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Trump perd le Congrès, pas ses pouvoirs sur les droits de douane et l'Iran

Les démocrates remportent les deux chambres, jusque dans des bastions républicains. Ils ne siégeront qu'en janvier, après l'échéance commerciale européenne du 31 décembre.

Le Capitole à Washington

Au Kansas, aucun démocrate n’avait remporté d’élection au Sénat depuis 1932. Mardi 3 novembre, cet État profondément conservateur a basculé. Le Texas, l’Iowa et la Caroline du Sud ont également élu des sénateurs démocrates. À la Chambre des représentants, les républicains ont perdu plus de deux douzaines de sièges.

Donald Trump devra donc terminer son mandat face à un Congrès contrôlé par ses adversaires. Les démocrates ont remporté les deux chambres, dans des proportions que les derniers dépouillements doivent encore préciser.

Pour la France et l’Europe, la question dépasse largement le sort politique du président américain. Les droits de douane imposés aux exportations européennes, la guerre contre l’Iran et le soutien à l’Ukraine dépendent en partie de décisions prises à Washington. Or, sur ces trois dossiers, la victoire démocrate ne produira pas les mêmes effets.

Les nouveaux élus ne prendront leurs fonctions que le 3 janvier 2027. Et Trump conservera jusqu’en janvier 2029 des pouvoirs considérables.

Une défaite historique, mais un phénomène américain bien connu

Les élections de mi-mandat, ou midterms, se déroulent deux ans après la présidentielle. Les Américains renouvellent alors les 435 membres de la Chambre des représentants et environ un tiers des 100 sénateurs. Le président, lui, reste en place.

Le parti présidentiel y subit régulièrement des revers. En 2006, George W. Bush avait perdu les deux chambres en pleine guerre d’Irak. En 2018, les démocrates avaient gagné 41 sièges à la Chambre des représentants lors du premier mandat de Trump. Avant 2026, seules six des vingt élections de mi-mandat depuis 1946 avaient changé la majorité au Sénat.

La particularité de 2026 réside dans la géographie du basculement. Les démocrates ont gagné bien au-delà de leurs territoires habituels, jusque dans des États qui avaient largement soutenu Trump en 2024.

Selon les enquêtes réalisées auprès des électeurs et rapportées par Reuters, le coût de la vie, la guerre contre l’Iran et les inquiétudes concernant l’administration présidentielle ont pesé dans le scrutin. Sept électeurs sur dix interrogés souhaitaient que le Congrès exerce davantage de contrôle sur le président.

Ils ont désormais donné à l’opposition les moyens institutionnels de le faire.

Le Congrès peut bloquer Trump. Lui imposer des lois sera plus difficile

Aux États-Unis, le Congrès vote les lois fédérales, contrôle les dépenses et surveille l’exécutif. Le Sénat approuve aussi les principales nominations présidentielles.

À partir de janvier, les démocrates pourront donc bloquer des projets de loi républicains, refuser certaines nominations, convoquer des responsables de l’administration et ouvrir des enquêtes parlementaires. Le président devra également négocier les budgets avec une majorité hostile.

Mais le système américain comporte deux obstacles essentiels.

D’abord, Trump peut opposer son veto aux lois adoptées par le Congrès. Pour passer outre, il faut réunir les deux tiers des voix dans chacune des chambres, ce qui nécessiterait le soutien de nombreux républicains.

Ensuite, au Sénat, une majorité de 60 voix est généralement nécessaire pour mettre fin aux débats sur une loi ordinaire et permettre son adoption. Cette règle, connue sous le nom de filibuster, ne concerne toutefois pas toutes les procédures, notamment les nominations et certaines mesures budgétaires.

Le résultat est un partage des pouvoirs très particulier : les démocrates pourront empêcher une grande partie du programme législatif de Trump, sans disposer pour autant des moyens d’appliquer librement le leur.

Pour les entreprises françaises, les droits de douane ne vont pas disparaître

Les échanges de biens et services entre la France et les États-Unis ont atteint 182 milliards de dollars en 2025, selon la Direction générale du Trésor. L’aéronautique et la pharmacie figurent parmi les principaux secteurs exportateurs français, aux côtés des machines, de la chimie et des produits de luxe.

L’accord commercial conclu entre l’Union européenne et Washington, entré en vigueur le 1er juillet 2026, plafonne à 15 % les droits de douane américains sur la plupart des exportations européennes, avec certaines exceptions.

Ces droits sont acquittés par les importateurs américains, mais leurs conséquences économiques peuvent se répartir entre distributeurs, consommateurs et fournisseurs européens, selon les prix négociés et les marges disponibles.

Or le président américain dispose de plusieurs pouvoirs commerciaux que le Congrès lui a délégués au fil des décennies. L’arrivée d’une majorité démocrate ne supprime pas automatiquement ces instruments.

Les élus pourront chercher à limiter les pouvoirs tarifaires du président, enquêter sur leurs conséquences et proposer de nouvelles lois. Ils devront cependant surmonter les obstacles parlementaires et, potentiellement, un veto présidentiel.

Pour les exportateurs français, la nouvelle majorité constitue donc un changement politique important, mais pas encore un changement des conditions d’accès au marché américain.

Iran : une guerre américaine, une facture européenne

La guerre contre l’Iran illustre plus brutalement encore les limites du contrôle parlementaire.

Le Congrès dispose du pouvoir de voter les crédits militaires et de légiférer sur l’engagement des forces armées. Mais Trump reste commandant en chef et conserve une grande capacité d’initiative militaire.

En juin, les deux chambres, alors contrôlées par les républicains, avaient déjà adopté une résolution concurrente demandant le retrait des forces américaines d’Iran. Ce type de texte n’est pas soumis à la signature du président et échappe donc à son veto, mais sa portée juridique pour contraindre l’exécutif reste contestée. En septembre, le Sénat a rejeté par 50 voix contre 49 une nouvelle résolution concurrente portée par les démocrates. Une loi contraignante visant à limiter l’action militaire du président suivrait une autre procédure et pourrait, elle, être soumise à son veto.

L’enjeu dépasse les États-Unis.

La guerre a profondément perturbé les flux de pétrole et de gaz transitant par le détroit d’Ormuz. Selon l’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER), le conflit a ajouté entre 18 et 33 milliards d’euros à la facture européenne d’importation de gaz, à quantité équivalente.

La hausse des prix atteint ainsi les entreprises et les consommateurs européens, même lorsque leurs fournisseurs ne s’approvisionnent pas directement dans le Golfe. L’Agence internationale de l’énergie souligne également que l’Europe aborde l’hiver avec ses stocks de gaz les plus faibles depuis plus de dix ans.

Sur l’Ukraine, les démocrates pourront chercher à renforcer les aides financières et militaires, ainsi que les sanctions contre la Russie. Mais les budgets devront être adoptés, les décisions exécutées et les désaccords avec la Maison-Blanche surmontés.

Le changement de majorité modifie les possibilités politiques américaines. Il ne met fin, à lui seul, ni à la guerre contre l’Iran ni aux incertitudes sur le soutien à Kyiv.

Le premier rendez-vous européen arrive avant le changement de Congrès

L’Union européenne dispose cependant d’un levier qui ne dépend pas du résultat des élections américaines.

L’accord commercial transatlantique prévoit que la Commission européenne puisse suspendre certaines concessions tarifaires si les États-Unis continuent, au 31 décembre 2026, d’appliquer des droits supérieurs à 15 % sur les produits dérivés de l’acier et de l’aluminium importés d’Europe.

Ces droits américains peuvent actuellement atteindre 50 % sur certains produits. Les nouvelles dispositions européennes donnent à Bruxelles la possibilité de retirer les avantages tarifaires correspondants si Washington ne respecte pas cette échéance.

Le recours à cette faculté impliquerait naturellement un choix économique et diplomatique : exercer une pression sur Washington au risque d’aggraver le différend commercial, ou préserver les concessions existantes en cherchant un nouvel accord.

Le 31 décembre, les démocrates ne siégeront pas encore au Congrès. C’est la Commission européenne qui devra décider si elle utilise le pouvoir dont elle dispose déjà.

Sources consultées
  1. Associated PressDemocrats win the US House and Senate as voters deliver a strong rebuke to Trump and Republicans
  2. Sénat des États-UnisU.S. Senate: Party Division
  3. Sénat des États-UnisAbout Voting
  4. ReutersExplainer: Congress backed an Iran war powers resolution. Now what?
  5. Commission européenneThe EU-US trade deal: restoring stability and predictability
  6. ACERKey developments in European gas wholesale markets, summer 2026