La préfecture du Nord consulte sur un nouveau projet d’arrêté de protection du biotope pour la vallée et les prairies alluviales de la Sambre. Le texte remplacerait l’arrêté signé le 26 juin 2025, déjà modifié le 29 juillet 2025, et concerne un périmètre d’environ 734 hectares autour de Maroilles, Landrecies et Locquignol.
Le public peut déposer une observation dans la consultation ouverte par la préfecture du Nord. Le dossier n’annonce pas une grande opération de travaux. Il fixe une règle plus discrète : empêcher que des interventions ordinaires, additionnées parcelle après parcelle, abîment le fonctionnement d’une vallée humide.
Dans ce secteur de l’Avesnois, la Sambre ne se résume pas à son canal et à ses berges. Son lit majeur garde un ensemble de prairies, fossés, haies, ripisylves, mégaphorbiaies et plans d’eau où l’eau circule, stagne, remonte par la nappe alluviale, puis redescend. Ce paysage a été travaillé depuis longtemps pour permettre la fauche et le pâturage. Il reste vivant parce qu’il n’a pas été entièrement retourné, drainé, boisé ou banalisé.
L’arrêté de protection du biotope sert précisément à fixer des règles pour ces gestes très concrets. Dans le périmètre proposé, l’encadrement porte sur les interventions capables de modifier les prairies, les fossés, les haies, les mares ou les zones humides. Un remblai, un curage brutal, un drainage supplémentaire, une plantation mal placée ou le retournement d’une prairie peuvent changer l’équilibre local plus sûrement qu’un grand chantier visible.
La vallée est déjà connue des naturalistes et des gestionnaires publics. Le site Natura 2000 « Vallée de la Sambre » couvre 1 785 hectares et réunit des milieux liés aux fossés, ripisylves, mégaphorbiaies, plans d’eau, bocages et prairies humides. La réserve naturelle régionale des Prairies du Val de Sambre protège aussi une partie du secteur, autour de Locquignol, Maroilles et Noyelles-sur-Sambre.
Ce chevauchement n’est pas une bizarrerie administrative. Il dit comment la protection de la nature fonctionne souvent en France : Natura 2000 reconnaît et organise une gestion contractuelle, une réserve protège et gère un cœur de site, l’acquisition foncière sécurise certaines parcelles, l’arrêté préfectoral interdit ou encadre ce qui peut dégrader le biotope. Aucun outil ne suffit seul. Ensemble, ils tracent une règle du jeu pour un paysage habité et exploité.
Le point sensible sera agricole. Ces prairies existent encore parce qu’elles ont été exploitées, fauchées, pâturées, parfois drainées, mais sans basculer partout dans l’intensif. Le code de l’environnement prévoit d’ailleurs qu’un arrêté de protection de biotope tienne compte du maintien des activités existantes lorsqu’elles restent compatibles avec l’objectif de protection. La réussite locale ne dépendra donc pas seulement de l’arrêté, mais de sa capacité à distinguer les usages qui entretiennent le milieu de ceux qui le défont.
Dans la Sambre, la protection ne passe pas par une barrière à l’entrée d’un sanctuaire. Elle passe par une ligne réglementaire autour d’une prairie trop humide pour être ordinaire, d’un fossé ancien, d’une haie maintenue, d’une mare à ne pas transformer en plan d’eau de loisir. C’est petit à l’échelle d’une carte. Sur le terrain, c’est exactement la taille du paysage.
Sources consultées
- Préfecture du NordProjet d’APPB de la vallée et des prairies alluviales de la Sambre 2026
- Conseil scientifique régional du patrimoine naturel Hauts-de-FranceAvis CSRPN 2024-01, arrêté préfectoral de protection de biotope en vallée de la Sambre
- LégifranceCode de l’environnement, articles R411-15 à R411-17
- Consultations publiques développement durableFormulaire standard de données Natura 2000 FR3102006, Vallée de la Sambre
- Réserves naturelles de FranceRéserve naturelle des Prairies du val de Sambre