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Arcadia face à Maven: la France veut garder la main sans se couper de l’OTAN

Maven est déjà opérationnel dans l’OTAN. Arcadia doit faire travailler ensemble 1 500 à 2 000 systèmes militaires tout en préservant le contrôle français des données.

Illustration - Arcadia et Maven

Depuis le 22 juin, l’OTAN dispose d’un système d’aide au commandement pleinement opérationnel sur le plan technique: Maven Smart System. Conçu par l’américain Palantir, il fonctionne sur le réseau classifié de l’Alliance et répond, selon l’OTAN, à l’ensemble des exigences de son Commandement allié opérations.

Trois mois plus tard, la France a dévoilé Arcadia. Le ministère des Armées le présente comme son futur système de commandement interarmées, capable de rassembler des données venues des forces terrestres, navales, aériennes ou du renseignement et d’y appliquer des outils d’intelligence artificielle.

La course paraît déséquilibrée: Maven travaille déjà, Arcadia commence seulement à sortir des exercices. Mais la France ne cherche pas simplement à fabriquer un concurrent tricolore de Palantir. Elle tente de résoudre un problème plus intéressant: garder la maîtrise de la couche numérique qui organise ses opérations tout en restant capable de combattre avec les armées qui utilisent Maven.

Le chantier français part d’un système particulièrement fragmenté. Le ministère des Armées utilise aujourd’hui entre 1 500 et 2 000 systèmes d’information différents, selon les chiffres communiqués par le Commissariat au numérique de défense au Monde. Arcadia doit faire circuler la donnée entre ces silos et étendre à la conduite des opérations ce que la plateforme Artemis avait commencé à faire pour le renseignement. Le Monde rapporte que son entrée en service opérationnelle ne commencera qu’à partir de la fin de 2027.

L’écart avec Maven est donc réel. Mais l’architecture que construit l’OTAN laisse justement une place à des systèmes nationaux.

Sa stratégie numérique adoptée en janvier prévoit des plateformes fédérées plutôt qu’un gigantesque logiciel unique. Les systèmes nationaux engagés dans les opérations alliées doivent respecter les standards d’interopérabilité de l’OTAN. En parallèle, l’Alliance veut préserver la souveraineté nationale sur les données et réduire la dépendance envers un fournisseur unique. Elle prévoit même que les services essentiels continuent à fonctionner dans des environnements où les communications sont dégradées ou contestées.

La France veut pouvoir choisir les logiciels, les modèles d’IA et les infrastructures qui traitent ses informations, décider qui accède à quoi et conserver une capacité de calcul au plus près des forces. Le projet prévoit pour cela des centres de données de tailles différentes, jusqu’à des équipements transportables sur le terrain. Selon Le Monde, la task force Arcadia affirme avoir identifié un site capable d’en produire « plusieurs centaines » d’ici à 2029. À ce stade, c’est encore un objectif industriel, pas une capacité livrée.

Le test décisif sera plus simple à formuler que la promesse d’une « IA souveraine »: est-ce que tout cela communique correctement avec le reste de l’Alliance?

L’OTAN consacre déjà des exercices entiers à ce problème. Lors de CWIX 2026, plus de 600 capacités ont subi plus de 30 000 tests en trois semaines pour vérifier qu’armées, réseaux et logiciels de pays différents pouvaient effectivement échanger des informations et les exploiter ensemble.

La France a aussi une occasion de se mesurer directement aux acteurs américains. Pour remplacer le système de commandement aérien de l’OTAN, l’Agence OTAN d’information et de communication a retenu en juillet trois concurrents pour des essais en conditions représentatives: Palantir, Anduril et le consortium français Athea. Une seule solution doit ensuite être choisie.

Arcadia doit franchir un test encore plus révélateur en octobre. Le grand exercice DiBaX 2026 de l’OTAN se déroulera en Lettonie, sur les bases d’Ādaži et de Sēlija, pour éprouver notamment des réseaux ouverts, résilients et interopérables, ainsi que des systèmes permettant de passer plus vite de la détection d’une menace à une décision.

Selon Le Monde, Arcadia doit y être engagé du 19 au 30 octobre. Ses fonctions de ciblage seront confrontées à plusieurs solutions concurrentes et son interopérabilité avec Maven doit être testée pour la première fois.

Ce test dira beaucoup plus sur la souveraineté numérique française qu’un drapeau posé sur un serveur. Un système national utile doit pouvoir recevoir une donnée alliée, en contrôler précisément l’accès, l’exploiter assez vite pour une opération et continuer à fonctionner lorsque les communications se détériorent.

S’il y parvient, Arcadia n’aura pas supprimé la dépendance américaine. Il aura démontré quelque chose de plus réaliste: que la France peut choisir son propre système sans devoir choisir entre son autonomie et ses alliés.

Sources consultées
  1. NATO Joint Warfare CentreNATO Maven Smart System Achieves Full Technical Operational Capability
  2. NATOAlliance Digital Strategy
  3. Ministère des Armées et des Anciens combattantsLe CND fête sa première bougie : montrer les effets produits par le numérique de défense
  4. NATO Communications and Information AgencyNATO accelerates transformation of Air Command and Control with key contract awards
  5. Le MondeIA militaire : la France à l’assaut de la domination américaine sur les réseaux classifiés de l’OTAN