Article

Fusillade à Aubagne : l’alarme incendie a envoyé des collégiens face au tireur

Deux personnels blessés, un adolescent désarmé par un CPE. Les consignes face à un incendie et à une attaque armée peuvent conduire à des réactions opposées.

Illustration - collège et alarme

Le signal était familier. Quand l’alarme incendie a retenti, lundi 12 octobre, au collège Joseph-Lakanal d’Aubagne, des élèves ont quitté leur classe deux par deux, comme lors des exercices. Au bout du couloir, ils ont découvert un adolescent armé d’un fusil de chasse.

Selon les témoignages recueillis par Le Monde, plusieurs collégiens se sont retrouvés face au tireur en suivant la procédure d’évacuation. Certains ont fui, d’autres se sont réfugiés dans des salles. Le journal rapporte que l’adolescent avait lui-même déclenché l’alarme.

L’épisode révèle une difficulté particulièrement préoccupante : une consigne conçue pour protéger les élèves contre un incendie peut les exposer à une attaque armée. Et il s’est produit dans un établissement où les adultes sont finalement parvenus à interrompre les tirs.

Deux personnels blessés, un CPE intervient

L’attaque a commencé peu après 9 heures. Un élève de troisième, âgé de 14 ans, est entré dans le collège avec un fusil de chasse dissimulé dans un étui de guitare.

Au premier étage, il a ouvert le feu sur le principal de l’établissement, âgé de 53 ans, et une professeure de mathématiques de 37 ans. Le premier a été blessé à la hanche, la seconde aux membres inférieurs.

L’adolescent est ensuite monté au deuxième étage, où il a tiré à deux reprises. Un coup est parti vers le sol devant une enseignante. Un autre a atteint le tableau d’une classe occupée.

Un conseiller principal d’éducation (CPE) a réussi à maîtriser et désarmer le tireur dans les escaliers, avant l’intervention des policiers. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a salué une action qui a interrompu une attaque susceptible de faire davantage de victimes.

Les deux personnels blessés ont été hospitalisés, sans que leur pronostic vital soit engagé. La municipalité indique qu’aucun élève n’a été physiquement blessé. Le Monde rapporte toutefois que des éclats du tableau ont touché plusieurs collégiens. La nature d’éventuelles blessures liées à ces projections reste à préciser.

L’établissement, qui accueille environ 625 élèves, reste fermé aux collégiens mardi 13 octobre. Un accompagnement psychologique a été mis en place. Leur retour est envisagé mercredi, avec des temps d’échange consacrés à l’attaque.

Une enquête pour tentatives d’assassinat a été ouverte par le parquet de Marseille. L’adolescent et ses deux parents ont été placés en garde à vue. La provenance du fusil, les conditions de son acquisition et le mobile restent à établir.

Incendie ou attaque armée : deux alarmes, deux réactions

Dans les écoles françaises, les exercices incendie apprennent aux élèves à évacuer rapidement et de manière ordonnée. Face à une attaque armée, les réactions attendues sont différentes : s’échapper lorsque cela peut se faire sans danger, ou se cacher et se barricader selon la localisation de la menace.

Le ministère de l’Éducation nationale prévoit précisément des signaux d’alarme distincts pour ces situations. Ses recommandations imposent au moins deux exercices liés au plan particulier de mise en sûreté (PPMS), en complément des exercices incendie.

Un document technique officiel consacré à la sécurité des bâtiments scolaires, publié dans le cadre du programme Bâtir l’École, identifie explicitement le risque d’une réaction dangereuse provoquée par un signal mal compris. Il préconise des alarmes différenciées et immédiatement reconnaissables.

À Aubagne, les élèves qui ont suivi l’alarme incendie ont compris le signal et appliqué la procédure correspondante. Mais le danger présent dans les couloirs était d’une tout autre nature.

Dans son reportage, Le Monde cite deux élèves de troisième qui ont entendu les premières détonations avant l’alarme. En quittant leurs classes, ils ont aperçu l’adolescent armé et l’ont vu tirer. Ils ont alors pris la fuite. D’autres témoignages recueillis par Maritima décrivent des collégiens retournant se mettre à l’abri dans des salles.

Ces récits établissent un point essentiel : l’alarme a provoqué des déplacements d’élèves alors que le tireur circulait encore dans le bâtiment.

Les circonstances exactes du déclenchement de l’alarme doivent encore être précisées par l’enquête. Il faudra aussi déterminer si l’alerte spécifique aux intrusions a été activée, à quel moment les personnels ont identifié la menace et comment les consignes ont circulé entre les étages.

Le débat sur les portiques laisse une partie du problème entier

L’entrée du fusil dans l’établissement soulève une seconde interrogation.

Le ministère de l’Éducation nationale prévoit déjà un contrôle visuel systématique des sacs à l’entrée des établissements scolaires. À Aubagne, les conditions dans lesquelles l’étui de guitare a franchi l’accès au collège ne sont pas encore établies.

La présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, a dénoncé le refus, selon elle, d’un dispositif de sécurisation comprenant des portiques. Elle souhaite accélérer leur installation dans les collèges qui en sont dépourvus.

Mais les équipements concernés sont principalement des dispositifs de contrôle d’accès, destinés à limiter les intrusions. Ils ne fonctionnent pas comme des détecteurs de métaux. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a souligné qu’un tel équipement n’aurait pas empêché un élève de l’établissement d’entrer avec son arme.

Cette distinction compte. Un sas peut contrôler qui entre. Un contrôle des sacs peut révéler un objet dissimulé. Une alarme et des personnels formés doivent permettre de réagir lorsqu’une menace est déjà à l’intérieur. Chaque protection répond à un problème différent.

À Aubagne, la provenance de l’arme et les conditions du contrôle d’entrée restent des questions d’enquête. Le déclenchement de l’alarme incendie et ses conséquences appellent, eux, un examen du fonctionnement des dispositifs d’urgence.

Au collège Lakanal, c’est finalement l’intervention d’un CPE, face à un adolescent armé dans un escalier, qui a arrêté les tirs. Le courage d’un adulte a constitué la dernière protection.

Sources consultées
  1. Le Monde« Maman, il y a un tueur dans le collège » : à Aubagne, un élève tire sur un principal et une professeure
  2. ReutersUn élève ouvre le feu dans un collège d'Aubagne, le proviseur et une enseignante blessés
  3. Ville d’AubagneDrame au collège Lakanal
  4. MaritimaDIRECT - Fusillade au collège Lakanal d'Aubagne : « Aucun élève n'a vu l'agression », assure le maire
  5. Ministère de l’Éducation nationale, ÉduscolAssurer la sécurité des écoles et des établissements
  6. Ministère de l’Éducation nationale, Bâtir l’ÉcoleNotice technique : Sécurité