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Dans le Nord, l’ASE écoute les jeunes pour repérer ses angles morts

À Lille, une commission a réuni des jeunes confiés à l’ASE autour de leurs droits. Dans un système qui protège 23 000 enfants, leur parole devient un outil de pilotage.

Illustration - jeunes autour d'une table

À Lille, une quarantaine de jeunes confiés ou passés par l’Aide sociale à l’enfance ont interrogé des professionnels sur leurs droits, leurs sorties, leurs amis, leurs référents. La rencontre s’est tenue le 6 juin dans les locaux du Département du Nord. C’était la quatrième commission de participation organisée en deux ans.

Le chiffre paraît modeste, face à l’énorme système qu’est l’ASE dans le Nord. Le Département indique protéger près de 23 000 enfants et consacrer 671,4 millions d’euros en 2026 à la protection des enfants et adolescents qui lui sont confiés. À cette échelle, la parole des jeunes ne sert pas seulement à “donner la parole”. Elle peut devenir un capteur de fonctionnement.

Les questions posées le montrent mieux qu’un long rapport. Pourquoi ne puis-je pas sortir comme je veux ? Pourquoi ne puis-je pas inviter des amis au foyer ? Pourquoi est-ce que je change souvent de référent ? Pour un service, ce sont des règles, des plannings, des responsabilités, des contraintes de sécurité. Pour un adolescent, ce sont parfois les gestes ordinaires de la vie qui deviennent compliqués.

Cette commission relie ainsi des questions très ordinaires à des règles de placement. La protection de l’enfance doit protéger, mais elle doit aussi éviter de fabriquer une vie entièrement administrée. Sortir, garder des liens, comprendre qui décide, savoir pourquoi un adulte change encore : ces points disent si le système produit de la sécurité ou de la friction inutile.

L’après-midi, les jeunes ont travaillé sur quatre sujets : la cérémonie des réussites, la scolarité dans le Projet pour l’enfant, le contrôle des lieux d’accueil et la création d’une journée d’études pour mieux connaître leurs droits. Là encore, le choix est révélateur. Les jeunes ne parlent pas seulement de confort. Ils touchent à l’école, à la reconnaissance, à la qualité des lieux où ils vivent et à l’accès au droit.

Le Nord n’agit pas hors sol. Son règlement départemental affirme que la participation des enfants confiés doit être recherchée dans les décisions individuelles comme dans la conception des politiques qui les concernent. L’Observatoire national de la protection de l’enfance a aussi publié des repères sur la participation collective des enfants protégés, signe que cette pratique devient un vrai sujet de méthode pour les Départements.

La limite tient dans le suivi. Une commission ne crée pas de place d’accueil, ne stabilise pas une équipe et ne remplace pas un référent absent. Dans le Nord, l’accord-cadre d’intérim de l’Epdsae a déjà montré une autre facette de cette ASE sous pression. Mais la participation peut éviter une autre faiblesse : piloter la protection de l’enfance sans assez entendre ceux qui vivent ses règles.

Le test sera simple. Si les préconisations des jeunes reviennent dans les pratiques, dans les foyers, dans les familles d’accueil, dans les écoles et dans les rendez-vous avec les référents, la commission aura fait plus qu’organiser une journée réussie. Elle aura aidé le Département à voir son propre service depuis la chambre, la classe et le foyer des enfants qu’il protège.

Sources consultées
  1. Nord Info / Département du NordAide Sociale à l'Enfance : la commission de participation fait bouger les lignes
  2. Nord Info / Département du NordCe que le Département fait pour l'enfance
  3. Règlement départemental d'aide sociale du Département du NordProtection de l'enfance
  4. Observatoire national de la protection de l'enfance / France Enfance ProtégéeÉcouter pour agir : La participation collective des enfants protégés