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À Wattrelos, ce que la pluie coûte à l’assainissement de la MEL

À Wattrelos-Leers, la MEL engage 200 M€ de travaux d’assainissement. Le chantier révèle comment la pluie surcharge les réseaux anciens.

Bassin enterré d’assainissement à Wattrelos

La Métropole européenne de Lille a signé lundi 8 juin un prêt de 107 millions d’euros avec la Banque de développement du Conseil de l’Europe pour moderniser la station d’épuration de Wattrelos-Leers. Le prêt ne finance qu’une partie du programme : la MEL avait présenté en octobre un investissement de 200 millions d’euros pour les travaux, dans un marché global attribué au groupement Saur pour 293,4 millions d’euros hors taxes, exploitation et maintenance comprises.

Cette distinction change la taille exacte du sujet. Wattrelos n’est pas “la station à 300 millions”. C’est un gros chantier d’assainissement, inscrit dans un contrat de longue durée, parce que le problème à traiter ne se limite pas à un équipement usé : quand il pleut fort sur l’agglomération de Roubaix, une grande partie de l’eau rejoint les mêmes canalisations que les eaux usées.

La station, mise en service dans les années 1980 et rénovée en 2005, traite les eaux du bassin de Roubaix-Wattrelos, avec une dimension transfrontalière puisque Mouscron est aussi concernée côté belge. Sa capacité doit passer de 417 000 à 511 500 équivalents-habitants d’ici 2031. La première phase du projet, sur Leers et Wattrelos, a été autorisée par arrêté préfectoral en janvier 2025.

Le cœur du chantier sera enterré : un bassin de stockage-restitution de 30 000 m³. Sa fonction est simple à comprendre. Lors des pluies, il retient une partie des effluents au lieu de laisser le réseau et la station encaisser tout le débit d’un coup. L’eau stockée est ensuite renvoyée vers la station pour être traitée. Le projet ajoute aussi une filière dédiée au temps de pluie, modernise le traitement biologique et refait la filière boues, avec production de biogaz, panneaux photovoltaïques, turbines et récupération de chaleur.

La facture révèle un point très concret sur l’eau en ville. L’assainissement ne commence pas à la station : il commence dans le réseau. Dans son avis de 2024, l’autorité environnementale indiquait que le système de collecte lié à Wattrelos comptait 845 kilomètres de canalisations, majoritairement unitaires, et 35 déversoirs d’orage. Un réseau unitaire est pratique tant qu’il pleut modérément. Il devient plus coûteux dès que la pluie se transforme en surcharge hydraulique.

Les données nationales de l’assainissement signalaient encore, en 2024, une non-conformité réglementaire de l’équipement et une mise en conformité attendue sur la gestion du temps de pluie. La MEL a donc une raison solide d’agir : sans capacité supplémentaire et sans meilleure gestion des pluies, le système reste exposé aux déversements, aux contraintes réglementaires et à des travaux repoussés plus chers.

La limite du projet est tout aussi importante. La séparation complète des eaux usées et des eaux pluviales a été jugée techniquement et financièrement hors de portée. L’autorité environnementale a toutefois regretté que le dossier n’étudie pas davantage de scénarios intermédiaires pour réduire l’arrivée des eaux pluviales en amont de la station. Son avis estime aussi que le bassin de 30 000 m³ permettrait d’éviter 38 % des journées de pluie avec déversement dans l’Espierre. C’est utile, mais ce n’est pas l’effacement du problème.

Wattrelos illustre ainsi une réalité moins reluisante que le vocabulaire de “station intelligente”, mais plus intéressante pour le lecteur local : dans les métropoles anciennes, la pluie se paie deux fois. Une première fois quand elle tombe sur des sols très aménagés. Une seconde quand elle descend dans des réseaux qui n’ont pas été conçus pour distinguer proprement l’eau sale de l’eau simplement tombée du ciel.

À Wattrelos-Leers, la réponse prendra la forme d’une grande réserve enterrée, pour que les jours d’orage aient enfin un endroit où attendre.

Sources consultées
  1. Métropole européenne de Lille107 millions d’euros pour une nouvelle station d’épuration de Wattrelos plus performante et plus durable
  2. Métropole européenne de Lille200 millions d’euros pour une nouvelle station d’épuration performante, intelligente et ambitieuse
  3. Métropole européenne de LilleDélibération 24-C-0309 du conseil métropolitain du 18 octobre 2024
  4. Mission régionale d’autorité environnementale Hauts-de-FranceAvis délibéré sur le projet d’extension et de reconstruction de la station d’épuration de Wattrelos
  5. Portail national de l’assainissement collectifFiche station de traitement des eaux usées de Roubaix-Wattrelos