
Les mises en chantier de logements repartent en France. Sur les neuf premiers mois de 2026, leur rythme mensuel moyen dépasse de 25 % celui de l’ensemble de l’année 2025. Pourtant, l’investissement des ménages a diminué de 3,5 % depuis fin 2025.
Ce paradoxe cache une distinction essentielle : construire des logements neufs et rénover ceux qui existent déjà sont deux activités différentes. La première reprend, tandis que la seconde continue de souffrir.
Cette divergence aide à comprendre le ralentissement économique français. Dans les comptes publiés vendredi 30 octobre, l’Insee annonce un recul de 0,1 % du PIB au troisième trimestre, malgré une consommation des ménages en hausse de 0,4 %. L’investissement diminue pour le troisième trimestre consécutif.
Et contrairement à ce que pourrait suggérer le débat sur la confiance des entreprises, ce sont surtout les ménages et les administrations publiques qui tirent l’investissement vers le bas.
40 % de l’investissement, plus de 70 % de la baisse
Les ménages et les administrations réalisaient ensemble 265 milliards d’euros d’investissements en 2025, sur un total national de 664 milliards. Soit 40 %.
Depuis la fin de cette année-là, leurs investissements ont respectivement reculé de 3,5 % et 3,4 % en volume. Ceux des entreprises non financières ont diminué d’environ 1 %.
En rapprochant ces évolutions des montants investis en 2025, les ménages et les administrations expliquent, selon cette estimation, un peu plus de 70 % de la contraction totale. Cette décomposition reste indicative, les volumes utilisés par l’Insee n’étant pas strictement additionnables.
La différence est d’autant plus frappante que les trajectoires étaient déjà distinctes auparavant. L’investissement des ménages avait plongé de 9,8 % en 2024, puis légèrement reculé en 2025. Celui des administrations publiques, au contraire, avait progressé de 5,3 % puis de 2,6 %.
La France cumule donc une faiblesse immobilière ancienne et un retournement plus récent de l’investissement public.
Des logements neufs qui repartent, des rénovations qui attendent
L’investissement des ménages comprend principalement la construction de logements, les gros travaux réalisés dans les bâtiments existants et certains frais liés aux transactions immobilières.
Or, au deuxième trimestre 2026, la direction générale du Trésor observait une progression de la construction neuve. Les mises en chantier avaient commencé à se redresser après leur point bas de 2025, et leur effet se diffusait progressivement dans l’activité du bâtiment.
En parallèle, les travaux d’entretien et d’amélioration, qui représentent la majeure partie de l’investissement résidentiel en construction des ménages, continuaient de diminuer.
Les données professionnelles confirment cette faiblesse. Selon la Fédération française du bâtiment, l’activité d’entretien-amélioration des logements reculait de 3,1 % en volume au deuxième trimestre sur un an. La rénovation énergétique accusait une baisse plus marquée, de 4,5 %.
L’enquête publiée le 27 octobre par la CAPEB apporte une nuance récente : au troisième trimestre, l’entretien-rénovation des entreprises artisanales du bâtiment diminuait encore de 1 % sur un an, mais la rénovation énergétique progressait enfin de 1 %, notamment grâce aux travaux de climatisation et de ventilation.
Le redressement reste donc partiel et inégal selon les métiers.
Plusieurs contraintes peuvent expliquer pourquoi les ménages hésitent à engager de gros travaux : leur coût, les conditions de financement et l’incertitude sur les aides. En février, lors de la réouverture de ses guichets, l’Agence nationale de l’habitat reconnaissait que l’interruption des engagements avait allongé les délais moyens de réponse au-delà de six mois pour les rénovations d’ampleur.
Ces difficultés affectent les décisions de travaux, même si leur contribution respective au recul national n’est pas mesurée.
Les transactions immobilières ajoutent une autre composante : leur diminution dans l’ancien réduit les frais d’agence et de notaire comptabilisés dans l’investissement. L’Insee relève précisément un nouveau recul de ces activités au troisième trimestre.
La contraction des investissements des ménages provient donc de plusieurs mouvements. Mais celle des travaux sur les logements existants mérite une attention particulière : elle touche l’activité des artisans, l’amélioration du parc immobilier et, lorsqu’il s’agit de rénovation énergétique, les économies futures de chauffage.
Les chantiers publics ralentissent après les municipales
L’investissement public suit un calendrier différent.
En 2025, les administrations locales réalisaient 71 milliards d’euros d’investissements, soit un peu plus de la moitié du total des administrations publiques. Les communes et leurs groupements jouent notamment un rôle important dans la commande de bâtiments et de travaux publics.
Les élections municipales de mars 2026 ont marqué la fin d’un cycle d’investissement. Les collectivités accélèrent généralement certaines réalisations avant le scrutin, puis ralentissent pendant l’installation des nouvelles équipes et la préparation de leurs programmes.
Ce mouvement apparaît dans les chiffres analysés par le Trésor : l’investissement public en travaux de génie civil a reculé de 6,5 % au premier trimestre, puis de 4,2 % au deuxième.
Le cycle municipal explique ainsi une partie du retournement. Il ne suffit pas à attribuer l’ensemble des 3,4 % de recul de l’investissement des administrations à ces élections, puisque l’État et les organismes de sécurité sociale investissent également.
Une partie des projets différés peut repartir avec les nouveaux programmes locaux. Mais les arbitrages budgétaires compteront aussi. Une collectivité peut reporter des travaux de quelques mois pour organiser sa nouvelle programmation, ou les abandonner pour préserver ses finances.
Dans les comptes nationaux, les deux situations réduisent immédiatement l’investissement. Pour l’état futur des écoles, des réseaux ou des équipements publics, leurs conséquences sont différentes.
Les entreprises donnent quelques raisons d’espérer
Les entreprises non financières, qui réalisent plus de la moitié des investissements français, résistent relativement mieux.
Leur recul d’environ 1 % depuis fin 2025 masque des évolutions opposées. Au troisième trimestre, les investissements en services d’information et de communication ont progressé de 2,1 %, tandis que les achats de biens d’équipement rebondissaient, notamment grâce à l’informatique. À l’inverse, la construction et certains matériels de transport restaient en difficulté.
L’accès bancaire n’est pas partout bloqué. Au troisième trimestre, 96 % des PME ayant demandé un crédit d’investissement ont obtenu au moins les trois quarts du montant souhaité. Mais seules 19 % des PME avaient présenté une demande, et 41 % déclaraient percevoir une hausse du coût du crédit.
Surtout, les industriels interrogés par l’Insee en octobre ont relevé leurs appréciations des investissements réalisés en 2026 et affichent des intentions favorables pour 2027. Leurs prévisions restent à concrétiser, mais elles contredisent l’idée d’un arrêt général de l’investissement productif.
La reprise de la construction neuve doit encore se confirmer. La rénovation dépend des moyens et des décisions des propriétaires, ainsi que de la stabilité des dispositifs de soutien. L’investissement public pourrait bénéficier du renouvellement des programmes municipaux, sous réserve des capacités budgétaires.
Le ralentissement français ne se résume pas à une pénurie de crédits ou à des entreprises qui auraient cessé de croire en l’avenir.
Une partie des grues revient déjà sur les chantiers de logements neufs. Pendant ce temps, les travaux repoussés dans les bâtiments existants continuent de manquer aux artisans, aux propriétaires et à un parc immobilier qui a besoin d’être entretenu et rénové.
Sources consultées
- InseeLe PIB recule légèrement au troisième trimestre 2026 (−0,1 % après 0,0 %)
- InseeLes comptes de la Nation en 2025
- Direction générale du TrésorQue retenir de la baisse de l'investissement en construction au deuxième trimestre ?
- SDES, ministère chargé du LogementConstruction de logements : résultats à fin septembre 2026
- Fédération française du bâtimentConjoncture du bâtiment, septembre 2026
- CAPEBArtisanat du bâtiment : l'activité recule encore