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Diesel russe : Trump exige de l’Ukraine l’arrêt des frappes contre les raffineries

Washington autorise le gazole russe et réclame l’arrêt des frappes ukrainiennes. Zelensky propose une trêve énergétique réciproque, tandis que l’Europe maintient ses sanctions.

Illustration - Raffinerie et installations pétrolières

Pour l’Ukraine, frapper les raffineries russes permet d’affaiblir l’économie de guerre de Moscou. Pour Donald Trump, ces attaques contribuent aussi à faire grimper le prix du diesel payé par les agriculteurs et les transporteurs américains.

Vendredi 9 octobre, Washington a choisi d’assouplir ses sanctions sur le gazole russe. Donald Trump a annoncé un accord avec Vladimir Poutine portant sur 4,8 millions de tonnes de carburant destinées aux marchés américain et mondial. Le lendemain, il a publiquement demandé à Kyiv de cesser ses frappes contre les raffineries russes. Il a également appelé au remplacement de Volodymyr Zelensky, dans une critique plus générale de sa position sur les négociations avec Moscou.

L’affrontement révèle une contradiction entre alliés : une stratégie militaire ukrainienne qui prive la Russie de carburant et de revenus renchérit également un produit indispensable aux économies occidentales.

Les frappes ukrainiennes ont atteint leur cible

Depuis plusieurs mois, l’Ukraine multiplie les attaques de drones contre les raffineries russes. Ces installations transforment le pétrole brut en essence, diesel et autres produits indispensables aux transports, à l’agriculture et aux forces armées.

La campagne a produit des résultats considérables. Selon S&P Global Energy CERA, près de la moitié des capacités russes de raffinage étaient indisponibles fin septembre, soit environ 3,1 millions de barils de capacité quotidienne. Cette estimation mesure les capacités à l’arrêt, pas une perte équivalente de production effective.

Les exportations maritimes russes de diesel et de gazole sont passées d’environ un million de barils par jour au premier semestre à 550 000 depuis juillet, selon S&P Global. Moscou a prolongé jusqu’à fin octobre des restrictions à l’exportation pour préserver son approvisionnement intérieur.

Pour Kyiv, ces difficultés constituent un résultat stratégique : la Russie tire d’importantes recettes de ses hydrocarbures et dépend de ses raffineries pour approvisionner son économie et ses forces armées.

Mais le diesel circule sur un marché mondial déjà perturbé par la guerre en Iran. Lorsque les raffineries russes produisent moins, les clients qui dépendaient de leurs exportations cherchent du carburant ailleurs.

Aux États-Unis, le prix moyen du diesel avait augmenté de 70 % depuis le début de la guerre contre l’Iran, atteignant environ 1,66 dollar le litre le 8 octobre. À quelques semaines des élections américaines du 3 novembre, cette hausse touche particulièrement les transporteurs et les agriculteurs.

Les frappes ukrainiennes aggravent donc une pénurie dont elles ne sont pas l’unique cause. C’est cette conséquence que Trump veut faire disparaître.

Washington demande à Kyiv un arrêt unilatéral des frappes

Selon un responsable américain directement informé des discussions, cité par Axios le 10 octobre, Washington aurait demandé à au moins six reprises à Volodymyr Zelensky de cesser les attaques contre les raffineries russes.

Kyiv a proposé une autre formule : suspendre ses frappes contre les installations pétrolières russes si Moscou interrompait ses attaques contre les centrales électriques ukrainiennes.

Cette possibilité avait déjà été évoquée publiquement en septembre. Zelensky s’était alors déclaré prêt à accepter un cessez-le-feu réciproque sur les infrastructures énergétiques. Après l’annonce de l’accord sur le diesel, il a confirmé à Axios qu’il aurait soutenu un assouplissement des sanctions dans le cadre d’un tel engagement mutuel.

D’après le responsable américain interrogé par Axios, Trump voulait obtenir l’arrêt des frappes ukrainiennes sans attendre de concession équivalente de Moscou.

La différence est fondamentale. Une suspension réciproque pourrait protéger les infrastructures électriques ukrainiennes à l’approche de l’hiver tout en permettant aux raffineries russes de fonctionner davantage. Une suspension unilatérale priverait Kyiv d’un moyen de pression sans engagement correspondant sur les bombardements russes.

Les cibles ne sont d’ailleurs pas interchangeables : les frappes russes sur le réseau électrique ukrainien privent directement des civils d’électricité et de chauffage. La proposition ukrainienne met sur la table la protection de ces infrastructures, en contrepartie de l’arrêt d’attaques contre l’industrie pétrolière russe.

Samedi, Trump a franchi un nouveau seuil en déclarant devant des journalistes qu’il était temps pour l’Ukraine d’avoir un nouveau président capable de conclure un accord avec Moscou.

La divergence sur le carburant menace désormais les relations politiques entre Washington et Kyiv.

Moscou promet l’équivalent de deux mois d’exportations

Reste à savoir ce que la décision américaine peut réellement changer sur le marché.

Le 9 octobre, le Trésor américain a publié la licence générale n° 135, autorisant jusqu’au 7 avril 2027 des transactions auparavant interdites concernant la vente, la livraison et l’importation de gazole d’origine russe, y compris aux États-Unis. Certaines restrictions financières restent applicables.

Trump annonce plus de 300 000 tonnes immédiatement, 500 000 tonnes en novembre, puis un million supplémentaire. Les trois derniers millions dépendraient de l’état des raffineries russes.

Au total, les 4,8 millions de tonnes représentent approximativement 36 millions de barils, soit près de 65 jours d’exportations russes au rythme observé depuis juillet.

La promesse est considérable pour une industrie dont les capacités restent fortement perturbées. Le Kremlin a confirmé sa disposition à fournir des produits pétroliers, sans reprendre les volumes ni le calendrier annoncés par Trump.

Deux scénarios restent possibles. Si les raffineries russes produisent davantage et que du gazole jusqu’ici immobilisé revient sur le marché, l’offre mondiale augmentera. Si les cargaisons changent simplement d’acheteurs, les autres clients devront s’approvisionner ailleurs. Le soulagement sur les prix sera alors limité.

Les restrictions russes à l’exportation comportent des exceptions pour certains accords intergouvernementaux. Elles n’interdisent donc pas nécessairement les livraisons promises. Mais l’autorisation américaine, à elle seule, ne remet aucune raffinerie en fonctionnement.

L’Europe maintient la pression, Washington change de priorité

La décision américaine intervient au moment où des négociateurs ukrainiens et européens rencontrent en Floride les émissaires de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, pour discuter d’un éventuel règlement de la guerre.

Selon Axios, ces discussions portent notamment sur les garanties de sécurité futures de l’Ukraine. L’annonce de l’accord avec Poutine surprend Kyiv, qui espérait négocier une désescalade comprenant l’arrêt des attaques russes contre son système énergétique.

L’Union européenne conserve une position différente. Depuis février 2023, elle interdit les importations maritimes de produits pétroliers russes. Ses sanctions économiques ont été reconduites jusqu’au 31 juillet 2027.

Le 10 octobre, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a confirmé que l’Europe ne relâcherait pas sa pression sur Moscou. Berlin a également réaffirmé son engagement envers les sanctions.

Les États-Unis privilégient un assouplissement commercial susceptible de soulager leurs consommateurs. Les Européens maintiennent une restriction qui vise à réduire les ressources disponibles pour financer la guerre russe, malgré les tensions énergétiques qu’ils subissent eux aussi.

La France, comme ses voisins, reste exposée aux prix mondiaux des carburants. Elle pourrait bénéficier indirectement d’une véritable augmentation de l’offre russe, tout en conservant son embargo. Mais la valeur économique de cet assouplissement dépendra des volumes supplémentaires effectivement disponibles, tandis que sa portée politique est immédiate.

La décision américaine peut faciliter de nouvelles recettes pour les producteurs russes. Leur montant dépendra des cargaisons vendues, de leur prix et des transactions qui auraient eu lieu même sans la licence.

La diplomatie américaine affirme espérer que des accords énergétiques aideront également à obtenir des concessions de Moscou. Pour l’instant, aucune concession russe sur les frappes énergétiques n’accompagne l’annonce.

Selon le conseiller diplomatique du Kremlin, Vladimir Poutine n’a pas davantage pris d’engagement à reprendre immédiatement les négociations de paix lors de son appel avec Trump.

L’autorisation américaine, elle, est déjà signée.

Sources consultées
  1. Office of Foreign Assets Control, département du Trésor américainGeneral License No. 135: Authorizing Transactions Related to the Sale, Delivery, Offloading, and Importation of Diesel Fuel of Russian Federation Origin
  2. Axios, Barak RavidU.S. official: Trump cut deal with Putin after Zelensky ignored his requests
  3. Axios, Barak RavidExclusive: Zelensky tells Axios Trump's diesel deal with Putin "not fair and not honest"
  4. S&P Global EnergyNYMEX ULSD crack weakens after Trump announces additional diesel supplies from Russia
  5. Associated PressTrump says Ukraine should get a new president as he blames Zelenskyy for US diesel prices
  6. Conseil de l'Union européenneRussia’s war of aggression against Ukraine: Council extends economic sanctions for another year