
Le 12 décembre 2027, les voyageurs de Lille, Cambrai et Maubeuge à destination de Paris ne verront pas arriver un nouvel opérateur. SNCF Voyageurs continuera de faire rouler les trains, mais dans un cadre entièrement renouvelé : une concession de neuf années d’exploitation, précédée de dix-huit mois de préparation.
L’avis d’attribution publié le 9 juillet fixe officiellement la valeur de l’offre à 3,0117 milliards d’euros hors taxes. Il confirme aussi que SNCF Voyageurs a remis la seule offre finale, pour un contrat conclu par la Région le 28 mai. L’identité du gagnant était donc connue depuis plus d’un mois. La publication du BOAMP précise surtout le cadre juridique et financier du marché.
Dans le Nord, deux relations sont directement concernées : Paris-Lille et l’axe Paris-Cambrai/Maubeuge, qui rejoint la capitale par Saint-Quentin, Compiègne et Creil. Elles appartiennent à un ensemble bien plus vaste couvrant les cinq départements des Hauts-de-France. Ce lot représente 35 % de l’offre ferroviaire régionale et 45 % de sa fréquentation, avec environ 250 trains et 70 000 voyageurs par jour, 70 gares et 103 rames fournies par la Région.
Ce partage des rôles explique le fonctionnement du système. La Région décide de l’offre et des tarifs, possède les trains et met à disposition les installations de maintenance. La future filiale de SNCF Voyageurs emploiera environ 1 200 salariés pour assurer les circulations, l’information des voyageurs, la vente, le contrôle et l’entretien courant du matériel. Comme pour les concessions de cars interurbains et scolaires, le service est isolé dans un contrat propre, avec ses moyens, ses coûts et ses résultats attendus.
Les 3,0117 milliards d’euros ne correspondent pas à un chèque versé d’un bloc à SNCF Voyageurs. La Région les présente comme le montant prévisionnel des charges d’exploitation sur la durée du contrat, future desserte de Roissy comprise. Les recettes des billets doivent en couvrir 43 % en moyenne. La plus grande part du fonctionnement restera donc financée par la collectivité.
En échange, le contrat prévoit une offre portée à 1 558 trains par semaine en 2028, soit 46 de plus qu’en 2026, notamment pour combler des manques le week-end. Il vise aussi 98,5 % de régularité en fin de période pour les retards imputables au transporteur, avec un seuil ramené à 4 minutes 59, ainsi que 99 % de conformité dans la composition des rames. Le plafond annuel des pénalités passera de 1,6 à 3,6 millions d’euros. Un train supprimé pourra coûter 1 000 euros à l’exploitant, avec une majoration de moitié aux heures de pointe.
Ces engagements concernent toutefois l’ensemble du lot. La Région n’a pas publié la répartition des trains supplémentaires entre Lille, Cambrai, Maubeuge et les nombreuses lignes picardes. Les documents accessibles ne permettent pas non plus de comparer le coût de cette concession avec celui de l’ancienne convention.
Depuis décembre 2023, les nouveaux contrats régionaux doivent en principe être attribués après mise en concurrence. Ici, l’exercice n’a pas permis de départager plusieurs offres finales. Il produit néanmoins un contrat distinct et plus mesurable, assorti de pénalités renforcées. Il ne démontre pas, à lui seul, que la concurrence a fait baisser le prix.
Pour les voyageurs du Nord, le contrat se jugera dans le nombre de trains réellement ajoutés le week-end, les voitures présentes à quai et les minutes perdues entre Lille-Flandres, Cambrai, Maubeuge et Paris.
Sources consultées
- Bulletin officiel des annonces des marchés publicsAvis d’attribution de concession n° 26-68876
- Région Hauts-de-FranceOuverture à la concurrence : la Région attribue le contrat de concession ferroviaire des dessertes parisiennes à SNCF Voyageurs
- SNCF VoyageursHauts-de-France : SNCF Voyageurs est choisie pour exploiter le lot des dessertes parisiennes
- Banque des Territoires, LocaltisLa SNCF conserve l’exploitation des lignes TER entre Paris et les Hauts-de-France