Aux Pierrettes, l’eau a deux façons de sortir: tranquillement, quand la mer le permet, ou à coups de pompes quand elle bloque le passage. Derrière le port Ouest de Calais, cette mécanique de vannes, de vis d’Archimède et de dégrilleurs n’a rien d’un décor. Dans un territoire bas, c’est une partie du quotidien qui tient là.
L’Institution des Wateringues vient de publier l’avis de résultat d’une étude d’avant-projet détaillé sur le système hydraulique Rivière Neuve/Pierrettes. Le marché, notifié le 9 décembre 2025, a été attribué à SETEC Hydratec, avec le groupement SETEC AR Architectes. Son objet n’est pas encore de lancer les travaux, mais de calculer les options avant décision.
Trois pistes sont déjà sur la table: une station de pompage pérenne à l’Écluse carrée, une station près du bassin des Chasses pour rejeter l’eau vers l’avant-port de Calais, et une hausse de la capacité de pompage à la Batellerie. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de “mieux gérer l’eau”, mais de choisir où ajouter de la force au système.
Le cœur du dossier est calaisien, mais les Wateringues fonctionnent comme un ensemble partagé entre Nord et Pas-de-Calais. Quand l’évacuation naturelle vers la mer ne suffit plus, les stations de pompage prennent le relais. Après avoir regardé le risque à l’échelle du delta de l’Aa, ce marché descend au niveau des ouvrages: ceux qui permettent, ou non, de faire baisser les niveaux d’eau au bon moment.
La station des Pierrettes évacue déjà les eaux de la Rivière Neuve vers la mer, avec une capacité annoncée de 10,1 m³/s. Ce canal non navigable draine à la fois des secteurs de wateringues, une partie de la zone urbaine de Calais, le terminal transmanche de Coquelles, le terminal TGV et des emprises ferroviaires. À la Batellerie, autre pièce du puzzle, la station contrôle les niveaux du canal de Calais et évacue les eaux excédentaires.
Après les crues de 2023 et 2024, un rapport d’appui au préfet des Hauts-de-France avait déjà identifié le secteur Rivière Neuve/Pierrettes comme un point sensible du Calaisis. Le marché publié aujourd’hui ne dramatise pas. Il traduit ce constat en travail d’ingénierie: comparer les scénarios, mesurer les contraintes, préparer les arbitrages.
Pour les habitants, cela ne change rien demain matin. Mais dans les Wateringues, une pompe mieux placée ou un verrou hydraulique levé peut faire la différence entre un niveau qui redescend et une eau qui s’attarde trop longtemps dans les canaux, les fossés et les rues basses. Pas de grand décor ici: seulement des ouvrages qui doivent fonctionner quand l’eau, elle, n’attend pas.