
Trois individus, trois véhicules, une trentaine de fûts et plus d’une tonne de métal emportée en cinq minutes. Voilà comment s’est déroulé, selon un compte rendu de la CFDT, un cambriolage survenu début mai 2026 à l’usine Framatome de Jarrie, près de Grenoble.
Les voleurs avaient franchi plusieurs barrières et grillages malgré la présence de caméras. Le syndicat, qui rapportait les explications recueillies lors d’un comité social et économique extraordinaire le 7 mai, recensait déjà cinq vols depuis 2019. Il soulignait que les protections installées après les précédents incidents n’avaient pas empêché cette nouvelle intrusion.
Cinq mois plus tard, dans la nuit du 21 au 22 octobre, plusieurs centaines de kilos de cristaux d’hafnium disparaissent à nouveau, pour un préjudice estimé à plusieurs millions d’euros.
Cette fois, Framatome affirme que ses caméras et ses agents de sécurité ont immédiatement repéré l’intrusion et alerté la gendarmerie. Les cambrioleurs ont néanmoins réussi à quitter les lieux avec le métal. Quatre véhicules susceptibles d’avoir servi à l’opération ont ensuite été retrouvés incendiés.
Le parquet de Grenoble a ouvert une enquête préliminaire. Le 27 octobre, Framatome a confirmé avoir déposé plainte.
Un métal précieux issu d’un savoir-faire rare
L’hafnium possède une particularité industrielle étonnante : on le récupère en purifiant le zirconium.
Les deux métaux sont naturellement associés dans les minerais. Pour fabriquer les gaines qui entourent le combustible des réacteurs nucléaires, il faut éliminer l’hafnium du zirconium, car il absorbe les neutrons nécessaires à la réaction nucléaire.
Cette séparation chimique difficile permet de récupérer un métal recherché notamment pour les superalliages capables de résister aux températures extrêmes des turbines aéronautiques.
Framatome maîtrise ce procédé à Jarrie depuis plusieurs décennies. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) présentait même l’usine, à partir de données de 2020, comme le premier producteur mondial d’éponges d’hafnium métallique. Une position historique remarquable, dont le rang actuel reste à confirmer.
Ce savoir-faire explique l’importance industrielle du site et la valeur des produits qui y sont fabriqués. La destination des lots volés demeure inconnue. Aucun élément établi ne permet d’évoquer une opération d’espionnage ou de sabotage.
Des protections annoncées en mai, un nouveau vol en octobre
Après le cambriolage du printemps, la direction avait présenté plusieurs mesures immédiates, consignées dans le compte rendu de la CFDT : installation de blocs de béton contre les intrusions de véhicules, réparation des clôtures et portails endommagés, gardien supplémentaire la nuit et intervention du responsable de la sûreté de Framatome pour définir des protections durables.
Le syndicat réclamait également un audit complet et une évaluation régulière des dispositifs.
Le nouvel épisode d’octobre impose de mesurer ce qui a réellement changé depuis. Les documents publics ne permettent pas d’établir quelles protections annoncées en mai avaient été entièrement déployées ni comment les intrus ont pu repartir malgré l’alerte immédiate.
Selon Framatome, l’alerte a été donnée immédiatement. Elle n’a pas empêché les cambrioleurs de repartir avec le métal. Cette distinction est essentielle pour apprécier l’efficacité des mesures prises sur un site déjà visé à plusieurs reprises.
L’entreprise précise que l’atelier concerné a repris sa production dès le 26 octobre, sans conséquence annoncée sur les délais d’approvisionnement de ses clients. Framatome ne signale donc, à ce stade, aucune interruption durable de production ni retard de livraison.
Mais la continuité de la production ne suffit pas à régler la question de la sécurité des personnes. Après un comité social et économique extraordinaire tenu le 23 octobre, Force ouvrière a demandé le retrait des salariés travaillant de nuit et le week-end, ainsi que l’arrêt des installations consacrées à l’hafnium jusqu’à une sécurisation jugée suffisante des accès.
En mai, la CFDT écrivait déjà que personne ne souhaitait se retrouver face à des individus organisés venus voler un produit de grande valeur. Après le cambriolage d’octobre, Framatome a mis en place une cellule de soutien psychologique pour le personnel.
Sources consultées
- CFDT Framatome JarrieCompte rendu du CSE extraordinaire du 7 mai 2026, Vol de hafnium
- AFP / Connaissance des ÉnergiesFramatome porte plainte après un vol d’hafnium sur son site en Isère
- BRGMLes métaux stratégiques pour la transition énergétique, conférence du 23 février 2022
- VIFIsère : plusieurs centaines de kilos de hafnium dérobés dans une usine Framatome