Cœur de Flandre Agglo veut confier l’exploitation de son réseau de transport public à un concessionnaire pour huit ans, du 1er septembre 2027 au 31 août 2035. Le contrat est estimé à 54 millions d’euros hors taxes. Pour les voyageurs, le bus doit rester gratuit. Pour le territoire, il devient une dépense publique installée.
L’avis de concession, publié le 17 juin, ne porte pas seulement sur les lignes Hop Bus lancées le 30 juin 2025. Le futur contrat prévoit quatre services de navettes urbaines, quand le réseau actuel en compte trois, ainsi que les lignes interurbaines issues de Hop Bus, des lignes commerciales régulières aujourd’hui opérées par la Région Hauts-de-France, des lignes scolaires et du transport à la demande. Les candidats ont jusqu’au 16 septembre 2026 pour remettre leur offre.
Le changement d’échelle se voit dans la carte. Aujourd’hui, Hop Bus repose sur trois navettes urbaines à Hazebrouck, Bailleul et Nieppe, trois lignes interurbaines et deux lignes à la demande dans les communes rurales. Les itinéraires desservent les gares, les centres-villes, des villages et des points de correspondance comme Cassel ou Bavinchove. Dans une agglomération de 50 communes et 630 km², le bus n’a pas le même rôle qu’à Lille ou à Roubaix. Il doit relier des morceaux de territoire où l’on prend souvent la voiture par défaut.
La gratuité rend le service simple à comprendre: pas de ticket, pas de carte, on monte. Mais elle ne rend pas le réseau gratuit à produire. L’avis de concession précise que la valeur du contrat additionne les recettes de trafic compensées, puisque l’usager ne paie pas, et la contribution financière annuelle de l’agglo. Côté recettes, Cœur de Flandre a mis en place depuis le 1er janvier 2025 un versement mobilité. Il concerne les établissements publics ou privés d’au moins 11 salariés situés sur son territoire, au taux de 1,05 % des rémunérations brutes.
Le choix est donc clair: l’agglo achète de la simplicité pour les habitants, et la finance par une organisation durable et contrôlée. Le futur exploitant devra faire rouler les bus, fournir ou financer une partie du matériel, gérer le personnel, maintenir les véhicules et informer les voyageurs. Une société dédiée est attendue. Deux options sont aussi demandées: réduire l’impact environnemental de la flotte et améliorer la desserte estivale du secteur des Monts pour les usages de loisirs et de tourisme.
Cette bascule n’est pas isolée. Dans le Caudrésis-Catésis, huit ans de bus et de trajets scolaires se préparent aussi. Depuis la loi d’orientation des mobilités, les intercommunalités hors métropoles peuvent devenir des autorités organisatrices plus visibles. En Cœur de Flandre, cela prend une forme très concrète: transformer une offre récente en réseau durable, avec ses horaires, ses arrêts, ses correspondances, ses dépenses et ses comptes à rendre.
Le pari est raisonnable, mais pas anodin. Sans fréquentation suffisante, la gratuité peut devenir un service cher à maintenir. Avec une exploitation solide, elle peut donner aux habitants une vraie alternative pour rejoindre la gare d’Hazebrouck, traverser Bailleul, rentrer à Nieppe, aller vers Cassel ou connecter les villages aux services du quotidien.