Pour un allocataire du RSA, la différence peut commencer par une chose toute simple : ne plus devoir raconter trois fois la même histoire à trois services différents.
À Tourcoing, le Département du Nord teste depuis 2023 une autre organisation autour de la Maison Nord Emploi. L’idée est de réunir, au même endroit, des conseillers emploi, des travailleurs sociaux, un appui psychologique, une puéricultrice et des liens avec les entreprises. Moins de renvoi d’un guichet à l’autre, plus de suivi rapproché.
Tourcoing a servi de premier terrain dans le Nord. L’expérimentation visait d’abord les nouveaux entrants au RSA, puis les habitants du Virolois et de l’Épidème, deux quartiers prioritaires. Au départ, près de 3 000 allocataires étaient concernés. Le Département indique aujourd’hui que plus de 4 700 personnes ont été accompagnées à Tourcoing.
Le modèle repose sur un diagnostic rapide, souvent dans les quinze jours suivant la demande de RSA, puis sur trois voies. Certains allocataires sont considérés comme proches de l’emploi. D’autres ont besoin de régler d’abord des freins très concrets : mobilité, santé, garde d’enfants, formation, confiance. Les situations les plus éloignées passent par une phase de remobilisation.
Ce tri des situations donne son intérêt au modèle. Un atelier CV ne sert pas à grand-chose si la personne n’a pas de solution pour faire garder un enfant. Une offre d’emploi reste théorique si le trajet est impossible. Un rendez-vous hebdomadaire peut aider, mais seulement s’il ouvre une porte réelle plutôt qu’un calendrier de plus.
Le Département revendique des résultats encourageants : 34,2 % des allocataires accompagnés dans les territoires expérimentateurs accéderaient à l’emploi en six mois, 48,9 % dans les douze mois. Il avance aussi un taux de satisfaction de 88 % à Tourcoing. Ces chiffres comptent, mais ils restent ceux du pilote du programme. Ils indiquent une tendance, pas un verdict.
Depuis janvier 2025, ce test local a changé d’échelle. La réforme pour le plein emploi prévoit l’inscription automatique des allocataires du RSA à France Travail, un contrat d’engagement et une cible de quinze heures d’activité par semaine, adaptée selon les situations. Avant cette bascule, l’Insee relevait qu’au second semestre 2024, moins d’un bénéficiaire du RSA sur deux déclarait être inscrit à France Travail.
Tourcoing montre donc la question pratique derrière la réforme : qui accompagne vraiment, avec quel temps disponible, et pour régler quels problèmes ? Si l’intensif veut dire seulement plus de cases à cocher, l’effet sera faible. S’il permet de traiter les freins avant de réclamer un retour à l’emploi, alors la Maison Nord Emploi peut devenir autre chose qu’un guichet de plus.