Sur le toit d’un train électrique, il y a ce bras que presque personne ne regarde. Il monte vers le fil, frotte, capte le courant, redescend parfois dans l’indifférence générale. Tant que le contact tient, le voyageur pense à son retard, à sa correspondance ou à son café. Quand il ne tient plus, le train le remarque avant tout le monde.
C’est ce petit point de contact que l’Université Polytechnique Hauts-de-France veut faire tester. Un avis de marché publié au BOAMP porte sur des essais expérimentaux sur banc pour étudier l’interaction entre le pantographe, le bras placé au-dessus du train, et la caténaire, la ligne aérienne qui l’alimente. Les offres sont attendues jusqu’au 22 juin 2026. Le marché est prévu pour une durée estimée de trois ans.
Sur un banc d’essai, l’enjeu n’est pas de faire joli. Il s’agit de reproduire, mesurer et comprendre ce qui se passe quand deux pièces doivent rester en contact alors que tout bouge: la rame, le fil, les vibrations, la pression, l’usure, parfois la vitesse. Trop de pression abîme. Pas assez de pression dégrade le captage. Entre les deux, il faut trouver une zone fiable, répétable, mesurable.
À Valenciennes, ce type de sujet ne tombe pas n’importe où. L’UPHF et son environnement scientifique travaillent depuis longtemps autour des transports, de la mobilité et de leurs usages. Le LAMIH, laboratoire de l’université associé au CNRS, fait partie de ce paysage de recherche appliquée, avec des plateformes où l’on teste aussi la mobilité par simulateurs, capteurs et dispositifs expérimentaux.
L’avis de marché ne permet pas encore d’identifier le programme scientifique précis ni l’équipe qui portera ces essais. Il autorise seulement une lecture prudente: l’université cherche une prestation technique sur un point très concret du train électrique. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est très ferroviaire. Une ligne ne tient pas seulement par ses gares, ses rames ou ses financements. Elle tient aussi par des contacts qui ne doivent ni s’user trop vite, ni décrocher au mauvais moment.
Il fait écho à un autre marché récent de l’UPHF à Valenciennes: l’achat de fauteuils roulants robotisés pour tester la mobilité réelle. Cette fois, on quitte l’assistance aux personnes pour la mécanique du transport électrique. Dans les deux cas, le marché public laisse voir une recherche qui part d’un usage très concret.
Pour le voyageur, cela restera souvent un bras sur un toit et un fil au-dessus de la voie. Pour les chercheurs et les ingénieurs, c’est déjà beaucoup: il faut que ça frotte, mais pas n’importe comment.