À Douai, la famille Gayant sortira de sa maison rue de Lambres dimanche 12 juillet à 7 h 30. Monsieur Gayant, Marie Cagenon, Jacquot, Fillon et Binbin rejoindront l’hôtel de ville, avant le rigodon de 10 h 45 et le Grand Cortège de 15 h, au départ de la rue d’Esquerchin.
La fête a ses horaires, ses lieux, ses retours attendus. Le lundi, les enfants de Gayant iront à Frais-Marais, puis le Bal des Tiots Gayant se tiendra dans la cour de l’hôtel de ville. Le mardi soir, après trois jours dehors, la famille rentrera place d’Armes vers la Maison des Géants, rue de Lambres, accompagnée de batucadas.
Derrière le décor d’été, la fête tient surtout par un geste : porter. Monsieur Gayant mesure 8,50 m et pèse 350 kg. Marie Cagenon atteint 6,25 m pour 250 kg. Chacun des deux parents demande six porteurs. Les enfants sont plus légers, mais Binbin, Jacquot et Fillon ont eux aussi besoin d’un corps caché pour prendre vie. Dans le panier, l’effort passe par la tête et les épaules ; le porteur ne déplace pas seulement une masse, il lui donne son balancement, son allure, sa manière d’entrer dans la foule.
C’est ce savoir-faire discret qui empêche Gayant de devenir une simple image. Les géants sont faits d’osier, de bois, de carton peint, d’accessoires entretenus et renouvelés. Le site des Fêtes de Gayant rappelle que de nombreuses personnes travaillent chaque année à leur conservation. Autour d’eux, l’association Les Tiots Gayant, créée en 2009 et présidée par Fabien Pichard, prolonge notamment le lundi de Gayant avec son bal. La tradition ne se contente pas d’être regardée : elle s’organise, se prépare, se porte et se remet en route.
Son histoire explique cet attachement sans l’épuiser. Gayant apparaît en 1530, dans la mémoire d’une procession liée à Saint-Maurand et à l’épisode de 1479 où Douai aurait repoussé les troupes royales françaises. Marie Cagenon arrive l’année suivante, puis les enfants agrandissent la famille. La Seconde Guerre mondiale détruit la maison, les géants et leurs accessoires ; Binbin est refait en 1947, les parents en 1954. La continuité dont Douai se réclame n’est pas celle d’un objet intact. C’est celle d’une ville qui reconstruit ce qu’elle veut continuer à voir marcher.
L’UNESCO a inscrit les géants et dragons processionnels de Belgique et de France au patrimoine culturel immatériel parce que ces figures ne valent pas seulement par leur taille. Elles existent dans un rituel, une musique, une foule, des métiers et un attachement local. À Douai, cette définition prend une forme très simple : une porte rue de Lambres, des porteurs sous l’osier, et toute une ville qui reconnaît sa famille quand elle avance dans la rue.