Article

À Lille, le nez électronique d'ALCOVE approche l'épreuve clinique

Le projet ALCOVE, coordonné par le CHU de Lille, clone son prototype de nez électronique avant une étude clinique sur 492 participants.

Nez électronique en laboratoire lillois

Au CHU de Lille, ALCOVE prépare une étape très simple à nommer et plus difficile à réussir : fabriquer plusieurs exemplaires identiques de son nez électronique, pour les envoyer ensuite à l’épreuve des hôpitaux. Le dispositif vise une idée qui parle immédiatement : analyser l’air expiré pour repérer plus tôt un risque de cancer du poumon.

L’objet n’est pas un gadget de diagnostic instantané. Il appartient encore au temps des prototypes, des capteurs à stabiliser, des données à comparer et des protocoles cliniques à tenir. Mais c’est précisément ce passage qui rend l’affaire intéressante. Après le développement d’un premier appareil fonctionnel, ALCOVE doit maintenant vérifier si plusieurs machines produites sur le même modèle peuvent tenir en conditions réelles, face à de vrais patients, dans plusieurs centres.

Le principe repose sur les composés organiques volatils présents dans l’haleine. Un réseau de capteurs relève des variations chimiques, puis des algorithmes cherchent des profils associés à la maladie. Le pari n’est pas de remplacer le scanner ou la biopsie. Il est de tester un outil rapide, non invasif, qui pourrait un jour aider à orienter des personnes à risque vers le bon parcours de dépistage, en cabinet, en pharmacie ou dans un établissement de soins courants.

La nuance compte, parce que la France avance déjà sur une autre voie : le programme IMPULSION expérimente le dépistage du cancer du poumon par scanner thoracique à faible dose chez des fumeurs et anciens fumeurs de 50 à 74 ans. ALCOVE se place à côté de ce mouvement, avec une question différente : peut-on ajouter un outil plus léger, plus proche des lieux de soins du quotidien, sans perdre en fiabilité ?

Le projet donne une réponse seulement partielle pour l’instant. Son site officiel annonce une étude clinique de 492 participants, répartis entre patients atteints d’un cancer du poumon et sujets à risque, avec neuf hôpitaux mobilisés en France et en Belgique. Côté français, le CHU de Lille fait partie des centres, aux côtés d’Amiens, Arras et Reims. Le programme, prévu sur 48 mois, affiche 6,6 millions d’euros de budget, dont 3,96 millions d’euros de financement européen FEDER et wallon.

Le point fort du dossier lillois tient moins au mot “nez” qu’à l’assemblage de compétences qu’il suppose. Il faut de la clinique, de l’ingénierie, des matériaux, de l’intelligence artificielle, de la donnée médicale et une organisation transfrontalière assez solide pour comparer les résultats d’un hôpital à l’autre. Coordonné par le CHU de Lille, ALCOVE réunit 16 partenaires des Hauts-de-France, du Grand Est, de Wallonie et de Flandre, avec Eurasanté dans le rôle d’appui à l’innovation.

Rien ne dit encore que le dispositif deviendra un outil courant. L’entreprise collective ne publie pas, à ce stade, de chiffre indépendant de performance clinique pour ces futurs prototypes clonés. C’est l’étude annoncée qui doit dire si le nez électronique sait vraiment distinguer, dans une population à risque, les patients atteints d’un cancer du poumon des personnes indemnes.

Pour Lille, l’intérêt est déjà là : le territoire ne se contente pas d’héberger une promesse de medtech. Il coordonne un essai où l’innovation devra quitter la démonstration de laboratoire pour respirer le même air que les patients, les soignants et les machines hospitalières.

Sources consultées
  1. EurasantéDétection précoce du cancer du poumon : le nez électronique d'ALCOVE se prépare aux premières évaluations cliniques
  2. ALCOVEALCOVE - Dépistage précoce du cancer du poumon
  3. Institut national du cancerDépistage du cancer du poumon : les inclusions du programme de recherche IMPULSION sont ouvertes