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À Valenciennes, l’IA se teste sur des factures, des devis et des données à garder

Le 15 juin, la Serre Numérique accueille l’IA Day, un rendez-vous pour aider les entreprises à transformer l’IA en usages concrets.

Illustration - Factures et intelligence artificielle

Reconnaître d’anciennes factures, transformer des notes vocales en informations exploitables, produire plus vite un devis: l’un des ateliers annoncés à l’IA Day part d’une TPE du BTP dont le dirigeant n’est pas à l’aise avec le numérique. C’est peut-être l’entrée la plus honnête dans le sujet. Pour beaucoup d’entreprises, l’intelligence artificielle ne commence pas par un robot brillant ni par un grand modèle de langage. Elle commence par un tas de documents, des habitudes de travail, des données qu’il ne faut pas perdre et une question très simple: qui peut m’aider à en faire quelque chose d’utile?

La première édition de l’IA Day, organisée lundi 15 juin à la Serre Numérique, dans le parc des Rives Créatives à Anzin-Valenciennes, vaut surtout pour cette raison. Le rendez-vous, gratuit sur inscription, annonce une quarantaine d’acteurs, treize ateliers, une conférence et un salon réunissant entreprises, écoles, laboratoires, experts, institutions et financeurs. Vu de loin, cela ressemble à un événement de plus sur l’intelligence artificielle. Vu de près, le programme raconte autre chose: l’IA a besoin de traducteurs locaux pour devenir un outil de travail.

Le mot “traduction” n’est pas une coquetterie. Entre l’envie d’essayer ChatGPT et un usage solide en entreprise, il y a plusieurs verrous. Quelles tâches valent vraiment la peine d’être automatisées? Les données doivent-elles rester dans l’entreprise? Qui forme les salariés? Quel prestataire sait adapter l’outil au métier? Qui finance le projet? Que change le règlement européen sur l’intelligence artificielle? Que se passe-t-il si les équipes utilisent des outils non maîtrisés, avec des fichiers clients, des factures ou des informations internes?

Le programme du 15 juin suit précisément cette chaîne. Il prévoit des ateliers sur la visibilité d’une entreprise dans les réponses de ChatGPT, Perplexity ou Google IA, sur l’intégration d’agents IA dans une startup industrielle, sur l’IA locale pour garder le contrôle des données, sur les hypertrucages, l’hameçonnage et la “shadow IA”, sur la cybersécurité ou encore sur le règlement européen sur l’intelligence artificielle. Une autre séquence porte sur la maintenance prédictive dans le ferroviaire et la surveillance d’infrastructures et de matériel roulant. À Valenciennes, territoire industriel et de mobilité, ce n’est pas un élément de décor: l’IA y rencontre des métiers où l’erreur, la panne ou la mauvaise donnée peuvent coûter cher.

Le contexte national donne la mesure du décalage. Selon le baromètre France Num 2025, 26 % des TPE-PME déclarent utiliser des solutions d’intelligence artificielle, deux fois plus qu’un an plus tôt. Mais les usages restent dominés par l’IA générative et les assistants. L’analyse de documents, l’automatisation de tâches et l’analyse de données restent beaucoup moins répandues. Le même baromètre indique que 37 % des TPE-PME ont du mal à trouver un prestataire numérique adapté, et que 36 % ont déjà connu au moins un incident de cybersécurité. Autrement dit, les entreprises avancent, mais souvent avec un problème de méthode: elles voient les outils avant de voir l’architecture de confiance autour des outils.

Le lieu choisi n’est donc pas neutre. Les Rives Créatives occupent une ancienne friche industrielle Vallourec. La Serre Numérique, inaugurée en 2015, a été pensée comme un lieu de rencontre entre entreprises, étudiants, chercheurs, startups et acteurs de la formation, avec Rubika et la CCI Grand Hainaut dans son environnement direct. L’héritage industriel valenciennois n’y sert pas de décor: il donne au sujet ses cas d’usage. Comment un territoire productif, fait d’entreprises concrètes, de maintenance, de services, de sous-traitance et de formation, absorbe-t-il une technologie qui peut rester très abstraite si personne ne la relie aux gestes du travail?

C’est la promesse utile de cet IA Day. Il ne s’agit pas de prouver que l’intelligence artificielle va tout changer, mais de montrer, plus modestement et plus sérieusement, ce qu’il faut aligner pour qu’elle change quelque chose dans une entreprise: un besoin réel, des données propres, un outil contrôlé, des compétences, un prestataire identifiable, un financement possible et quelques garde-fous.

Le 15 juin, le test ne se jouera donc pas seulement dans les démonstrations. Il se jouera dans les questions que les dirigeants emporteront en sortant de la Serre Numérique: quelle facture, quel devis, quel fichier, quel atelier, quel risque mérite vraiment de passer à l’IA?

Sources consultées
  1. Valenciennes MétropoleNe manquez pas l’IA Day le lundi 15 juin !
  2. Les Rives CréativesIA DAY
  3. France Num / Direction générale des EntreprisesBaromètre France Num 2025: le numérique et l’intelligence artificielle dans les TPE et PME
  4. Serre NumériqueLe concept de la Serre Numérique