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La baisse de l’empreinte carbone se joue surtout avant l’achat

De 2010 à 2025, la demande intérieure a augmenté de 18 % et son empreinte carbone reculé de 23 %. L’Insee révèle le rôle des chaînes de production et le trompe-l’œil automobile.

Illustration - Chaînes de production et décarbonation

La demande française de biens et de services a augmenté depuis quinze ans, mais les émissions nécessaires pour les produire ont diminué. La transformation est considérable : entre 2010 et 2025, la demande finale intérieure a augmenté de 18 % en volume, tandis que son empreinte carbone reculait de 23 %.

Une étude publiée le 13 octobre par l’Insee révèle ce qui explique cette évolution. Le principal changement s’est produit avant l’achat, dans les centrales électriques, les usines et les chaînes d’approvisionnement, en France comme à l’étranger.

Les statisticiens ont décomposé quinze années d’évolution de la demande française, qui comprend la consommation des ménages et des administrations, mais aussi les investissements et les variations de stocks. Leurs calculs excluent les émissions directement produites par les ménages, notamment celles de leurs voitures et de leur chauffage.

À structure économique et contenu carbone inchangés, l’augmentation de la demande aurait ajouté 90 millions de tonnes équivalent CO₂ aux émissions. La modification de sa composition, avec une place moindre accordée à certains produits particulièrement émetteurs, en a retranché 34 millions.

Mais la baisse du contenu carbone au sein des différentes catégories de produits représente un gain de 200 millions de tonnes.

Au total, l’empreinte étudiée a diminué de 142 millions de tonnes, passant de 613 à 471 millions. La baisse du contenu carbone des produits explique ainsi 85 % du découplage entre demande et émissions, contre 15 % pour les changements de composition de cette demande.

Une voiture commence à émettre bien avant de rouler

L’empreinte d’un produit se construit tout au long de sa fabrication. L’acier nécessite de l’énergie, les composants proviennent de fournisseurs, les matières premières doivent être extraites et transformées.

L’automobile illustre ce phénomène. Selon l’Insee, en 2024, seulement 5 % de l’empreinte des produits de l’industrie automobile provenait directement de cette branche industrielle. La production d’électricité en représentait 22 %, la métallurgie 15 %. Le reste se répartissait entre d’autres activités en amont.

Une usine automobile peut donc réduire l’empreinte de ses véhicules grâce aux transformations de secteurs sur lesquels elle n’exerce qu’un contrôle indirect.

L’électricité française offre un exemple remarquable de progrès physique. Entre 2010 et 2025, sa production a augmenté de seulement 1,4 % en quantité, tandis que ses émissions de gaz à effet de serre chutaient de près de 72 %.

Le recul des centrales thermiques fossiles et le remplacement du charbon et du fioul par du gaz dans la production thermique restante expliquent cette baisse. En 2025, selon RTE, 95,2 % de l’électricité produite en France métropolitaine provenait du nucléaire et des énergies renouvelables.

Ces transformations bénéficient à une multitude de produits utilisant de l’électricité au cours de leur fabrication. La décarbonation d’une activité se diffuse ainsi dans le reste de l’économie.

Le phénomène traverse les frontières. Pour les produits finis en France destinés au marché intérieur, l’Insee estime que la réduction de 110 millions de tonnes de leur empreinte entre 2010 et 2024 provient pour 70 millions de tonnes d’activités françaises et pour 40 millions d’activités étrangères.

Les progrès des fournisseurs internationaux sont donc substantiels. Ils comptent d’autant plus que les émissions importées représentent désormais 52 % de l’empreinte carbone totale de la France.

Des vêtements réellement moins carbonés, des voitures plus ambiguës

Tous les gains affichés ne correspondent pourtant pas à une réduction équivalente des émissions par objet fabriqué.

Le textile constitue un exemple convaincant. Entre 2010 et 2025, les quantités de vêtements et autres articles textiles achetés par les ménages français ont diminué de 11 %, tandis que leur empreinte carbone reculait de près de 53 %. Chaque pièce achetée porte donc, en moyenne, une empreinte nettement inférieure à celle d’il y a quinze ans.

Pour l’automobile, le résultat est plus surprenant.

Le contenu carbone par euro de demande a diminué. Pourtant, les émissions rapportées à chaque voiture immatriculée ont augmenté sur la période. L’Insee relève notamment l’alourdissement moyen des véhicules.

Cette contradiction provient de la manière dont l’économie mesure les volumes. Une voiture mieux équipée ou présentant des caractéristiques supérieures peut représenter davantage de valeur en euros constants, même si elle reste un seul véhicule physique. Les émissions rapportées à cette valeur peuvent alors diminuer sans que celles rapportées à chaque voiture reculent.

L’informatique et la construction présentent également des écarts entre les progrès mesurés en euros et ceux observés en quantités physiques.

Cette limite concerne aussi le chiffre central de 85 %. L’Insee répartit les biens et services entre 64 grandes catégories. Les changements à l’intérieur de chacune, comme le choix d’aliments différents ou de voitures plus légères, peuvent être comptabilisés parmi les gains de contenu carbone. Un découpage plus détaillé attribuerait davantage de poids aux changements de composition des achats.

La transformation des procédés de production reste néanmoins le principal moteur identifié par l’étude. Pour de nombreux produits, elle correspond à des réductions mesurables en quantités physiques, et pas seulement à des effets comptables.

Une transformation engagée, mais encore insuffisante

Cette dynamique de quinze ans ne garantit pas sa poursuite au même rythme.

L’empreinte carbone totale de la France, émissions directes des ménages comprises, s’établit à 571 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2025, soit 8,3 tonnes par habitant. Elle n’a diminué que de 0,6 % sur l’année, après 2,7 % en 2024.

Les variations de stocks expliquent une partie de ce ralentissement apparent : hors cet effet, la baisse atteint 1,8 % en 2025.

En 2025, les véhicules et le chauffage des ménages ont encore émis directement 100 millions de tonnes équivalent CO₂. Une usine décarbonée ne peut effacer ce qui brûle ensuite dans les moteurs et les chaudières.

Sources consultées
  1. InseeEntre 2010 et 2025, demande finale intérieure en hausse mais empreinte carbone en baisse, principalement grâce à la décarbonation des produits
  2. Insee et SDESÉmissions de gaz à effet de serre et empreinte carbone de la France en 2025 - Après deux années de baisse, l’empreinte diminue à peine
  3. RTEBilan électrique 2025 - Production