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À Dunkerque, Rungis cherche une chaîne du froid, pas seulement un quai

Dunkerque-Port et Rungis préparent un hub du frais fondé sur le froid, les entrepôts, le mûrissage, le rail et le foncier portuaire.

Entrepôts frigorifiques du port de Dunkerque

Dunkerque-Port et le Marché international de Rungis ont signé, le 8 juillet 2026, une convention pour créer une plateforme agro-logistique dans la zone DLI, Dunkerque Logistique International, au port Ouest. L’annonce reste incomplète : le coût, la surface et le calendrier propre de cette plateforme Rungis-Dunkerque ne sont pas encore publics. Mais elle dit déjà quelque chose de précis sur la place que Dunkerque veut prendre dans les circuits du frais.

Un port du frais ne se résume pas à débarquer des conteneurs réfrigérés. Il faut du froid, des entrepôts, des contrôles, des zones de transformation, parfois du mûrissage, puis des camions ou des trains capables d’envoyer vite les produits vers les marchés, les grossistes et les distributeurs. Sans cette chaîne, les fruits passent. Avec elle, ils laissent du travail, de la valeur et des décisions logistiques sur place.

Dunkerque dispose déjà d’une pièce importante : DLI, 150 hectares au port Ouest, dédiée aux marchandises sèches ou à température dirigée. Le port indique que 45 000 m² d’entrepôts y sont opérationnels et que près de 350 000 m² supplémentaires sont programmés ou en construction. La convention avec Rungis vise un site consacré à la logistique, à la transformation et à la valorisation des produits alimentaires, avec aussi l’étude d’une liaison ferroviaire directe entre Dunkerque et le MIN du Val-de-Marne.

Ce rail n’est pas un supplément de présentation. Rungis, ce sont 234 hectares, plus de 1 200 entreprises et 12,02 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Alimenter un tel marché depuis un port du Nord suppose des flux réguliers et massifiés. Si tout repart par la route au coup par coup, Dunkerque gagne surtout du passage. Si le rail suit, le port peut devenir un maillon plus solide de l’approvisionnement.

Le mouvement avait commencé avant la signature avec Rungis. Depuis janvier 2026, SIIM, filiale d’Omer-Decugis, et CMA CGM font passer par Dunkerque plus de 70 conteneurs réfrigérés par semaine d’ananas et de bananes venus d’Amérique latine, soit plus de 80 000 tonnes par an. Ces flux passaient auparavant par Rotterdam et Anvers. Omer-Decugis a aussi été retenu pour une plateforme de logistique et de mûrissage à Loon-Plage, près du terminal conteneurs : environ 20 000 m², plus de 150 000 tonnes de capacité annuelle à terme, avec un lancement prévu début 2027 sous réserve des autorisations et décisions d’investissement.

La signature avec Rungis s’insère donc dans une chaîne déjà en train de se monter : le navire, le froid, le stockage, le mûrissage, le rail et un débouché national. La Cour des comptes rappelait fin 2025 que le développement de Dunkerque dépend désormais de ses liaisons multimodales, de son hinterland et d’investissements lourds. CAP 2020, en cours de réalisation, doit ajouter un second terminal à conteneurs d’ici 2029 et doubler la capacité de traitement du port.

Le pari est sérieux parce qu’il colle à ce que le port sait déjà faire : mobiliser du foncier, des quais, de l’énergie et des opérateurs. Il reste exposé à une question simple : les volumes suivront-ils assez longtemps pour transformer un bon point d’entrée en vrai site de valeur alimentaire ? La réponse se lira moins dans les prochaines déclarations que dans les permis, les entrepôts, les trains et les palettes qui sortiront de DLI.

Sources consultées
  1. Dunkerque-PortImplanter ses activités logistiques à Dunkerque
  2. Dunkerque-PortSIIM et CMA CGM choisissent le port de Dunkerque pour renforcer leurs flux de fruits exotiques
  3. Euronext / Omer-Decugis & CieOmer-Decugis et Cie remporte l’Appel à Manifestation d’Intérêt lancé par le Grand Port Maritime de Dunkerque pour la construction d’une plateforme logistique et de mûrissage à horizon 2027
  4. Rungis International / SEMMARISRapport annuel 2025
  5. Dunkerque-PortProjets d’investissements
  6. Cour des comptesLe grand port maritime de Dunkerque