Aluminium Dunkerque, à Loon-Plage, devrait changer de propriétaire en 2026. Le groupe Aluminium Bahrain, dit Alba, doit reprendre l’usine à American Industrial Partners dans une opération valorisée environ 2,2 milliards de dollars. Bpifrance prévoit d’entrer au capital à hauteur de 100 millions d’euros, pour 6 %, sous réserve des dernières autorisations françaises et européennes.
L’usine n’est pas un actif quelconque posé au bord du port. Sur 65 hectares, près de Gravelines, elle produit environ 300 000 tonnes d’aluminium par an. Deux halls d’électrolyse de 850 mètres, 264 cuves, quatre machines de coulée et sept fours fabriquent des plaques et des lingots destinés notamment à l’automobile, au transport et à l’emballage. Aluminium Dunkerque revendique plus de 800 personnes sur le site, plus de 850 millions d’euros de chiffre d’affaires et plus de 50 millions d’euros d’investissements annuels.
Le chiffre qui explique le mieux le site n’est pourtant pas son tonnage. C’est sa consommation électrique. Aluminium Dunkerque indique consommer près de 4 TWh par an, avec l’électricité représentant en moyenne 97 % de sa facture énergétique. L’entreprise se présente ainsi comme le plus gros consommateur industriel d’électricité en France. Une fonderie d’aluminium primaire n’achète pas seulement du courant pour faire tourner ses machines : l’électricité est au cœur du procédé d’électrolyse.
Le calendrier du rachat compte donc autant que son prix. En mai 2025, Aluminium Dunkerque et EDF ont signé un protocole fixant les principes d’un approvisionnement électrique sur dix ans, à partir du 1er janvier 2026, pour une part substantielle des besoins du site. L’accord prévoit une avance versée à EDF, des mécanismes de partage des risques et la possibilité de compléter l’approvisionnement par des garanties d’origine nucléaire. La fin de l’Arenh, fin 2025, a rendu cette visibilité beaucoup plus précieuse pour les industriels électro-intensifs.
L’arrivée d’Alba intervient dans ce moment délicat. Bpifrance ne prendra pas le contrôle du site, mais sa participation prévue et son siège au conseil de la holding donnent à l’État un droit de regard sur une usine que les parties présentent comme stratégique pour la filière française de l’aluminium. Il s’agit d’accepter un propriétaire industriel étranger, tout en gardant une présence publique dans un outil local dont la compétitivité dépend de décisions énergétiques françaises.
Dans le Dunkerquois, cette pression se voit déjà dans le réseau. RTE prévoit de développer le réseau électrique à 400 000 volts dans le secteur, où plusieurs grands consommateurs industriels demandent déjà des raccordements. Le gestionnaire envisage 3 500 MW de consommation à l’horizon 2030 et 4 500 MW en 2040, avec un projet annoncé à 340 millions d’euros. Garder l’industrie lourde, dans le Nord, signifie aussi construire des postes, tirer des lignes, démonter d’anciens ouvrages et réserver de la capacité avant que tout soit saturé.
Le plan industriel post-rachat reste encore peu détaillé publiquement. Mais le fond est lisible à Loon-Plage : l’avenir d’Aluminium Dunkerque ne se jouera pas seulement dans le nom de son actionnaire. Il se jouera dans la durée des contrats électriques, la solidité du réseau dunkerquois, et la capacité du site à continuer de produire son aluminium dans ses halls de 850 mètres.
Sources consultées
- Bpifrance PresseAluminium Bahrain (Alba) annonce l’acquisition d’Aluminium Dunkerque, la plus grande fonderie d’aluminium de l’Union Européenne, pour un montant de 2,2 milliards de dollars
- Aluminium DunkerqueNotre activité
- Aluminium DunkerqueNos enjeux énergétiques
- EDFAluminium Dunkerque et EDF signent un protocole d’accord d’approvisionnement en électricité
- RTEDéveloppement du réseau électrique pour la décarbonation et l’attractivité du Dunkerquois