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À Dunkerque, le carburant d’aviation durable réclame bien plus qu’une usine

Sur le site de l’ancienne raffinerie SRD, un projet de 1,7 milliard d’euros mobiliserait terminal, quai, eau, électricité et aides publiques.

Cuves et infrastructures du port de Dunkerque

Sur l’ancienne emprise de la raffinerie SRD, dans le port de Dunkerque, REBOUND produirait du carburant d’aviation durable et DARA stockerait les matières premières, les produits finis et d’autres vracs liquides. La Commission nationale du débat public a décidé de soumettre les deux projets, leurs raccordements électrique et routier à une même concertation préalable.

Ce regroupement donne la mesure de l’ensemble. Les porteurs le chiffrent à environ 1,7 milliard d’euros, hors coût du raccordement électrique. REBOUND viserait une production annuelle de 160 000 tonnes à partir de 2031. DARA réunirait 50 réservoirs capables de contenir 145 000 m³. Le complexe projeté s’étendrait sur 23 hectares et pourrait générer, selon Dunkerque-Port, 300 emplois équivalent temps plein et jusqu’à 1,2 million de tonnes de trafic maritime supplémentaire par an.

L’usine ne peut fonctionner sans un dispositif portuaire complet. Elle demanderait une puissance électrique de 63 MW, apportée par deux liaisons souterraines de 225 000 volts sur environ huit kilomètres. Les besoins en eau du projet sont évalués entre 400 000 et un million de mètres cubes par an. Il faut encore réhabiliter un appontement, aménager des canalisations, organiser les flux ferroviaires et routiers, puis dépolluer les sols avant les travaux. Les demandes d’autorisation prévues pour REBOUND et DARA les classeraient Seveso seuil haut.

Le calendrier européen donne sa chance au projet. Depuis 2025, les fournisseurs de carburant des principaux aéroports de l’Union doivent incorporer au moins 2 % de carburants d’aviation durables. Cette part doit atteindre 6 % en 2030, puis 70 % en 2050. REBOUND transformerait notamment de l’éthanol issu de résidus agricoles et forestiers en carburant utilisable dans les avions actuels.

Le marché créé par ces quotas ne sécurise pas encore l’investissement. La décision finale n’est visée qu’en 2029. Les promoteurs recherchent également 20 millions d’euros auprès du Fonds pour une transition juste des Hauts-de-France et 90 millions auprès du Fonds européen pour l’innovation. La CNDP demande que la concertation examine le bilan carbone de toute la chaîne, les consommations de ressources, les risques industriels, les effets cumulés avec les autres chantiers et les solutions de remplacement, y compris l’abandon du projet.

Le projet REUZE, qui devait lui aussi produire du carburant de synthèse dans le port, a été abandonné. REBOUND et DARA s’inscrivent dans la nouvelle vague industrielle du Dunkerquois, mais ils montrent aussi ce que cette vague exige du territoire : du foncier disponible, de puissants réseaux, des installations de stockage, des infrastructures publiques et une capacité à absorber plusieurs chantiers en même temps.

Le port peut ainsi réaffecter une ancienne emprise pétrolière à la production des carburants que l’Europe impose progressivement dans l’aviation. Le foncier est là ; la viabilité industrielle et le partage des coûts restent à établir. Les dates de la concertation ne sont pas encore fixées. Quand elle s’ouvrira, la discussion ira de l’éthanol livré au port jusqu’aux réservoirs du quai de l’ancienne SRD.

Sources consultées
  1. Commission nationale du débat publicProjet d’unité de production de carburant d’aviation durable REBOUND, de terminal multimodal DARA et de leurs raccordements
  2. Commission nationale du débat publicLettre de mission des garantes du projet REBOUND et DARA
  3. LégifranceDécision n° 2026/64/REBOUND DARA GPMD/1 du 1er juillet 2026
  4. Dunkerque-PortDunkerque-Port retient les projets complémentaires de Technip Energies et de Tepsa
  5. Commission européenneReFuelEU Aviation