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Macron maintient Nuñez : l’État redoutait les violences du 17 octobre, mais a sous-estimé la mobilisation

Le ministre de l’Intérieur avait alerté sur les risques de débordements. Avec 550 000 manifestants contre 200 000 attendus, les forces ont été débordées dans plusieurs villes.

Illustration - Manifestants et forces de l'ordre

Vendredi 16 octobre, Laurent Nuñez annonçait une mobilisation importante et mettait en garde contre les risques de violences. Lundi 19 octobre, le ministre de l’Intérieur reconnaît une « perte de contrôle » dans plusieurs grandes villes françaises et propose sa démission. Emmanuel Macron la refuse.

Entre-temps, la manifestation du 17 octobre a rassemblé 550 000 personnes selon le ministère, contre 200 000 attendues. Des groupes violents ont attaqué policiers, commerces et bâtiments publics, notamment à Paris, Marseille et Lyon, malgré la mobilisation de 60 000 personnels de sécurité à travers le pays.

Le président justifie le maintien de Nuñez par la nécessité d’assurer la continuité du commandement. Il exige parallèlement de nouvelles méthodes contre les pillages et de la transparence sur les défaillances d’anticipation et de renseignement.

La contradiction est frappante : les autorités avaient identifié les risques de débordements, mais elles en avaient sous-estimé le contexte et l’ampleur. La responsabilité du ministre se joue désormais autant dans l’explication de cet échec que dans les corrections promises.

Une alerte existait, mais les prévisions étaient insuffisantes

Vendredi matin, Laurent Nuñez indiquait sur France 2 que ses services avaient identifié environ 250 appels à des actions sur la voie publique et anticipaient 80 cortèges.

Samedi, les autorités en ont recensé 110. L’écart de participation est beaucoup plus marqué : près de trois fois plus de manifestants qu’attendu.

Le ministre avait aussi explicitement évoqué les risques de dégradations commises par des groupes d’ultragauche. L’État disposait donc d’alertes sur la possibilité de violences.

Mais prévoir des affrontements et préparer des forces capables d’intervenir au bon endroit, au bon moment, sont deux exercices différents. L’ampleur de la mobilisation pacifique a compliqué la répartition des effectifs, tandis que des groupes mobiles multipliaient les attaques dans plusieurs quartiers.

Laurent Nuñez attribue les violences notamment à des militants d’ultragauche et à des pilleurs. L’identification précise des auteurs relève des investigations judiciaires. Les erreurs de prévision, elles, sont déjà reconnues par le ministre.

À Marseille, le dispositif existait sur le papier

L’exemple le plus concret vient de Marseille.

Samedi matin, des groupes violents ont pénétré de force dans l’hôtel de ville, provoquant d’importantes dégradations. Le maire, Benoît Payan, a dénoncé l’insuffisance des forces présentes et demandé des renforts directement au gouvernement.

Laurent Nuñez conteste avoir sous-dimensionné le dispositif. Trois unités de forces mobiles avaient été programmées pour la journée, accompagnées de moyens supplémentaires.

Mais lorsque les violences ont commencé sur la Canebière, une seule unité mobile était engagée. Les prises de service des deux autres compagnies de CRS ont alors été avancées.

Les deux versions décrivent donc une même situation, mais en tirent des conclusions différentes. Pour le maire, les moyens immédiatement disponibles étaient insuffisants. Pour le ministre, le dispositif prévu était adapté, mais l’arrivée précoce et massive de groupes violents a imposé son renforcement anticipé.

Les horaires initiaux et les informations ayant servi à les fixer restent inconnus. Sans eux, impossible de déterminer si cette organisation constituait une erreur de planification ou une adaptation raisonnable à un événement exceptionnel.

Une démission refusée ne clôt pas la question des responsabilités

Lundi matin, Laurent Nuñez a expliqué sur France Inter avoir remis sa démission parce qu’il se considérait responsable de ce qui s’était produit.

Emmanuel Macron a choisi de le maintenir pour assurer la continuité de l’action des forces de l’ordre, sans clore l’examen des décisions prises.

Le ministre promet désormais des interventions plus mobiles et réactives. Leur efficacité dépendra de mesures concrètes encore à préciser, notamment sur l’anticipation des violences et la disponibilité des renforts.

Le contrôle pourrait également venir du Parlement. Yaël Braun-Pivet proposera mardi 20 octobre la création d’une commission d’enquête consacrée aux violences, aux méthodes des groupes impliqués et aux éventuels dysfonctionnements du maintien de l’ordre.

Son champ envisagé est important : examiner à la fois les auteurs des destructions et les décisions de l’État, depuis le renseignement jusqu’au dimensionnement des forces. La commission reste à constituer.

Dans une tribune commune publiée lundi dans Libération, les maires de Paris, Marseille et Lyon disent avoir eu le sentiment que des quartiers entiers de leurs villes avaient été laissés sans protection. Ils demandent des explications à l’État.

La question dépasse le sort personnel de Laurent Nuñez. Les commerçants dont les établissements ont été pillés, les policiers exposés aux affrontements et les manifestants pacifiques ont tous intérêt à ce que les erreurs soient établies précisément.

Qui avait fixé les horaires initiaux des renforts à Marseille, et sur quelles informations ?

Sources consultées
  1. LCP, Assemblée nationaleMobilisations du 17 octobre : le ministre de l'Intérieur reconnaît « un manque d'anticipation » et a proposé sa démission
  2. LCP, Assemblée nationaleManifestation du 17 octobre : Laurent Nuñez s'attend à une mobilisation importante et redoute des « dégradations de l'ultragauche »
  3. Le MondeLors des manifestations du 17 octobre, les forces de l'ordre dépassées par une mobilisation imprévisible
  4. ReutersFrance reels from weekend violence as mayors rebuke government for security failings
  5. Présidence de l'Assemblée nationaleCommuniqué de la Présidente du 18 octobre 2026