHA, avait déjà fonctionné avec plusieurs cargaisons. Il acceptait cependant mal certaines protéines compactes, dont la structure se prête peu au passage.

Les chercheurs ont donc détourné SphB1, une protéine de Bordetella qui traverse son enveloppe. Ils ont remplacé sa partie normalement exportée par la protéine N du SARS-CoV-2, utilisée ici comme cargaison modèle. La souche obtenue, baptisée BT-V101, a fabriqué et sécrété cette protéine sans perdre sa capacité à se multiplier ni à séjourner temporairement dans le nez et les poumons de souris.

Dans des expériences menées sur trois à cinq souris par groupe, BT-V101 a provoqué l’apparition d’anticorps sanguins dirigés contre la protéine N et une réponse de lymphocytes T. Aucune hausse significative des anticorps recherchés dans les sécrétions nasales n’a été observée. Une expérience distincte a toutefois détecté des lymphocytes CD8 spécifiques dans un tissu immunitaire du rhinopharynx. Un rappel avec la protéine N purifiée a ensuite amplifié plusieurs réponses locales et générales.

BT-V101 demeure une preuve de concept préclinique. Les souris n’ont pas été exposées au virus pour vérifier si elles résistaient à l’infection, et une seule protéine étrangère a été transportée. L’étude démontre donc que SphB1 peut exporter un antigène que l’ancien système gérait mal et amorcer une réponse immunitaire contre lui. La protection contre le Covid-19 et la polyvalence de la plateforme chez l’être humain restent entièrement à tester.

Le travail réunit l’Université de Lille, le CNRS, l’Inserm, le CHU et l’Institut Pasteur de Lille. L’étude a reçu des financements du ministère de la Recherche et d’ILiAD Biotechnologies, l’entreprise qui développe BPZE1. À Lille, la prochaine difficulté sera de charger cette nouvelle porte moléculaire avec d’autres antigènes, puis de vérifier si l’immunité obtenue protège réellement contre une infection respiratoire.

Sources consultées
  1. Institut Pasteur de LilleQuand un vaccin contre la coqueluche devient un outil pour lutter contre d’autres infections
  2. Applied Microbiology and BiotechnologySphB1 export system for antigen presentation to the respiratory tract by a live pertussis vaccine
  3. Proceedings of the National Academy of SciencesAcellular pertussis vaccines protect against disease but fail to prevent infection and transmission in a nonhuman primate model