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Glucksmann gagne la primaire, mais sa bataille se joue aussi chez les électeurs de Macron et de Mélenchon

Dans un sondage Harris, 15 % des électeurs de Macron en 2022 et 11 % de ceux de Mélenchon envisagent déjà de voter pour lui. Pour progresser, il devra élargir cette double conquête.

Illustration de Raphaël Glucksmann

Raphaël Glucksmann a remporté dimanche 11 octobre la primaire sociale-démocrate avec 66,17 % des voix, s’assurant le soutien du Parti socialiste pour la présidentielle de 2027. Mais voici le calcul qui l’attend : dans un sondage Toluna Harris Interactive publié le 28 septembre, il recueille 10 % des intentions de vote. Marine Tondelier, pour les écologistes, en obtient 3 %, et Fabien Roussel, pour les communistes, 2 %. Même en récupérant intégralement ces cinq points, Glucksmann resterait derrière Jean-Luc Mélenchon, crédité de 18 %. En cinq mois, Mélenchon est passé de 12 à 18 % dans cette configuration, tandis que Glucksmann est resté autour de 10 à 11 %.

Cette addition est théorique : le retrait d’un candidat modifie les comportements électoraux, et ce scénario ne comprend pas toutes les personnalités susceptibles de se présenter, notamment François Ruffin. Elle révèle néanmoins l’ampleur du travail qui attend le vainqueur. Un accord entre les principales formations de la gauche non insoumise ne lui garantirait pas une place au second tour.

La compétition dépasse désormais les frontières de la gauche. Glucksmann doit convaincre des électeurs qui envisagent aujourd’hui de voter pour Mélenchon, Édouard Philippe ou d’autres candidats. Et il en a déjà attiré une partie.

Des électeurs venus de deux camps

Aux européennes de 2024, la liste PS-Place publique conduite par Glucksmann avait obtenu 13,8 % des suffrages. Selon l’enquête Ipsos réalisée à cette occasion, elle avait notamment recueilli les voix de 25 % des électeurs de Mélenchon au premier tour de la présidentielle de 2022, mais aussi de 16 % de ceux d’Emmanuel Macron.

Ce croisement des électorats constitue la force particulière de Glucksmann : sa candidature peut séduire au-delà du PS sans passer par une alliance formelle avec LFI ou avec le centre présidentiel.

L’enquête Harris de septembre 2026 confirme l’existence de cette double attraction, tout en montrant ses limites. Parmi les anciens électeurs de Mélenchon exprimant une intention de vote, 11 % choisissent Glucksmann, tandis que 76 % restent fidèles au candidat insoumis. Chez les électeurs de Macron en 2022, 15 % se tournent vers Glucksmann, contre 40 % vers Édouard Philippe, dans le scénario où Philippe et Gabriel Attal sont tous deux candidats.

Ces chiffres portent sur des sous-échantillons réduits et sur des élections différentes. Ils ne décrivent pas une évolution individuelle entre 2024 et 2026. Mais ils établissent un point essentiel : les électeurs venus des deux camps figurent déjà dans le score de Glucksmann. Impossible de les compter une seconde fois parmi ses réserves.

L’héritage Macron, une occasion très disputée

C’est probablement du côté des électeurs modérés que la bataille sera la plus ouverte.

Une étude publiée en mai par la Fondation Jean-Jaurès, fondée sur une enquête Ipsos de plus de 11 000 personnes, distingue quatre groupes parmi les électeurs d’Emmanuel Macron en 2022. L’un d’eux, représentant 23 % de cet ancien électorat, manifeste une attirance particulière pour la gauche sociale-démocrate.

Ces électeurs accordent une grande importance à la santé, à l’éducation et à l’environnement. Ils privilégient largement les dirigeants prêts au compromis. En 2024, 36 % d’entre eux avaient déjà voté pour la liste Glucksmann aux européennes.

Mais ils restent disputés. Dans cette même étude, 51 % se déclarent satisfaits à l’idée d’une victoire de Glucksmann à la présidentielle, contre 47 % pour Édouard Philippe. Il s’agit d’une mesure d’acceptabilité, pas d’une intention de vote exclusive.

Pour Glucksmann, ce groupe offre une possibilité réelle d’élargissement, mais il ne constitue pas un réservoir acquis. Édouard Philippe peut défendre auprès de ces électeurs une promesse de stabilité et de compétence gouvernementale, tandis que Glucksmann peut chercher à les convaincre sur les politiques sociales et environnementales.

La concurrence se joue aussi sur la capacité à dépasser un électorat relativement diplômé et urbain. Aux européennes de 2024, la liste Glucksmann obtenait 20 % chez les cadres, mais seulement 7 % chez les ouvriers et 5 % chez les 18-24 ans, selon Ipsos. Les résultats d’un scrutin européen ne préjugent pas d’une présidentielle, mais cette différence montre où son audience était alors la plus faible.

Rompre avec LFI : un choix qui peut rapporter, mais ne suffit pas

Le refus d’alliance avec La France insoumise constitue le principal choix stratégique du candidat. Olivier Faure, partisan d’une approche plus ouverte, a été largement battu lors de la primaire, avec 14,46 % des suffrages.

Cette ligne de rupture correspond aussi à une opinion répandue dans le pays. Selon une enquête Elabe réalisée du 29 septembre au 2 octobre auprès de 2 005 personnes, 74 % des Français interrogés s’opposent à une alliance entre socialistes et insoumis lors des prochaines élections législatives. Mais parmi les sympathisants de gauche, 60 % sont favorables à cette alliance, tandis que 73 % des sympathisants PS-Place publique s’y opposent.

Ce résultat donne une assise politique au refus de Glucksmann. Il ne démontre cependant pas que les électeurs opposés à cette alliance voteront pour lui, ni que les électeurs de gauche accepteront facilement plusieurs candidatures concurrentes.

L’alternative comporte donc un véritable risque dans les deux sens. Un rapprochement avec LFI pourrait faciliter un rassemblement à gauche, mais fragiliser l’attrait de Glucksmann auprès des électeurs qui veulent précisément rompre avec Mélenchon. Une séparation assumée préserverait cette distinction, tout en obligeant Glucksmann à conquérir davantage de voix hors de son camp.

Le premier tour reste ouvert. Une autre enquête, menée fin septembre par l’Ifop, créditait Glucksmann de 11 % face à Édouard Philippe, contre 16 % pour Mélenchon et 21 % pour Philippe. Les sondages divergent sur les scores, mais les deux enquêtes placent le candidat social-démocrate derrière son concurrent insoumis.

La primaire a désigné le représentant du PS. Elle lui donne aussi une organisation, des militants et une légitimité pour négocier. Le parti avait choisi dès juillet de désigner son candidat dans un cercle restreint, puis de proposer un rassemblement aux autres formations de la gauche démocratique et écologiste. Cette seconde étape commence maintenant.

Pour atteindre le second tour, Glucksmann devra faire changer d’avis des électeurs qui répondent aujourd’hui « Philippe » ou « Mélenchon » aux sondeurs. Et prouver qu’il peut les convaincre dans une même campagne, sans perdre ceux qu’il a déjà rassemblés.

Sources consultées
  1. Toluna Harris InteractiveIntentions de vote à l’élection présidentielle 2027 – Septembre 2026
  2. IpsosSociologie des électorats
  3. Fondation Jean-Jaurès2027 : qui héritera des électeurs d’Emmanuel Macron ?
  4. ElabeLes Français et la primaire à gauche
  5. Ifop-FiducialBaromètre de l’élection présidentielle - vague 6 – Focus sur la primaire du Parti Socialiste et de Place Publique
  6. Parti socialisteLes militant·es socialistes ont adopté leur stratégie présidentielle pour 2027