
Une fillette de 12 ans était allée à la piscine. Elle portait un foulard noué sur la tête, raconte sa mère. Vendredi 23 octobre, à La Verrière, dans les Yvelines, elle a été atteinte par plusieurs balles. Sa mère se demande si ce foulard a pu attirer l’attention du tireur.
Cette interrogation est désormais au cœur d’une enquête antiterroriste. En une vingtaine de minutes, un homme armé d’un pistolet-mitrailleur a ouvert le feu à plusieurs reprises dans les communes voisines de Trappes et de La Verrière. Un homme de 26 ans est mort, cinq autres personnes ont été blessées.
Le suspect, âgé de 39 ans, a été interpellé à 10 h 20 à Coignières par des policiers de la brigade anticriminalité (BAC). Emmanuel Macron, venu à Trappes dans la soirée, a dénoncé un « attentat terroriste raciste ». Selon lui, le tireur aurait sélectionné ses victimes en fonction de leur couleur de peau ou de leur religion supposée.
Des tirs contre des passants, une enfant grièvement blessée
L’attaque commence vers 10 heures à Trappes. Depuis une Renault Clio, un homme tire sur une voiture occupée par une mère et sa fille. Il vise ensuite la façade d’une maison de santé, puis gagne le square Louis-Pergaud, où il tue Pengo B.-W., 26 ans.
Le jeune homme pratiquait les arts martiaux mixtes (MMA) en amateur. Son club, la Atch Academy, lui a rendu hommage, évoquant un sportif généreux et respectueux, apprécié de ses camarades.
Le tireur poursuit sa route. Près d’une station-service, un homme de 21 ans est grièvement blessé et une femme de 40 ans est également touchée. À La Verrière, d’autres tirs atteignent plusieurs personnes, notamment aux abords d’une pharmacie.
À La Verrière, une enfant de 12 ans est également touchée. Transportée à l’hôpital Necker, à Paris, elle présente huit impacts de balles, selon sa mère, interrogée par RTL avant son opération. Elle a notamment été touchée au foie, au rein et aux membres.
Cinq policiers de la BAC arrêtent finalement le suspect dans la commune voisine de Coignières. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, estime que cette intervention a probablement empêché de nouvelles victimes.
Ce qui nourrit la piste d’un ciblage raciste
Le soir de l’attaque, Emmanuel Macron affirme que le suspect « a épargné des gens en raison de leur peau ». Il évoque également des propos tenus par l’homme, consignés par les autorités, ainsi qu’une préméditation.
Ces déclarations apportent un élément essentiel : selon le président, le tireur aurait distingué les personnes qu’il visait de celles qu’il laissait passer. Le contenu exact des propos évoqués n’a toutefois pas été rendu public.
Plusieurs sources proches de l’enquête citées par Le Monde indiquent également que les personnes visées semblent avoir été exclusivement des personnes de couleur. Cette convergence constitue un indice sérieux, même si le déroulement exact des choix du tireur reste à reconstituer.
Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une enquête pour assassinats et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante tenant à l’origine ou à la religion réelle ou supposée des victimes. Les enquêteurs privilégient donc la piste d’une attaque terroriste à caractère raciste.
La mère de la fillette blessée évoque elle-même une possible confusion liée au foulard que portait sa fille, précisant qu’elle n’était pas voilée. Son témoignage exprime une crainte, sans établir à lui seul les raisons pour lesquelles l’enfant a été visée.
Les auditions et les constatations matérielles devront déterminer ce que le suspect cherchait à accomplir, comment il sélectionnait ses cibles et quelle idéologie, le cas échéant, guidait ses actes.
Un domicile piégé, des préparatifs encore à éclaircir
La perquisition du domicile du suspect, situé à Plaisir, a révélé un dispositif de piégeage constitué de trois bouteilles de gaz reliées à des fils électriques et à un minuteur, selon le PNAT. Les démineurs et le RAID ont été mobilisés.
Les policiers avaient également découvert dans sa voiture un pistolet-mitrailleur de type Sten, un modèle datant de la Seconde Guerre mondiale.
Ces éléments donnent à l’enquête une dimension supplémentaire : les enquêteurs doivent établir comment l’arme a été obtenue, à quoi était destiné le dispositif découvert dans l’appartement et si d’autres violences étaient envisagées.
Un membre de l’entourage familial direct du suspect a également été placé en garde à vue vendredi, selon le PNAT. Aucune complicité n’était établie à ce stade.
Vendredi soir, le PNAT indiquait que l’état de santé des cinq blessés n’était pas encore stabilisé. Plus tôt dans la journée, le maire de La Verrière avait fait état d’une amélioration de celui de la fillette, sans fournir de bilan médical détaillé.
Des cellules de soutien psychologique ont été mises en place pour les habitants et les témoins. La mairie de La Verrière a notamment ouvert un accueil gratuit dans la salle du conseil municipal.
À RTL, la mère de l’enfant blessée a exprimé la peur qui s’est installée chez les familles. Elle a aussi rappelé une évidence : « Elle a le droit de vivre en France, de faire sa vie en France. »
Sources consultées
- Parquet national antiterroriste, communiqué relayé par AnadoluFrance : un membre de l'entourage familial du suspect de l'attaque dans les Yvelines placé en garde à vue
- Présidence de la RépubliqueDéclaration d'Emmanuel Macron depuis Trappes, 23 octobre 2026
- Le MondeAprès l'attaque meurtrière de Trappes, qualifiée de « raciste » par Emmanuel Macron, les mystères des motivations de Kevin T., le tireur présumé
- RTLLa mère de la jeune fille de 12 ans grièvement blessée à La Verrière témoigne après la fusillade
- Ville de La VerrièreMise en place d'une cellule psychologique