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Canal Seine-Nord Europe : dans le Nord, 1,7 km qui valent bien plus que leur longueur

Le chantier avance côté Artois-Cambrésis. Dans le Nord, l’enjeu tient à 1,7 km : le raccordement au réseau fluvial européen.

Canal et écluse en chantier

Le Canal Seine-Nord Europe ne traversera le Nord que sur 1,7 km, à Aubencheul-au-Bac. C’est peu sur une carte. C’est pourtant là que se joue une partie du pari : raccorder le bassin de la Seine au réseau fluvial à grand gabarit qui ouvre vers Dunkerque, la métropole lilloise, Valenciennes et la Belgique.

Le point d’étape publié par le Département remet le chantier dans l’actualité locale au moment où les travaux entrent dans leur phase la plus visible en Artois-Cambrésis. Le 9 juin, le premier coup de pioche symbolique a été donné à Oisy-le-Verger, dans le Pas-de-Calais, pour l’une des grandes écluses du futur canal. À Aubencheul-au-Bac, côté Nord, un quai travaux provisoire doit servir à acheminer par voie fluviale des matériaux destinés au chantier. Le Département du Nord rappelle aussi sa contribution : 217 millions d’euros.

Ce décalage explique l’intérêt du dossier. Le Nord ne paie pas pour 1,7 km d’eau. Il paie pour un branchement. Le canal doit relier Compiègne à Aubencheul-au-Bac sur 107 km, avec un gabarit de 54 mètres de large et 4,5 mètres de profondeur. Sa mise en navigation est prévue à l’horizon 2032. À l’horizon 2035, la Société du Canal Seine-Nord Europe annonce 17,4 millions de tonnes de marchandises transportées par an. Ce chiffre ne vaut que si le canal devient vraiment utile aux chargeurs, aux ports intérieurs, aux entreprises et aux bateliers.

Le secteur Artois-Cambrésis concentre cette promesse. Le futur canal y rejoindra le canal de la Sensée à Aubencheul-au-Bac. Il bordera aussi le futur port intérieur de Marquion-Cambrai, pensé comme l’une des portes économiques du réseau Seine-Escaut. Pour le Cambrésis et le sud du Nord, l’enjeu n’est donc pas seulement de voir passer des péniches. C’est de savoir si les céréales, les matériaux, les conteneurs et une part de l’agro-industrie trouveront un usage réel du fluvial, au lieu de rester sur la route.

Le chantier remplace aussi une faiblesse ancienne. Le canal du Nord, ouvert en 1965, reste aujourd’hui le principal lien fluvial entre le bassin de la Seine et le nord de la France, mais son gabarit limite les convois. Le Canal Seine-Nord Europe est censé lever ce goulet. Sans lui, le territoire conserve une liaison existante, mais trop étroite pour jouer pleinement dans le transport fluvial européen moderne.

Le dossier reste pourtant chargé d’incertitudes. En avril, la Cour des comptes a rappelé que le coût à terminaison était désormais estimé à 7,3 milliards d’euros hors taxes courants, contre 4,5 milliards envisagés lors de la création de la société de projet en 2017. Elle pointe aussi les incertitudes sur le financement, les ports intérieurs, l’impact environnemental, les coûts futurs pour Voies navigables de France et la fermeture provisoire du canal du Nord pendant les travaux. Dit autrement : le canal devient concret, mais sa réussite dépendra autant des quais, des accès, de l’exploitation et des trafics que du creusement lui-même.

Le dossier se lit donc de deux manières. Pour le Nord, l’investissement a une logique territoriale solide : être le point d’arrivée français d’un axe fluvial européen plutôt qu’un simple département contourné par les flux. Mais cette logique ne paiera que si le réseau autour du canal suit. À Aubencheul-au-Bac, les 1,7 km nordistes auront de la valeur seulement si le canal devient une vraie porte, pas un ouvrage qui finit au bord du champ.

Sources consultées
  1. Département du NordCanal Seine-Nord Europe : où en est-on ?
  2. Société du Canal Seine-Nord EuropeTerritoire de l’Artois Cambrésis
  3. Société du Canal Seine-Nord EuropeChiffres clés
  4. Société du Canal Seine-Nord EuropeLe calendrier
  5. Cour des comptesLa construction du canal Seine Nord Europe et ses conséquences