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Riyad : 12 morts, aucune alerte et un aéroport paralysé après quatre attaques

Une Française parmi les 309 blessés. Radars et moyens de communication auraient été endommagés, tandis que missiles et débris d'interception compliquent la reprise des vols.

Illustration de l'aéroport international de Riyad

Jeudi 8 octobre, un avion de la compagnie Saudia est gravement endommagé au sol à l’aéroport international de Riyad. Deux jours plus tard, une nouvelle frappe atteint le même aéroport, sans qu’aucune alerte ait été diffusée par le système saoudien de prévention des menaces, selon Reuters.

Cette troisième attaque en une semaine a fait 12 morts et 309 blessés, selon l’Autorité saoudienne de l’aviation civile. Plusieurs victimes sont dans un état critique. Une ressortissante française figure parmi les blessés, a confirmé dimanche 11 octobre le ministère des Affaires étrangères.

Un passager blessé a raconté à Reuters avoir vu quelque chose traverser le ciel avant qu’une partie du plafond s’effondre près d’une porte d’embarquement. La frappe a touché un complexe comprenant les terminaux 3 et 4, selon un responsable régional cité par l’Associated Press.

Dimanche, une quatrième attaque a touché l’aéroport. Selon la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, un projectile non identifié a frappé le terminal 4, provoquant un incendie. Les défenses saoudiennes ont également intercepté un missile de croisière à proximité. L’aéroport King Khalid restait fermé, les vols annulés ou déroutés, tandis que les autorités poursuivaient leur évaluation des dégâts. Au-delà des destructions, trois questions déterminent désormais la sécurité des voyageurs : pourquoi aucune alerte n’a précédé la frappe meurtrière, comment protéger les installations et à quelles conditions les avions pourront-ils revenir ?

Une attaque meurtrière sans alerte préalable

Le système saoudien d’alerte aux menaces n’a émis aucun avertissement avant l’attaque de samedi, rapporte Reuters. Les raisons de cette absence d’alerte n’ont pas été établies.

Détecter un projectile, décider de l’intercepter et prévenir les personnes menacées sont des opérations distinctes. Les informations disponibles ne permettent pas de déterminer pourquoi l’alerte n’a pas été diffusée.

La répétition des frappes souligne toutefois les difficultés auxquelles fait face la défense saoudienne.

Selon des responsables régionaux interrogés par l’Associated Press, le royaume manque d’intercepteurs antimissiles et a sollicité une assistance auprès de plusieurs partenaires, dont la France et le Royaume-Uni. Cette pression sur les stocks est documentée, mais rien ne permet encore de la relier directement à l’absence d’alerte du 10 octobre.

Même une interception réussie peut présenter un danger pour les civils. Lors de l’attaque précédente, jeudi, des éclats ont gravement endommagé un avion de Saudia stationné au terminal, provoquant un incendie. Reuters précise que ces fragments pouvaient provenir d’une interception ou d’un autre impact de projectile. Aucun passager ne se trouvait à bord, selon les informations recueillies.

Les autorités saoudiennes avaient également signalé la chute de débris d’un missile intercepté sur une crèche et un complexe médical de Riyad.

Pourquoi l’aéroport reste fermé

Dimanche, deux sources aéronautiques citées par l’AFP confirmaient la suspension des opérations. L’une évoquait des dommages aux équipements radar et de communication, ainsi que la nécessité d’inspecter les pistes.

L’étendue de ces dégâts n’a pas été précisée officiellement. La fonction exacte des radars touchés reste également inconnue : leur endommagement après la frappe ne permet donc pas d’expliquer rétrospectivement l’absence d’alerte.

Pour reprendre son activité, l’aéroport doit disposer des installations nécessaires à la circulation des appareils et à leur contrôle. Les autorités doivent aussi pouvoir garantir un niveau de sécurité suffisant face aux menaces extérieures.

Or cette seconde condition reste particulièrement difficile à remplir.

Dans un bulletin révisé le 9 octobre, l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) constate que les Houthis peuvent désormais frapper profondément à l’intérieur du territoire saoudien et ciblent de plus en plus les infrastructures aéronautiques.

L’agence identifie plusieurs dangers : missiles et drones, retombées de débris après interception, mais aussi risque de confusion entre avions civils et appareils hostiles pendant les opérations militaires.

Elle reconnaît parallèlement que l’Arabie saoudite a démontré sa capacité à gérer efficacement son espace aérien, notamment en coordonnant les mouvements civils et militaires et en recourant à des procédures d’urgence. Mais des attaques extérieures peuvent dégrader rapidement la situation, malgré ces dispositifs.

L’AESA recommande d’éviter certaines portions de l’espace aérien saoudien à toutes les altitudes et d’exercer une vigilance renforcée ailleurs dans le pays.

La distinction est essentielle pour les voyageurs. Selon les règles rappelées par l’Organisation de l’aviation civile internationale, les autorités nationales évaluent les risques, diffusent les informations aéronautiques et peuvent fermer l’espace aérien. Les compagnies doivent également conduire leurs propres évaluations de sécurité.

Une réouverture administrative ne garantit donc pas le retour immédiat de toutes les liaisons.

Des attaques qui peuvent se poursuivre

La coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite attribue la frappe meurtrière aux rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran. La France reprend cette attribution dans sa condamnation officielle.

Les Houthis ont revendiqué des attaques contre les infrastructures saoudiennes et renouvelé leurs avertissements dimanche aux compagnies aériennes, employés et voyageurs, menaçant les aéroports saoudiens à l’exception de ceux des villes saintes de La Mecque et Médine.

Cette campagne accompagne la reprise des combats au Yémen entre le mouvement houthi et les forces soutenues par Riyad, après la rupture de l’accalmie issue de la trêve de 2022.

La menace ne se limite plus à la capitale. Les autorités saoudiennes ont également signalé un projectile tombé près de l’aéroport de Dammam samedi, puis l’interception d’un drone dans l’est du pays dimanche.

Les consignes pour les Français

La France déconseille tout déplacement vers Riyad, sauf raison impérative. Cet avis, publié le 8 octobre, précède l’attaque meurtrière de samedi.

Pour les Français déjà présents en Arabie saoudite, le ministère des Affaires étrangères recommande de suivre les instructions locales, de se mettre à l’abri en cas d’alerte et de rester éloignés des fenêtres. Il demande également de ne pas s’approcher des débris de projectiles et de ne pas filmer ni diffuser d’images des attaques ou interceptions, sous peine de poursuites selon les autorités saoudiennes.

Les voyageurs doivent vérifier leur vol directement auprès de leur compagnie avant de se rendre à l’aéroport. L’inscription au Fil d’Ariane permet de recevoir les alertes françaises. L’ambassade de France à Riyad reste joignable au +966 11 51 02 769.

Dimanche, Flightradar24 indiquait que la fermeture de Riyad avait été prolongée jusqu’à 21 heures UTC, soit 23 heures à Paris. Cette échéance ne garantit pas la reprise des vols.

Sources consultées
  1. ReutersHouthi strike on Saudi airport kills 12, worst attack on kingdom in a decade
  2. ReutersSaudi-led coalition says new attack at Riyadh airport causes fire, day after strike kills 12
  3. Agence européenne de la sécurité aérienneAirspace of Saudi Arabia, CZIB-2026-09-R1
  4. Ministère de l'Europe et des Affaires étrangèresAttaque des Houthis contre l'aéroport de Riyad
  5. France DiplomatieArabie saoudite - Conseils aux voyageurs - Dernières minutes et alertes