
En septembre, les ventes de voitures particulières ont chuté de 27 % en Chine. Le même mois, les exportations automobiles chinoises ont bondi de 64 %. Dans cette course aux marchés étrangers, l’Europe représente un débouché précieux.
Pourquoi Pékin accepte-t-il alors de limiter les voitures hybrides qu’il peut y exporter ?
L’accord négocié avec Bruxelles le 9 octobre ouvre aussi une possibilité pour les constructeurs chinois les plus puissants. Il pourrait freiner les exportations chinoises tout en accélérant une transformation déjà engagée : ces groupes passent de l’exportation de voitures à leur fabrication directement en Europe. Ceux qui n’ont pas les moyens de les suivre risquent de perdre du terrain.
Un plafond qui protège aussi les exportations existantes
Le compromis prévoit un contingent initial de 350 000 hybrides et hybrides rechargeables importées de Chine, augmenté de 6 % par an pendant quatre ans. Le dispositif pourrait commencer à s’appliquer dès décembre 2026, mais le contingent annoncé constitue une référence pour 2027. Les modalités définitives restent à publier.
La Commission européenne estime que, sans intervention, les importations auraient pu atteindre 800 000 véhicules en 2026. Le contingent réduirait donc de plus de moitié cette trajectoire.
Mais les importations effectivement constatées étaient de 302 000 voitures en 2025, contre 107 000 en 2024. Le plafond proposé autoriserait encore une progression d’environ 16 % par rapport à 2025.
Cette croissance spectaculaire s’explique en partie par les droits compensateurs européens instaurés en 2024 sur les voitures entièrement électriques fabriquées en Chine. Les hybrides, exclues de l’enquête initiale, y échappaient. Leurs exportations vers l’Union ont triplé en valeur au premier semestre 2026, atteignant 7,5 milliards de dollars selon les douanes chinoises.
Pékin a négocié plusieurs garanties. Son ministère du Commerce souligne que le contingent doit rester supérieur aux importations de 2025, que la Chine doit recevoir un volume au moins équivalent à celui de chaque autre pays fournisseur et que le dispositif doit respecter les règles de l’Organisation mondiale du commerce.
Le compromis évite aussi une nouvelle escalade commerciale. La Chine a consenti des réductions de droits sur près de 4 milliards d’euros de produits européens, notamment des pièces automobiles, des chaussures et de l’huile d’olive.
Accepter une croissance encadrée peut donc être préférable à une confrontation commerciale plus coûteuse. Reste une autre explication possible : les fabricants chinois les mieux établis disposent déjà d’une solution pour vendre davantage en Europe sans accroître leurs importations.
Les grandes marques ont les moyens de changer de stratégie
BYD, Chery et SAIC, propriétaire de MG, représentent à eux trois plus de 90 % des ventes d’hybrides des constructeurs chinois dans l’Union européenne, selon les estimations de Jefferies rapportées par Reuters.
Ce sont les groupes les plus exposés à la restriction immédiate. Mais ils disposent aussi de moyens industriels et financiers considérables.
BYD prépare une usine automobile en Hongrie et étudie d’autres implantations. Lundi 12 octobre, au Mondial de l’automobile, sa vice-présidente Stella Li a confirmé que la France figurait parmi les pays envisagés pour un nouveau site. Chery développe sa production à Barcelone. Changan prévoit de fabriquer ses premières voitures dans la région début 2027.
Zhao Fei, président de Changan, s’est d’ailleurs déclaré peu inquiet de l’accord européen, qu’il considère comme une occasion de développer une production locale.
Ces décisions dépassent le seul contingent. Selon une étude publiée en avril par AlixPartners, les constructeurs chinois prévoient de porter leur production hors de Chine de 1,2 million de voitures en 2025 à 3,4 millions en 2030. Les guerres de prix sur leur marché intérieur et les obstacles commerciaux à l’étranger encouragent cette internationalisation.
En juillet, l’association Transport & Environment recensait déjà dix projets de sites de production annoncés en Europe depuis septembre 2023.
Une voiture chinoise assemblée dans l’Union échappe au contingent visant les importations de Chine. Une hybride de marque européenne fabriquée en Chine, en revanche, reste concernée.
Cette différence favorise potentiellement les groupes capables d’investir dans des usines européennes ou de conclure des partenariats industriels. Pour un constructeur plus petit, financer une implantation, organiser les approvisionnements et atteindre un volume de production rentable représente un obstacle beaucoup plus élevé.
Le quota pourrait donc produire deux effets opposés : ralentir les ventes des grandes marques chinoises à court terme, puis consolider leur avance sur leurs compatriotes moins puissants. La répartition du contingent entre constructeurs n’étant pas connue, l’ampleur de cette sélection reste incertaine.
Une usine européenne, mais quelle part de la voiture ?
Pour l’Europe, cette évolution présente une véritable opportunité industrielle. Des voitures fabriquées localement peuvent créer des emplois, mobiliser des fournisseurs et développer des compétences, même lorsque leur constructeur est chinois.
Mais l’assemblage final ne représente qu’une partie de la valeur d’une automobile.
L’expérience des premiers droits de douane sur les électriques est instructive. Selon Transport & Environment, la part des voitures électriques fabriquées en Chine dans les ventes européennes est passée d’un sommet de 22 % en 2024 à 17 % début 2026. Dans le même temps, les exportations chinoises de batteries dans le monde ont été multipliées par sept entre 2020 et 2025, atteignant près de 30 milliards de dollars.
La baisse de la part des électriques fabriquées en Chine reflète notamment des déplacements de production chez les constructeurs occidentaux. La progression mondiale des exportations chinoises de batteries avait, elle, commencé avant les droits de douane de 2024. Les dépendances industrielles peuvent donc persister même lorsque l’assemblage des véhicules se rapproche du marché européen.
La Commission européenne cherche désormais à aller plus loin avec son projet de règles « Made in Europe ». Pour certains avantages publics, le dispositif envisagé exigerait un assemblage dans l’Union et une proportion minimale de composants européens, avec des exigences spécifiques concernant les batteries. Ces règles restent en discussion.
La distinction est décisive. Un contingent peut inciter une entreprise chinoise à installer une chaîne de montage en Europe. Obtenir des investissements dans les cellules de batteries, les composants, la recherche et les fournisseurs locaux demande une politique industrielle plus exigeante.
Le compromis commercial donne potentiellement du temps aux constructeurs européens et ouvre la perspective de nouveaux investissements. Il pourrait aussi réduire la concurrence et le choix des automobilistes, sans garantir que Renault, Stellantis ou Volkswagen regagnent des parts de marché.
Dans quelques années, une BYD assemblée en Hongrie pourra éviter le quota européen. Sa batterie, elle, pourra toujours venir de Chine.
Sources consultées
- Ministère chinois du CommerceDéclaration du 12 octobre 2026 sur les consultations sino-européennes concernant les véhicules hybrides et électriques
- Commission européenneDéclaration de Maroš Šefčovič après les négociations commerciales à Pékin, 9 octobre 2026
- Associated PressChina's carmakers export more as EU caps hybrid vehicle imports at 350,000 a year
- ReutersChina's $7.5 billion EU hybrid boom faces new curbs under China-EU deal
- AlixPartnersChinese automakers plan to almost triple overseas production by 2030, says AlixPartners report
- Transport & EnvironmentThe presence of Chinese automakers in the EU car market