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Lycéen amputé à Lens : un tir conforme selon le parquet, une grenade encore autorisée

La grenade EF-SON porte à environ 80 mètres, avec une marge de précision d'une vingtaine de mètres. Suspendue face aux lycéens, elle pourrait être réutilisée samedi.

Illustration - Grenade assourdissante et manifestation

Le policier aurait respecté les consignes. Le lycéen a perdu sa main. C’est ce que révèlent les premiers éléments de l’enquête sur la grenade qui a mutilé un adolescent de 15 ans, le 5 octobre, devant le lycée Auguste-Béhal de Lens.

Le 9 octobre, le procureur de Béthune, Étienne Thieffry, a indiqué que le CRS ayant tiré était habilité à utiliser l’arme, avait agi sur ordre et avait suivi le mode opératoire prescrit. Selon la majorité des témoignages recueillis, la grenade a parcouru environ 80 mètres, est tombée au sol, puis a été ramassée par un manifestant avant d’exploser.

L’adolescent blessé, Evan, conteste formellement l’avoir saisie et nie avoir participé à des violences. Aucune vidéo disponible dans l’enquête ne montre directement l’explosion. Sa mère a déposé plainte. Les circonstances exactes et les responsabilités restent à établir.

Dès le 6 octobre, la police nationale avait suspendu l’utilisation de cette grenade, baptisée EF-SON, mais uniquement dans le cadre du mouvement lycéen. Vendredi 16 octobre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a confirmé que les grenades assourdissantes pourraient être employées lors des manifestations du lendemain, en cas de violences urbaines extrêmement graves.

Ce que les consignes de tir ne maîtrisent pas

L’EF-SON, fabriquée par l’entreprise française Alsetex et introduite dans les forces de l’ordre en 2025, est conçue pour être projetée depuis un lance-grenades.

D’après la documentation de la police nationale consultée par Le Monde, sa portée est d’environ 80 mètres, avec une marge de précision d’une vingtaine de mètres. Après sa trajectoire, l’engin doit se séparer et libérer un module pyrotechnique destiné à tomber au sol avant d’exploser. L’effet sonore annoncé atteint environ 160 décibels à dix mètres.

Le tir peut donc respecter la trajectoire et la distance prévues sans garantir qu’aucune personne ne se trouvera près du module au moment de la détonation. Le projectile continue de présenter un danger après son arrivée au sol.

Cette difficulté était connue pour les grenades explosives projetées à distance. Dans un tract cité par Le Monde, le syndicat Alliance Police nationale avait lui-même alerté sur deux risques : une grenade qui explose trop tard et peut être ramassée, ou une grenade qui détonne avant d’atteindre le sol, à hauteur d’homme.

Un autre modèle de grenade assourdissante, la GM2L, avait déjà provoqué des mutilations, notamment à Redon en 2021 et à Rouen en 2023. Ces précédents ne démontrent aucun défaut technique de l’EF-SON. Ils établissent en revanche que le danger associé au fonctionnement des grenades explosives dépasse les seules erreurs individuelles de tir.

À Lens, l’enquête devra notamment déterminer comment la charge est entrée en contact avec la victime. La conformité provisoirement constatée du geste policier ne permet pas de conclure que les conditions d’emploi de l’arme suffisent à prévenir les blessures graves.

Pourquoi conserver une arme suspendue ?

Le gouvernement justifie le maintien de l’EF-SON pour certaines opérations par la violence des affrontements. À Lens, les CRS intervenaient après des jets de pierres et des tirs de mortiers d’artifice. À l’échelle nationale, des policiers et des personnels scolaires ont également été blessés pendant la mobilisation.

Laurent Nuñez distingue les manifestations revendicatives des opérations contre les violences urbaines. Les premières doivent permettre l’exercice du droit de manifester ; les secondes peuvent nécessiter des interventions rapides pour protéger les personnes, les bâtiments et les agents.

Cette différence opérationnelle ne supprime aucune obligation légale. Le Conseil d’État l’a rappelé dans une décision du 7 juillet 2026 : le guide des violences urbaines ne permet aucune dérogation aux règles encadrant l’usage des armes. Chaque intervention doit rester nécessaire et proportionnée.

Le ministre considère les armes intermédiaires indispensables face aux violences les plus graves. Leur retrait peut réduire les moyens disponibles pour tenir des individus violents à distance. La suspension d’un seul modèle laisse d’ailleurs d’autres grenades et lanceurs de balles de défense à disposition des forces de l’ordre.

Pour l’EF-SON, la suspension demeure limitée aux opérations liées au mouvement lycéen. Son éventuelle réutilisation n’attend donc pas nécessairement les conclusions de l’enquête de Lens.

Samedi 17 octobre, environ 250 rassemblements sont attendus en France, dont certains réuniront des lycéens et d’autres manifestants. Les instructions précises applicables à ces cortèges mêlés ne sont pas publiques. Si des violences graves surviennent en marge d’un rassemblement, la même grenade qui a mutilé un adolescent à Lens pourrait de nouveau être employée.

Sources consultées
  1. Le ParisienLycéen ayant eu la main arrachée par une grenade à Lens lors d’un blocus : ce que disent les témoignages sur le déroulé des faits
  2. TF1 Info / AFPLe lycéen amputé d'une main à Lens « conteste formellement » avoir ramassé la grenade assourdissante
  3. Le MondeL'EF-SON, cette grenade assourdissante dont l'usage a été suspendu par le gouvernement après la mutilation d'un lycéen
  4. Le MondeManifestation du 17 octobre : Laurent Nuñez prévoit 250 rassemblements et autorise l'usage des grenades assourdissantes
  5. Public SénatMobilisation lycéenne : Laurent Nuñez annonce l'ouverture de 36 enquêtes par l'IGPN dont quatre pour des blessures mutilantes
  6. Conseil d'État / LégifranceDécision du 7 juillet 2026, n° 507938 et affaires jointes