
À Lille, une équipe de recherche a relié une mesure effectuée avant une greffe d’îlots pancréatiques aux résultats observés jusqu’à dix ans après la transplantation. L’indice se nomme NKX6.1 : plus ce gène est exprimé dans les cellules destinées à la greffe, meilleures semblent être leurs chances de fonctionner durablement.
La greffe d’îlots de Langerhans s’adresse surtout à des patients dont le diabète de type 1 demeure très instable malgré une prise en charge optimale. Les cellules productrices d’insuline sont isolées à partir de pancréas de donneurs, puis injectées dans le foie. Deux, voire trois donneurs peuvent être nécessaires pour réunir la quantité recommandée. Chaque préparation est donc précieuse.
Avant la greffe, les équipes contrôlent déjà la masse des îlots, leur pureté, leur viabilité et leur stérilité. Ces critères prédisent toutefois assez mal comment les cellules réagiront au glucose une fois transplantées. Leur efficacité future demeure donc en partie incertaine au moment de l’intervention.
L’équipe lilloise a cherché un indicateur plus proche de la fonction réelle des cellules. L’unité U1190 réunit l’Université de Lille, l’Inserm, le CHU et l’Institut Pasteur de Lille. Elle associe préparation des cellules, transplantation, recherche biologique et suivi clinique prolongé. Cette continuité lui a permis de comparer les caractéristiques moléculaires des îlots avant leur injection avec l’évolution des greffes plusieurs années plus tard.
Les chercheurs ont mesuré par PCR numérique la quantité d’ARN de NKX6.1 dans 114 préparations cliniques. Cette mesure était liée à leur fonctionnement lors d’un test chez la souris, indépendamment de la masse, de la pureté et de la viabilité des cellules. L’équipe a ensuite étudié 34 patients ayant reçu des îlots issus de deux ou trois préparations. La mesure de NKX6.1 permettait de mieux prévoir le fonctionnement initial du greffon que sa seule masse.
Un nombre élevé de copies d’ARN de NKX6.1 restait aussi associé, après prise en compte des autres critères, à un fonctionnement prolongé du greffon et à l’absence d’injections d’insuline jusqu’à dix ans après la transplantation. Selon l’Institut Pasteur de Lille, l’écart de durée médiane de fonctionnement atteignait environ quatre ans entre les préparations présentant des niveaux élevés ou faibles. Le lien a enfin été retrouvé chez neuf autres patients greffés dans d’autres centres.
NKX6.1 ne fournit pas encore un feu vert ou rouge utilisable à l’hôpital. L’étude est rétrospective, les cohortes cliniques restent réduites et aucun seuil n’est encore établi pour accepter, écarter ou classer une préparation. Ce biomarqueur pourrait néanmoins compléter les contrôles actuels en renseignant plus directement sur la capacité des cellules à produire de l’insuline.
La promesse est moins de créer davantage d’îlots que de mieux employer ceux qui sont disponibles. À Lille, la prochaine étape consistera à transformer dix ans de recul clinique en un test reproductible, capable d’aider les équipes à juger les cellules avant leur injection.
Sources consultées
- Science Translational MedicineNKX6.1 mRNA copy number is an actionable biomarker associated with islet function and clinical outcomes after islet transplantation
- Institut Pasteur de LilleVers une meilleure prédiction de l’efficacité des greffes d’îlots pancréatiques pour traiter le diabète de type 1
- Haute Autorité de santéTransplantation d’îlots pancréatiques
- Institut Pasteur de LilleRecherche translationnelle sur le diabète et les maladies métaboliques