Dans le suivi d’un rejet industriel, la question n’est pas seulement de savoir ce qui part dans l’eau. Il faut aussi savoir comment on le mesure : le débit, les prélèvements, les analyses, les boues d’épuration, les chiffres transmis mois après mois.
C’est l’objet du marché lancé par l’Agence de l’eau Artois-Picardie, installée à Douai. L’établissement cherche un prestataire pour délivrer l’agrément des dispositifs de suivi régulier des rejets industriels soumis à la redevance pour pollution de l’eau d’origine non domestique. Le marché, plafonné à 40 000 euros, couvre tout le bassin Artois-Picardie, dont le Nord. Les offres sont attendues jusqu’au 27 juillet.
Le sujet est technique, mais son ressort est simple : une facture de pollution dépend d’abord de la qualité de la mesure. Lorsqu’un dispositif de suivi est agréé, la pollution annuelle peut être calculée à partir des rejets réellement mesurés. Sinon, l’agence passe par des méthodes indirectes, en partant d’un niveau théorique lié à l’activité puis en tenant compte des dispositifs de dépollution.
La différence n’est pas marginale. Dans un rapport publié en 2026, la Cour des comptes indique que l’agence avait interrogé 626 industriels en 2024, au titre de leur activité 2023. Parmi eux, 320 étaient redevables de cette redevance. Les 82 établissements disposant d’un suivi régulier agréé représentaient à eux seuls 54 % des recettes concernées.
Pour le Nord industriel, le marché dit donc autre chose qu’une procédure technique. Il montre comment une pollution cesse d’être une notion vague : elle devient un volume, une concentration, une série de mesures, puis une ligne de redevance. Pour les entreprises, c’est un coût à objectiver. Pour l’agence, c’est une base de calcul. Pour le territoire, c’est l’un des moyens de relier les rejets aux politiques de l’eau.
L’agence rappelle qu’à partir de l’année d’activité 2024, seuls les établissements non raccordés ou partiellement raccordés au réseau collectif sont concernés par la déclaration de cette redevance. Le périmètre se resserre, mais la fiabilité des mesures reste décisive pour les sites qui demeurent dans le dispositif.
Ce n’est pas le même sujet que les réseaux d’eau liés aux futurs EPR de Gravelines, mais c’est la même leçon locale : dans le Nord, l’eau industrielle se joue autant dans les tuyaux que dans les preuves. Avant de discuter de pollution, il faut encore savoir si le compteur raconte juste.