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À Roubaix, le textile technique se joue aussi dans l’épaisseur d’une goutte

Le Gemtex de l’ENSAIT relance un marché pour déposer des fluides techniques sur des textiles souples et poreux.

Goutte technique sur textile

À Roubaix, le laboratoire Gemtex de l’ENSAIT relance un marché pour acheter une plateforme numérique d’impression et de dépôt de fluides techniques. L’équipement recherché doit travailler avec des fluides de viscosités différentes, sur des supports souples et poreux. Les entreprises candidates ont jusqu’au 9 juillet 2026 à 12 h pour déposer leur offre sur le profil acheteur de l’État.

Le vocabulaire est sec, mais le problème est très physique. Une fibre n’est pas une surface docile. Elle boit, accroche, se déforme, laisse filer un liquide trop fluide et résiste à un dépôt trop épais. Pour fabriquer un textile fonctionnel, le geste ne consiste pas seulement à “imprimer” quelque chose sur du tissu. Il faut contrôler la rencontre entre un fluide et une matière qui ne reste jamais parfaitement plate.

Le cahier des charges dit bien cette difficulté. La plateforme demandée doit offrir une surface d’impression d’au moins 400 mm par 400 mm, déplacer sa tête selon les axes X, Y et Z avec une précision de 5 micromètres, intégrer deux porte-outils, un plateau contrôlé en température, des caméras de suivi, un contrôle d’alignement du motif, un goniomètre, un profilomètre 3D et un palpeur mécanique de hauteur. Chaque accessoire contrôle un risque très concret: que le liquide s’étale mal, que la couche ne soit pas régulière, que le motif se décale ou que le textile ne réagisse pas comme prévu.

C’est ce niveau de maîtrise qui intéresse la recherche sur les textiles techniques. Le Gemtex, unité de recherche basée à l’ENSAIT, travaille notamment sur la fonctionnalisation des fibres, les surfaces, les interfaces, les capteurs, les actionneurs et les textiles intelligents. Dans ces domaines, le textile n’est plus seulement une matière que l’on tisse, teint ou coud. Il devient un support sur lequel on cherche à ajouter une propriété: conduire un courant, réagir à un contact, gérer un liquide, recevoir un traitement de surface, dialoguer avec un capteur ou tenir dans un environnement médical.

La viscosité est l’un des verrous. Un article scientifique publié en 2024 et co-signé par Cédric Cochrane, de l’ENSAIT-Gemtex, sur une encre conductrice biosourcée à base d’argent pour antennes textiles, montre le type d’arbitrage en jeu: assez de matière conductrice pour obtenir une bonne performance électrique, mais une formulation assez stable et imprimable pour ne pas perdre la précision du dépôt. L’étude relie directement composition de l’encre, rhéologie, qualité d’impression et performance du circuit obtenu.

Dans le Nord, ce marché prolonge une histoire textile qui n’est pas seulement patrimoniale. Roubaix garde avec l’ENSAIT et le Gemtex un lieu où le textile se traite encore comme un problème de machine, de chimie, de mesure et de prototype. Après le centre d’usinage CNC cinq axes prévu à Centrale Lille, c’est une autre forme d’équipement discret qui apparaît: non pas une vitrine industrielle, mais une table de laboratoire capable de transformer un morceau de tissu en support d’essai.

Le marché ne signale pas un produit prêt à sortir, ni une application déjà vendue. Il marque plutôt l’achat possible d’un outil de recherche. Un premier appel, estimé à 150 000 euros hors taxes, avait fermé le 8 mai avant d’être déclaré infructueux. La relance remet donc sur la table une question très concrète à Roubaix: jusqu’où peut-on rendre précis un textile, quand tout commence par une goutte qui doit rester à sa place?

Sources consultées
  1. BOAMPAvis n°26-56879, Achat d’une Plateforme évolutive d’un système numérique d’impression / dépôt de fluides
  2. BOAMPAvis n°26-35259 du 07/04/2026
  3. GEMTEXGemtex, Textile Research Laboratory
  4. GEMTEXMultifunctional Textiles and Processes
  5. Sensors / MDPIRheological Properties and Inkjet Printability of a Green Silver-Based Conductive Ink for Wearable Flexible Textile Antennas