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Lycées : un professeur absent, une classe trop pleine, un bâtiment dégradé n’ont pas le même remède

Après 1 027 établissements touchés jeudi puis 735 vendredi, la crise mêle trois demandes aux responsables et délais différents. Le remplacement devient le premier engagement vérifiable.

Illustration - mobilisation dans les lycées

Vendredi, 735 lycées ont encore été perturbés par le mouvement, environ 30 % de moins que jeudi. Selon des décomptes ministériels, 1 027 établissements avaient été concernés la veille, dont 222 bloqués. Un peu plus de 400 lycées restaient fermés. Dans la seule journée de vendredi, 1 747 personnes ont été interpellées ; depuis lundi, le total dépasse 5 000. Une nouvelle mobilisation nationale est annoncée mardi 6 octobre.

La crise est donc toujours nationale, même après la décrue de vendredi. Mais derrière les incendies, les affrontements et les fermetures apparaît désormais une question plus utile que le seul décompte des blocages : que peuvent réellement réparer les pouvoirs publics, et à quelle vitesse ?

Les lycéens mobilisés mettent notamment en avant trois problèmes : des enseignants absents qui restent sans remplaçant, des classes jugées trop chargées et des bâtiments dégradés. Ils sont souvent réunis sous le même mot, « moyens ». Dans les faits, ils relèvent de mécanismes et de responsables différents.

Le remplacement est le plus immédiatement mesurable.

En 2024-2025, dans les lycées généraux et technologiques publics, 10,4 % des heures d’enseignement prévues n’ont pas été assurées. Les fermetures complètes d’établissements en expliquaient 3,3 points. Les absences d’enseignants non remplacées, qu’elles soient liées au fonctionnement du système, à la formation ou à des raisons individuelles, en représentaient environ 7,2 points. L’indicateur est une moyenne et masque de fortes différences entre établissements, mais il donne un ordre de grandeur national au problème invoqué par les manifestants.

Le système de remplacement lui-même est coupé en deux. Une absence de moins de quinze jours doit en principe être absorbée par l’établissement, notamment grâce au dispositif de remplacement de courte durée. À partir de quinze jours, la responsabilité passe aux services académiques, qui mobilisent des titulaires sur zone de remplacement ou des contractuels.

C’est précisément sur cette seconde mécanique qu’Édouard Geffray a pris vendredi son engagement le plus concret. Le ministre a annoncé qu’il réunirait les recteurs dès le début de cette semaine afin d’« accélérer » les remplacements et de donner la priorité aux classes de première et terminale. Il a lui-même cité le cas d’enseignants restant trois ou quatre mois sans être remplacés comme une situation qui ne pouvait plus être acceptée.

Cette promesse a donc une particularité rare dans le conflit actuel : elle peut être testée. Non pas mardi au nombre de manifestants, mais dans les prochaines semaines, en regardant combien de temps s’écoule entre une absence longue et l’arrivée d’un enseignant.

La question des classes est différente. En 2025, les formations générales et technologiques comptaient en moyenne 30,2 élèves par classe, contre 27,7 en 2010. La moyenne d’élèves effectivement présents devant un enseignant à chaque heure de cours est plus basse, 24,0, notamment parce qu’une partie des enseignements se déroule en groupes. Les deux chiffres décrivent des réalités différentes, mais ils expliquent pourquoi la taille des classes reste un sujet tangible pour les lycéens alors même que les effectifs scolaires nationaux commencent à diminuer.

Cette baisse démographique crée justement un choix politique. Le projet de budget 2027 prévoit près de 180 000 élèves de moins à la rentrée prochaine. Le ministère estime qu’une traduction intégrale de cette baisse permettrait de retirer plus de 9 600 emplois enseignants. Il prévoit d’en reprendre 3 644, tout en réallouant 2 056 emplois à d’autres besoins éducatifs : le solde est donc une diminution de 1 588 emplois enseignants. Dans le même temps, le budget de l’Éducation nationale augmente de 1,2 milliard d’euros pour atteindre 64 milliards hors pensions et finance notamment davantage de stagiaires enseignants, d’AESH, de CPE et de personnels médico-sociaux.

Le débat ne se résume donc pas à « plus » ou « moins » d’argent. Avec moins d’élèves, l’État peut retirer des postes, utiliser une partie de la marge pour réduire la taille des classes, renforcer d’autres métiers ou combiner ces choix. Son propre projet de budget affirme vouloir conserver les deux tiers des postes théoriquement libérés par la démographie afin d’améliorer les conditions d’apprentissage. Ce résultat pourra lui aussi être confronté aux effectifs réellement observés dans les classes.

Reste le bâti, et là le ministre de l’Éducation ne possède pas seul la clé. Le Code de l’éducation confie aux régions la construction, la reconstruction, l’extension, les grosses réparations, l’équipement, le fonctionnement ainsi que l’entretien général et technique des lycées publics. Les régions recrutent également leurs personnels techniques.

Un professeur absent pendant deux mois, une classe de trente-cinq élèves et un bâtiment qui nécessite une rénovation lourde peuvent donc nourrir la même colère sans appeler la même réponse. Le premier problème peut relever du rectorat et se résoudre en jours ou en semaines. Le deuxième dépend de choix d’effectifs et d’organisation. Le troisième engage des investissements régionaux qui se comptent souvent en années.

Cette fragmentation explique aussi pourquoi la rencontre de vendredi n’a pas suffi à clore le mouvement. L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante maintiennent leur appel à une journée nationale mardi 6 octobre. Plusieurs syndicats d’enseignants s’y joignent, et la CGT a annoncé dimanche qu’elle serait aux côtés des lycéens et étudiants.

Mardi dira si la mobilisation repart. Le test le plus instructif viendra après : lorsqu’un professeur manque en première ou en terminale, combien de jours faudra-t-il désormais pour qu’un autre entre dans la classe ?

Sources consultées
  1. AFP / TV5MONDEBlocage des lycées : 735 établissements perturbés, les syndicats veulent poursuivre le mouvement
  2. ReutersParis police chief says student protest movement out of control, urges peaceful action
  3. DEPP, ministère de l’Éducation nationaleLa part du temps d’enseignement non assuré dans les établissements publics du second degré en 2024-2025
  4. Ministère de l’Éducation nationaleL’organisation du remplacement des enseignants
  5. Ministère de l’Éducation nationaleBudget 2027 pour l’École
  6. LégifranceArticle L214-6 du Code de l’éducation